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en effet, Pascal n'est pas maître de le leur donner. Car ce n'est pas autre chose que l'amour de la vérité ou l'amour de Dieu, et il n'y a que Dieu même qui produise un tel amour dans les âmes, lorsque celles-ci, de leur côté, se mettent, par le détachement et la prière, en état de le recevoir.
1. Aimer la vérité par-dessus fout autre intérêt, et comme notre suprême intérêt, voilà donc le principe premier de toute méthode qui mène à la vérité, en morale comme en science. C'est de ne lavoir pas assez bien aimée que procèdent toutes les fautes de logique. Aimons-la donc d'abord.
Il semble que le commandement eu soit facile, et que s'attacher au vrai soit l'inclination naturelle d'un esprit bien né. Cependant, quand on réfléchit à la domination que l'erreur exerce actuellement sur le inonde, on aperçoit que se détourner de l'erreur, c'est se tenir prêt encore à renoncer au inonde et à ce qu'il donne, approbation, puissance, plaisir, gloire, et un tel renoncement demande un courage au-dessus du commun. Il y a guerre entre la vérité et le monde: celui-là seul aime la vérité, qui ose opter entre les deux.
Mais il est rare qu'on l'aime jusque-là, jusqu'à consentir à être opprimé, bafoué et à paraître avoir tort; bien souvent, ce qu'on aime à sa place, c'est la réputation d'avoir raison et d'être fort, c'est l'applau-
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dissement, c'est l'humiliation des autres : autant de chemins détournés qui retournent à l'erreur.
Et c'est encore méconnaître la vérité (donc l'aimer indignement), que d'avoir peur pour elle de quelque force que ce soit qui s'oppose à elle. Si sur un point, on est arrivé à la preuve parfaite et claire, il faut être confiant et on peut être joyeux, comme ayant Dieu avec soi, que nulle autorité n'anéantira. « Si la vérité était pour vous, elle combattrait pour vous, elle vaincrait pour vous ; et quelques ennemis que vous eussiez, la vérité vous en délivrerait, selon sa promesse1 ». Entendons cette parole comme s'appliquant non seulement aux révélations d'ordre religieux, mais encore à tout raisonnement juste, à toute affirmation véridique dans les questions de fait. En tout cela la vérité délivre. Rien ne tient contre elle. Il suffit de faire « sentir sa force2. » Il n'est, pour cela, que d'administrer des preuves irrésistibles : « Le poids de la vérité déterminera3 » le sens commun, comme une balance est déterminée à s'incliner du côté où le poids le plus fort la sollicite. Cela, quelque effort que le mensonge applique en sens contraire : car « on ne dispose pas à son gré de la créance des hommes4 ».
t. Provinciales, XXI, p. 105-06. Le texte sacré auquel Pascal se réfère se trouve dans l'Évangile de saint Jean, VIII, 32.
2. « Vous sentirez la force de la vérité que je vous oppose. » Provinciales., XVII, p. 214.