Provinciales, XV. p
-2. Ibid.
partis qui les soutiennent. Les adversaires sont toujours prompts à ce change, parce qu'ils sentent que les hommes sont plus vulnérables que les idées, et qu'on en finit plutôt avec un parti qu'avec une vérité. Ce sont deux armées qui manœuvrent, et les fautes reconnues d'un seul combattant compromettent toute l'armée dans laquelle il est enrôlé, et l'armée compromise compromet à son tour l'opinion qu'elle défend, de sorte que celle-ci apparaît perdue sans avoir été jamais réfutée. Il est donc d'une extrême importance, pour l'honnêteté et pour le profit des discussions, de rompre manifestement le lien de compagnonnage que le public impose à tous ceux qui se trouvent soutenir un jour une même opinion. Pascal insiste là-dessus avec une énergie qu'on lui a quelquefois reprochée, comme s'il reniait ses amis de Port-Royal ; mais c'est que la vérité lui est plus amie encore que ses amis (car il n'aime ceux-ci que pour la vérité qu'il trouve en eux); et c'est qu'impatient des faux-fuyants de ses adversaires, il les veut forcer à regarder en face les propositions précises qu'il leur oppose, de sorte qu'ils y répondent ou s'avouent convaincus. Car telle est l'honnête méthode des discussions. — Réfutez-moi donc, moi qui vous parle, et ne prenez pas à partie, en guise de réfutation, tel ou tel que vous supposez d'intelligence avec moi. « Je suis seul... Vous voulez que chacun réponde pour tous les autres... Je vous déclare hautement et nettement que personne ne répond de
mes lettres que moi, et que je ne réponds de rien que de mes lettres. » C'est en cela qu'il est plus redoutable, comme n'ayant point de corps où l'on puisse le frapper. « On ne me déloge pas de chez moi... Je ne vous crains ni pour moi, ni pour aucun autre, n'étant attaché ni à quelque communauté ni à quelque particulier que ce soit. » Ecoutez-le: il n'est pas partie d'un corps, comme un jésuite: il est un homme entier et libre ; el même ce n'est pas un homme ayant ses habitudes, ses accointances, ses affections, ses intérêts: c'est une pensée qui parle. Et c'est bien ce qu'il faut être dans une discussion où l'on veut que la vérité seule réussisse. Telle est cette règle de l'indépendance, du détachement parfait, une des plus profitables que les Provinciales contiennent. A condition toutefois qu'on n'en fasse point un stratagème, une feinte heureuse en vue seulement de se rendre redoutable; mais qu'on la suive honnêtement et à part soi. Il faut, en effet, être « libre, sans engagement, sans attachement, sans liai son, sans relations, sans aflaires1 » ; et non seulement le paraître: il faut être toujours disposé à passer d'un camp à l'autre, avec la vérité qu'on y voit ; il faut n'avoir pas de camp.
7. Ainsi, ne pas se tenir aux hommes; nous venons d'entendre cette règle de l'honnête discussion. Et, de