‹ La méthode graphique dans les sciences expérimentales et particulièrement en physiologie et en médecineChapitre 15 sur 277 · É. Reclus. Nouvelle Gcoyraphic universelle, t. II · texte numérisé non relu

É. Reclus. Nouvelle Gcoyraphic universelle, t. II

France ', représente l’accroissement de l’emploi des machines à vapeur dans notre pays depuis l’année 1840 jusqu’à 1869. On voit qu’à cette dernière époque l’industrie employait près d’un million de chevaux-vapeur. Cet accroissement rapide de l’emploi des machines donne la mesure approximative du développement industriel pendant une période de trente ans. Le même système est adopté, dans les statistiques administratives, pour montrer le développement des différents services1 ou des diverses industries.

Courbes exprimant la direction et les phases des courants

électriques.

Les physiciens se servent de courbes construites théoriquement pour représenter l’intensité, la direction et la durée des différents flux électriques. Les Figures qu’on obtient ainsi donnent une idée claire d’un ensemble de phénomènes assez compliqué. Soit figure 14, quatre séries de courbes superposées; elles expriment les phénomènes d’induction dans une série de bobines qui s’influencent les unes les autres.

Sur la ligne supérieure OQ RP sont représentées les phases de l’état variable initial OIM et de l’état variable terminal du courant inducteur MJP. Les inflexions de cette courbe correspondent aux augmentations et aux diminutions d’intensité du courant.

La seconde ligne correspondant au circuit induit de premier ordre montre qu’un courant se produit à chacun des états variables de l’inducteur. La direction de ces deux induits, en sens contraire l’un de l’autre, est exprimée par l’inversion du sens des courbes iW, ayant des ordonnées négatives; jM'j', des ordonnées positives.

Chacun des états variables de ces courants de premier ordre induit un courant dans le fil de deuxième ordre. De sorte ,que, quel que soit le nombre des courants d’un ordre quelconque, celui

1 . On voit afüché, dans les bureaux télégraphiques d’Italie, un tableau qui, dans l’espace d’une petite page, donne toute l’histoire du développement des télégraphes italiens; longueurs des lignes, développement des fds, nombre des employés, nombre des appareils; nombre des dépêches publiques ou privées; produit effectif de la ligne, dépense ordinaire, etc. Tout cela suivi d’année en année, pour la période qui s’étend de 1861 à 1875. ♦

PHASES D’UNE VARIATION

des courants de l’ordre suivant est double. Quant au sens de ces courants, il est réglé par cette loi : que toute modification électrique d’un certain sens dans le fil inducteur provoque un courant électrique de sens inverse dans le fil induit.

A mesure que l’on considère un circuit plus éloigné de l’induc-

Kig. 14. Courbes représentant la théorie des courants inducteurs et induits de différents ordres avec leurs phases, leurs durées et leurs directions.

teur, on voit diminuer l’intensité des induits, tandis que leur nombre augmente.

Sans une pareille figure, il serait difficile de se représenter la direction des courants dans un circuit d’un ordre quelconque et de comprendre comment, par exemple, dans un circuit de troisième ordre, deux courants de même sens s’observent de deux en deux.

Statistiques graphiques de la mortalité.

Les statistiques sur le mouvement de la population, suivi d’année en année, empruntent à la méthode graphique une clarté singulière. Les compagnies d’assurances usent de ces courbes pour exprimer la mortalité d’après laquelle se règlent leurs tarifs.

Enfin, certaines épidémies ont été représentées en courbes d’une manière saisissante. Tarbé publia, en 1833, la courbe du choléra qui avait sévi l’année précédente; sur cette courbe (fig. 15) on peut suivre, jour par jour, les ravages du fléau, son accroissement rapide, son déclin, sa recrudescence et enfin sa disparition, sans qu’une parole soit nécessaire pour en expliquer les détails. Cette courbe est assimilable aux courbes de vitesses dont nous avons

parlé ci-dessus (note de la page 26) ; les aires mesurées au planimètre donnent la mortalité totale pour la durée de l’épidémie.

S’il est encore quelques auteurs qui publient des statistiques sous forme de colonnes de chiffres, on doit constater cependant que le nombre de ces travaux incomplets diminue chaque jour, tandis que le trésor des statistiques graphiques s’accroît rapidement1.

1. Du reste les statistiques chiffrées contiennent tous les documents nécessaires pour construire des courbes; tôt ou tard les conclusions enfouies dans ces entassements de chiffres pourront être mises en lumière

Courbes météorologiques.

Les météorologistes qui notent sans cesse dans leurs observations l’état de la température, de la pression barométrique, de la pluie, du vent, etc., tracent des courbes qui leur permettent de suivre facilement et de comparer entre elles toutes les perturbations de l’atmosphère. Mais, comme presque toutes ces courbes sont tracées par des appareils, leur indication trouvera sa place dans une autre partie de ce travail.

Nous ne citerons ici qu’un exemple de courbes météorologiques ; il est très-propre à faire voir que sans leur emploi on n’eût jamais saisi les relations que présentent entre eux certains phénomènes cosmiques, tandis que ces relations jaillissent pour ainsi dire de la comparaison des courbes.

Il y a environ cinquante ans que Schwabe de Dessau, étudiant les taches du soleil, constata que ces taches présentaient périodiquement un maximum d’intensité. Le cycle qui ramène ces maxima des taches solaires dure onze années environ. D’autre part, sir E. Sabine constata que les perturbations du magnétisme terrestre ont aussi des maxima périodiques ; enfin les aurores boréales qui se produisent aussi à certains intervalles avaient été considérées comme coïncidant avec les perturbations du magnétisme terrestre.

Elias Loomis 1 eut l’idée de comparer les changements diurnes de la déclinaison magnétique avec la fréquence des aurores boréales, dont il avait reconnu la périodicité, et en même temps avec l’intensité des taches du soleil2. Il a observé lui-même la déclinaison et les aurores boréales en se servant également des catalogues et des tables publiés par différents observateurs. Les documents relatifs aux taches solaires sont empruntés au docteur R. Wolff de Zürich. '

L’auteur constate un parallélisme complet entre les courbes de ces trois phénomènes représentées figure 16.

1. Voir un article de M. Angot, in « Journal de Physique », théor. et applic., 1874

2. Pour estimer l’intensité relative des taches solaires par des courbes, on prend pour ordonnées des longueurs proportionnelles à la surface des taches que présente le soleil aux différentes époques d’observation.

On y remarque un retour périodique des maxima et des minima des trois courbes, période dont le retour est d’environ 11 années. Il est clair qu’un lien de commune origine doit présider à une pareille coïncidence dans les variations de ces trois phénomènes.

Tout récemment a paru un travail de M.Balfour Stewart sur le même sujet1 ; l’auteur y passe en revue les principales hypothèses capables d’expliquer la coïncidence de ces variations périodiques. Il est probable que sur ce sujet se feront de grandes découvertes en astronomie et en météorologie; constatons seulement que ce champ nouveau ouvert à la science est dû à l’em-

Fig. 16. Tableau graphique des relations que présentent les variations périodiques des taches solaires (ligne T), des aurores boréales (ligne A), et de la déclinaison magnétique (ligne D).

ploi delà méthode graphique, seule capable de mettre en lumière les relations étranges dont nous venons de parler.

Partout où des variations se produisent, il est important d’en tracer la courbe, afin de savoir si quelque loi encore inconnue ne préside pas à leur retour. Les médecins peuvent, comme nous l’allons voir, tirer un grand parti de la méthode graphique pour représenter la marche des maladies, c’est-à-dire la manière dont se succèdent et s’enchaînent les variations du pouls, de la respiration, de la température, etc., pendant les différentes phases d’une maladie.

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