ACCROISSEMENTS DE LA TAILLE
ou de maladie, l’influence d’un bon ou d’un mauvais régime, se traduisent par des accélérations ou des ralentissements de la croissance. Celle-ci, dans les maladies passagères, s’arrête quelquefois tout à fait. Quant au poids des enfants, il subit des variations plus grandes encore, puisqu’il peut, non-seulement s’accroître avec plus de lenteur pendant les maladies, mais diminuer et présenter une rétrogradation de la courbe qui l’exprime.
En 1871 Quetelet a publié sous le titre d’Anthropométrie 1 un
Fig. 8. Courbe de l’accroissement moyen de la taille suivant les âges, d’après l'Anthropométrie de Quételet.
livre auquel nous empruntons la courbe suivante (fig. 8). Elle correspond à l’accroissement moyen de la taille de l’homme depuis la naissance jusqu’à la vingtième année.
Par une extrapolation de la courbe, l’auteur a montré que l’accroissement le plus rapide correspond à la vie intra-utérine ; puis que la première année de la vie donne l’accroissement le plus prononcé ; que la croissance diminue rapidement vers la cinquième année et atteint une valeur uniforme qu’elle conserve jus-
1. Anthropométrie ou mesure des différentes facultés de l’homme, par Ad. Quetelet, directeur de l’Observatoire de Bruxelles, 1871. Les premières publications de Quetelet sur ce sujet sont bien antérieures à cette date; elles remontent à peu près
qu’aux environs de la dix-neuvième, époque où l’accroissement diminue d’une façon rapide et s’arrête bientôt.
Cette figure présente avec la précédente une ressemblance parfaite, quant au mode d’expression d’un accroissement. Dans un cas, il est vrai, c’est l’espace franchi par la marche rapide d'un train que l’on mesure; dans l’autre, c’est l’espace lentement parcouru par le sommet de la tête d’un enfant qui grandit. De part et d’autre, les temps se comptent sur l’axe des x ; ce seront dans un cas des minutes, et dans l’autre des années, de même que les chemins seront tantôt des kilomètres et tantôt des millimètres, mais se mesureront dans toutes les courbes sur l’axe des y.
Du reste, les courbes d’accroissement de la taille prennent un intérêt particulier lorsqu’elles sont construites sur une plus grande échelle, c’est-à-dire quand elles correspondent à de moins longues durées. Mon collègue et ami regretté, le professeur P. Lorain, pénétré de l’importance de la méthode graphique en hygiène comme en médecine, avait l’habitude de dresser la courbe de l’accroissement de la taille et du poids de ses enfants; il avait engagé plusieurs de ses clients à suivre son exemple. On pouvait ainsi constater aux inflexions des courbes obtenues que la moindre influence retentit sur le développement des enfants, le ralentit ou l’arrête. Dans la courbe de Jean Lorain, né le 13 novembre 1868, on a réuni (fig. 9) l’expression de l’accroissement de la taille et celle de l’augmentation du poids. Des inflexions légères indiquent sur ces courbes que le développement de l’enfant éprouve des variations. La plus curieuse s’observe dans le second mois et se traduit différemment dans l’une et l’autre courbe. Le 11 décembre, l’enfant fut vacciné, il en résulta une indisposition légère qui arrêta la croissance et rendit plus lente l’augmentation du poids; mais le 13 une pneumonie survint qui mit l’enfant en danger de mort; le poids diminua de quatre cents grammes en douze jours tandis que la taille demeurait stationnaire; puis, la maladie passée, les deux courbes reprirent leur marche ascendante. Entre le 20 et le 27 du mois de janvier on vit un accroissement de la taille correspondant à trois centimètres; il semble que pour une semaine une telle croissance soit exagérée; tout porte à croire qu’une erreur aura été commise dans cette mensuration.
Pendant la période de l’éruption des dents, de légers ralentissements se sont observés également dans l’accroissement du poids
Poids
Fig. 9. Courbes de l'accroissement de la taille et du poids de Jean Lorain pendant sa première année.
et de la taille, mais d’une façon générale; on voit que l’enfant s’est développé d’une manière rapide et régulière.
Sur la figure 10 se lisent l’accroissement de la taille et du poids de Juliette R. L’accroissement de cette enfant a été beaucoup moins rapide que dans l’exemple précédent, car la courbe correspond à une durée de deux années, et bien que le poids, à la naissance, ait été le même pour les deux enfants, la petite fille, à la fin de la seconde année, n’était guère plus grande et sensiblement moins lourde que le petit garçon à la fin de la première1. Sur les courbes de la taille et du poids (fig. 10) on voit des inflexions nombreuses qui tiennent à de légers troubles survenus dans la santé de l’enfant, mais la date et la nature de ces petites indispositions n’a pas été notée.
Dans les courbes d’accroissement comme dans toutes celles qui représentent des mouvements de rapidité variables, on estime à chaque instant la vitesse de la croissance d’après l’inclinaison de la tangente au point de la courbe que l’on considère. Enfin, on pourrait, suivant le procédé des géomètres, tracer d’après la courbe des augmentations successives de la taille celle de la vitesse de croissance aux différents âges2.
En Amérique, où l’emploi des courbes appliquées à la statisti—
1. Il est fâcheux que pour les besoins de l’impression on ait été forcé de diminuer l’échelle des temps dans la seconde courbe, sans cela on eût bien plus clairement saisi l’inégale vitesse du développement des deux enfants.
2. Construction de la courbe des vitesses. La vitesse v est le rapport de l’espace par-
couru e au temps l employé à le parcourir; elle a pour formule — , tandis que l’espace
parcouru aurait pour formule v t. Ainsi, l’espace parcouru est un produit, la vitesse un quotient. Dans le cas de mouvement uniforme, l’espace parcouru s’exprime par une ligne qui s’élève sans cesse d’une quantité égale pendant des temps égaux, tandis que la vitesse , étant constante, doit se traduire par une ligne qui exprime cette constance en gardant les mômes rapports avec l’axe des ordonnées; ce sera donc une ligne horizontale. Plus la vitesse sera grande, plus le niveau de cette ligne sera élevé. Enfin, si la vitesse varie, l’élévation de la ligne variera et l’on aura une courbe qui exprimera, par ses élévations, que la vitesse augmente, et par ses abaissements, qu’elle diminue.
Pour construire cette courbe, on se sert de celle des espaces parcourus, en procédant de la manière suivante : à chaque point de la courbe des espaces où l’on veut estimer la vitesse du mouvement, on mène la tangente à cette courbe et on la prolonge jusqu’à la rencontre de l’axe des X. De ce point de rencontre comme centre, avec une longueur quelconque comme rayon, on trace l’arc de l’angle formé par la tangente et l'axe des X ; la tangente trigonométrique de cet angle donnera la valeur de la vitesse. Dans une série de déterminations successives, il faut, pour tracer les arcs de la série des angles obtenus, se servir de la môme ouverture de compas. La série des tangentes de ces angles
Fig. 10. Courbe de l'accroissement de la taille et du poids de Juliette R. pendant les deux premières années.
que paraît s’être beaucoup répandu, le docteur Bowditch, professeur de physiologie à Boston, a fait le relevé de la taille d’un grand nombre d’enfants des écoles mesurés à intervalles successifs. D’après ces relevés, il a dressé la courbe d’accroissement moyen suivant les sexes et a noté une différence notable dans les phases de croissance des garçons et des filles. Puis, comparant entre eux les enfants issus de parents appartenant à des nations différentes, il a vu que, suivant leur origine, les enfants n’avaient pas la croissance également rapide. L’auteur a également recherché l’influence que le travail des fabriques exerce sur le développement de la taille des enfants1.
Tous ces tableaux présentent un grand intérêt, et il serait à désirer que les recherches du professeur Bowditch fussent imitées en différents pays.
fournira les rapports des différentes vitesses, et permettra de construire la courbe des vitesses.
Dans cette courbe nouvelle, à chaque division du temps, on élève une ordonnée égale à la tangente trigonométrique de l’angle que fait avec l’horizontale la tangente à la courbe des espaces, prise à la même division du temps.