‹ La méthode des classiques françaisChapitre 65 sur 82 · XVII, p · texte numérisé non relu

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2j4 L.V MÉTHODE DES CLASSIQUES FRANÇAIS.

libres de revenir sur leur choix, et de lâcher un seul de leurs Pères, jusqu'en ses iniquités et en ses bourdes, pour ressaisir la vérité quittée. Il a fallu mentir, ou périr. Ce sont des politiques, ils sont un corps cohérent, un parti, qui d'abord veut subsister et dominer, un parti qui s'aime lui-même. C'est cela précisément qui fut leur faute, qui fait à présent leur victoire apparente, et qui fera leur perte. On verra. Leur expérience est un essai de ce que peuvent l'activité, la discipline, l'opiniâtreté, l'intrigue, le génie politique, isolés de l'amour de la vérité, un essai de ce que peut le monde en se passant de Dieu.

10. Ajoutez-leur en effet, comme auxiliaire tout puissant, le monde. 11 a été nécessaire de le gagner, puisque c'est le monde qui fait réussir. Et comment le gagner? A la façon des marchands : en lui offrant au rabais ce qu'il demande à la religion. En levant tout doucement l'obstacle que la conscience chrétienne, formée par de longs siècles d'ascétisme, oppose à la douceur des inclinations. En établissant la « dévotion aisée » et la « morale relâchée », concessions faites en vue de compenser ce qu'on perdait d'appui du côté de la vérité. On perdait celui de Dieu, auquel on n'ii qu'une confiance médiocre; on gagnait celui des hommes qui est puissant; on suivait donc cette méthode, « qui est d'accorder aux hommes ce qu'ils désirent, et donner à Dieu des paroles et des appa-

rences* ». Voilà le lien qui rattache cette facilite corrompue des casuistes à tout le système du mensonge, dont le principe et le départ est simplement le manque d'amour pour la vérité el de confiance en la vérité, le « manque de cœur ».

À ce système déshonnète s'oppose symétriquement, pour Pascal, l'autre système, l'honnête, tout entier, au

contraire, fondé sur L'amour de la vérité par-dessus toutes choses : système qu'on peut appeler celui de la morale, ou celui de la science (c'est le même).

Qu'il y a en effet un art (Je raisonner juste, c'est ce que font voir laid de raisonnements faux, dont la fausseté a une cause reconnaissante el qui semble évi table. Qu'un tel art exige beaucoup d'effort pour être découvert, beaucoup de courage et de scrupule pour être suivi fidèlement, c'est ce qu'on peut présumer, à voir comme l'erreur est plus facilement et généralement reçue que la vérité. Et Pascal ne s'en étonne pas, car le péché, où il sait que « l'inclination corrompue se porte d'elle-même avec tant d'impétuosité2 », appelle à soi l'erreur pour se soutenir, et c'est lui, le péché, qui la suggère et qui l'appuie.

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