PRESSIONS CONSTANTE ET VARIABLE
Enfin, si l’on compare avec plus de rigueur le niveau de la pression cardiaque et celui de la pression aortique au moment où ces deux cavités communiquent entre elles, on constate que toujours la pression artérielle est un peu inférieure à celle du ventricule. C’est une condition nécessaire pour que le sang passe du cœur dans les' vaisseaux, car la loi générale est, que les liquides se meuvent toujours d’une pression plus forte vers une pression plus faible.
Variations rliythuiées de la pression du sang dans les artères.
Dans le système artériel, la pression du sang oscille, mais à un degré moindre que dans le ventricule. Si les maxima sont presque les mêmes de part et d’autre, comme le montre la figure 136, il n’en est pas ainsi des minima qui ne tombent jamais à zéro dans les artères, parce que l’écoulement du sang à travers les capillaires dans le système veineux se fait lentement, et que le cœur envoie, à chaque instant, une ondée nouvelle pour réparer la diminution de pression qui s’est produite.
Dans ses oscillations, la pression artérielle ne tombe donc jamais au-dessous d’un certain minimum, qui change du reste suivant l’état de la circulation. C’est ce qui a fait admettre par les physiologistes deux éléments dans la pression artérielle : l’élément constant et l’élément variable1. La pression constante correspond à la partie de l’échelle manométrique qui s’étend entre le zéro et les minima des oscillations (PC, fig. 137); la pression variable PV s’étend au contraire entre les minima et les maxima des oscillations.
Les physiologistes avaient déjà signalé de grandes différences dans l’amplitude des oscillations du manomètre appliqué aux artères. En comparant entre eux un grand nombre de tracés recueillis dans des conditions diverses et sur des animaux différents, j’ai constaté qu’il existe une relation inverse entre la valeur de la pression constante et celle de la pression variable, autrement dit que plus la pression constante est élevée, plus les variations sont faibles, et réciproquement.
La cause de ce phénomène est la suivante : la force du cœur est
1. On appelle quelquefois la première, pression artérielle, et la seconde pression cardiaque.
limitée comme celle de tout muscle; il s’ensuit que la pression artérielle est limitée elle-même dans les maxima produits par l’impulsion du cœur; d’autre part, l’écoulement du sang à travers les vaisseaux capillaires est éminemment variable1 : ce qui fait que pendant l’intervalle de deux ondées lancées par le cœur, la première tombera plus ou moins bas, suivant que l’écoulement sera plus ou moins facile, ou suivant que le temps qui sépare les deux ondées sera plus ou moins long.
Quelle que soit la cause qui ait fait tomber très-bas la pression du sang dans l’intervalle de deux impulsions ventriculaires, la
Fig. 137. Montrant que l'amplitude des variations de la pression diminue quand la pression constante est grande, et inversement.
variation sera d’autant plus grande que les minima de l’oscillation sont partis de plus bas.
Avec des maxima fixes on aura donc, suivant le cas, l’un ou l’autre des types représentés dans la figure 137 ; dans l’un, les oscillations seront petites ; dans l’autre, elles seront grandes. Dans le premier, la pression constante sera grande; dans le second, elle sera faible. C’est là le rapport inverse dont nous parlions tout à l’heure2.
1 . Cette variabilité tient à l'augmentation ou à la diminution du diamètre de ces vais • seaux, sous l’influence du relâchement ou de la contraction de leur tunique musculaire.
2. Il ne serait pas absolument exact de dire que le cœur a une force maximum rigou reusement constante; mais comme cette force impulsive du sang varie beaucoup moins que la résistance que les petits vaisseaux présentent à l’écoulement, les choses tendent à se passer de la façon qui vient d’étre indiquée.