VITESSE DANS LES CONDUITS
peut arriver que, dans un conduit très-large, le liquide soit soumis à une pression énorme et que pourtant il soit immobile ou doué d’une faible vitesse, parce que, dans le sens où le liquide tend à couler, il se trouve des passages étroits et résistants, situés parfois très-loin en aval du point que l’on observe.
La vitesse du liquide, dans un conduit long et accidenté, est presque impossible à calculer d’avance, à cause de la complexité des causes de résistance; mais on peut la déterminer expérimentalement. Les méthodes employées à cet effet peuvent se classer en trois genres principaux, suivant le principe sur lequel elles reposent .
Dans le premier genre de mensuration, on force le liquide à traverser des espaces fermés, d’une capacité connue; et quand un ou plusieurs de ces espaces ont été traversés en un temps, déterminé, on connaît la vitesse du courant. Dans le second genre de mesure, on utilise la vitesse du liquide à produire certains effets mécaniques que l’on constate du dehors. Ainsi, on force le liquide à tourner une hélice, à dévier un pendule ou une aiguille qui plonge dans le courant. Le troisième genre de mesure consiste à remonter aux causes mêmes de la vitesse et à les mesurer pour en déduire la vitesse elle-même : c’est ainsi qu’en explorant la pression du liquide en deux points d’un tube éloignés l’un de l’autre, on peut déduire la vitesse d’après la différence des pressions observées.
Nous examinerons successivement ces trois moyens de mensuration. C’est à deux éminents physiologistes de l’Allemagne qu’il faut, je crois, faire remonter les premiers essais pour mesurer la vitesse d’un liquide en lui faisant traverser des espaces de capacités connues. Ces expériences avaient pour objet de déterminer la vitesse du sang dans les artères des animaux.
Un des procédés, celui de Yolkmann, consiste à placer sur le trajet d’une artère un long tube en U rempli d’eau. A un moment donné, on tourne un système de robinets, ce qui force le sang artériel à traverser ce tube en poussant devant lui l’eau qui doit s’écouler par le bout inférieur du vaisseau. On mesure le temps que le sang met à se substituer à l’eau, ce dont on juge aisément, à travers les parois de verre, en voyant une colonne rouge cheminer à l’intérieur du tube transparent. Quand le tube de verre est rempli, comme on en connaît la capacité et qu’on a mesuré le temps employé à le remplir, on a tous les éléments nécessaires
pour déterminer la vitesse avec laquelle le sang a cheminé. Mais, pour être autorisé ù admettre que la vitesse observée est bien la vitesse normale du sang dans les artères, il faudrait démontrer que l’inertie de la colonne d’eau contenue dans le tube en U n’apporte qu’une résistance négligeable au mouvement du sang qui la pousse ; il faudrait prouver aussi que l’eau qui passe du tube dans les artères et dans les capillaires y rencontre la même résistance que le sang y eût éprouvée.
Tous cés doutes qui planent sur la valeur de l’expérience de Volkmann l’ont fait à peu près abandonner des physiologistes ; cette méthode n’en reste pas moins un grand titre de gloire pour son auteur, car elle renferme une idée qui est susceptible d’applications très-précises.
Ludwig établit, sur le même principe, une méthode qui semble présenter une précision plus grande : elle consiste à faire passer le sang à travers des ampoules de verre de capacités connues. Yoici en quelques mots comment se fait l’expérience. Deux ampoules semblables sont disposées, l'une à. côté de l’autre, dans l’appareil de Ludwig; l’une est pleine d’huile et l’autre pleine de sang. Ces ampoules communiquent entre elles par un conduit situé à leur partie supérieure; en bas, chacune d’elles est en communication avec l’un des bouts de l’artère explorée. Au début de l’expérience, l’ampoule pleine d’huile est en rapport avec le bout supérieur du vaisseau. Le sang arrive dans l’appareil, pousse l’huile de la première ampoule dans la seconde, qui, par son orifice inférieur, se vide, dans le bout inférieur de l’artère, du sang qu’elle contenait. Quand la substitution du sang à l’huile et de l’huile au sang est complète, l’appareil a été traversé par une quantité de sang égale à la contenance d’une des ampoules. Par un jeu de robinets, on change alors le sens du mouvement du sang et on le fait arriver dans l’ampoule où l’huile vient de passer, de façon à refouler dans le bout inférieur de l’artère le sang qui, tout à l’heure, était entré dans l’autre ampoule. Lorsque la substitution est encore une fois terminée complètement, on constate qu’il a passé une quantité de sang égale à deux contenus d’ampoule et on renverse de nouveau le courant pour passer à une autre expérience, et ainsi de suite. Si l’on provoque ainsi une série de passages alternatifs du sang à travers l’appareil, on peut aisément déduire, du nombre de ces passages, le volume absolu du sang qui a coulé dans l’artère en un temps donné. En outre,