ONDE MUSCULAIRE
Puisque le raccourcissement du muscle s’accompagne de son gonflement dans le sens transversal, on peut étudier, d’après ce gonflement, les caractères du mouvement qui se produit dans un muscle. Nous ayons réussi à enregistrer ces changements de diamètre du muscle comme on avait enregistré les changements de longueur. Dans ces conditions, on pouvait étudier l’action mus-
Fig. 184. Aspect de l’onde musculaire vue au microscope d’après Æby.
culaire sur l’homme lui-même, car il n’est plus besoin de mutilation.
Qu’on suppose un muscle serré entre les mors aplatis d’une pince ; à chacun de ses gonflements, le muscle écartera les mors, et ce mouvement pourra être enregistré.
Celte méthode permet d’étudier le phénomène de l’onde musculaire et la vitesse avec laquelle se fait son transport sur toute la longueur du muscle.
La figure 185 montre un faisceau musculaire saisi en deux points de sa longueur entre les mors des pinces myo graphiques 1, 2. Ces instruments sont faits de telle sorte que, si leurs mors sont écartés, le mouvement comprime une sorte de petit tambour qui, par un tube en caoutchouc, envoie une partie de l’air qu’il renfermait dans un autre petit tambour semblable. La figure 185 représente deux de ces instruments montés sur un pied. Le gonflement de la membrane soulève un levier enregistreur et donne ainsi le signal du gonflement du muscle au point où il est comprimé par la pince n® 1. Le mouvement se traduit sur le tracé par une courbe analogue à celles que nous avons déjà vues précédemment.
Supposons qu’on excite électriquement le muscle au niveau de la première pince, on a le signal de la formation de fonde à cet endroit du muscle, mais la pince n° 2 ne donne pas encore le signal. Pour qu’elle fonctionne, il faut que fonde, dans son transport le long du muscle, soit arrivée jusqu’à elle ; à ce moment, elle donne à son tour son signal, etd’on voit, sur le tracé, que le deuxième mouvement retarde sur le premier d’un certain espace que l’on peut évaluer en temps, d’après la vitesse connue de la rotation du cylindre.
INSCRIPTIONS MULTIPLES
Les influences qui modifient l’intensité et la durée de la secousse musculaire nous ont paru modifier l’intensité et la vitesse
Fig. 185. Passages de l'onde musculaire explorés au moyen de deux pinces Biographiques.
de propagation de l’onde ; ainsi les deux courbes inférieures représentées sur la figure 186 montrent que le transport de l’onde esl ralenti par le froid.
L’expérience a été faite sur les muscles de la cuisse d’un lapin
Fig. 186. Tracés du passage de l’onde musculaire.
Les pinces étaient placées aussi Join que possible l’une de l’autre : à 7 centimètres environ, l’excitation électrique est appliquée à V extrémité inférieure du muscle. On obtient les deux courbes supérieures de la figure 186, L’intervalle qui sépare ces courbes mesure
CARDIOGRAPHIE.
la durée du transport de l’onde musculaire. Après avoir refroidi le muscle avec de la glace on obtint les courbes placées au bas de la figure. On voit que le transport de l’onde est ralenti, car il y a plus d’intervalle. entre ces courbes qu’entre les premières.
Cardiographie physiologique.
Ces expériences avaient pour but de fixer la physiologie et la médecine sur la succession véritable des différents actes d’une révolution cardiaque, et particulièrement sur la signification du choc du cœur. La plupart des auteurs admettaient, avec Harvey, que le cœur bal au moment de la systole ventriculaire, mais
Fig. 187. Dispositions des appareils pour la cardiographie physiologique.
l’idée opposée avait ses adhérents ; enfin, un nombre considérable de théories avaient régné ou régnaient encore à cet égard.
C’est avec le concours de mon collègue et ami Chauveau que ces expériences furent faites en 1861. Le plan consistait à inscrire simultanément la pression du sang dans l'oreillette et dans le ventricule, en même temps qu’on enregistrerait la pulsation cardiaque. La superposition des tracés de ces différents actes devait trancher la question litigieuse.
INSCRIPTIONS MULTIPLES
En effet, il est clair que le moment où se fait la systole des ventricules doit être reconnaissable par la haute pression que supporte alors l’ampoule manométriquê plongée dans ces cavités. 11 restait donc à savoir si le choc du cœur coïncidait ou non avec le moment de la systole des ventricules.
Les trois leviers représentés dans la ligure 187 devaient inscrire : le premier, la, la pression du sang dans l’oreillette droite d’un cheval ; le second, lv, la pression dans le ventricule droit ; le troisième levier, le, devait tracer la pulsation du cœur contre les parois thoraciques.
Les extrémités de ces trois leviers, exactement superposées les unes aux autres, traçaient en même temps, sur une bande de papier conduite par le mouvement d’horlogerie H.
A chacun des trois tambours à levier se rendait un tube mis en communication avec une ampoule manométriquê.
Les deux ampoules qui devaient explorer la pression du sang dans les cavités du cœur droit étaient réunies en un seul instrument que nous avons nommé sonde cardiaque droite et qui s’introduisait par une veine jugulaire jusque dans les cavités droites du cœur.
La sonde cardiaque droite représentée figure 188 est une sorte de sonde à double courant qui porte l’ampoule du ventricule Y et celle de l’oreillette 0. Ces deux ampoules sont formées d’un tube de caoutchouc soutenu par une carcasse de fil d’acier qui l’em-
Fig. 188. Sonde cardiaque droite avec les détails de sa structure.
pêche de s’affaisser entièrement sous la pression du sang, tout en lui permettant de changer légèrement de volume sous l’influence des variations de cette pression. Des tubes séparés mettent chacune de ces ampoules en communication avec les appareils
CARDIOGRAPHIE.
inscripleurs. On peut voir sur la coupe de la sonde cardiaque droite les détails de sa construction. L’ampoule V, destinée au ventricule droit, communique par son tube TY avec le levier Iv (fig. 187). L’ampoule 0, destinée à l’oreillette, communique par le conduit extérieur avec le tube TO et le levier lo. La sonde s’introduit par la veine jugulaircdu cheval J (fig. 189), jusque dans les cavités du cœur droit. La longueur qui sépare les ampoules Y et 0 est telle, que, lorsque V est dans le ventricule, O occupe l’oreillette. Il suffît donc, pour arriver à une bonne position des ampoules, de les enfoncer par la veine jugulaire jusqu’à ce qu’on éprouve une résistance absolue due au contact de l’ampoule Y avec le fond du ventricule droit.
La figure 189, qui représente le cœur du cheval, vu par sa face
Fig. 189. Positions occupées par les ampoules de la sonde cardiaque droite dans le cœur du cheval; elles sont marquées par de petites croix.
droite, montre la position précise de ces deux ampoules. Cette position est indiquée par deux petites croix.
L’ampoule initiale, destinée à transmettre la pulsation cardiaque au levier sphygmographique qui l’enregistrera, est à peu
Fig. 190. Tracés cardiograpliiques de l’oreillette droite 1, du ventricule droit 2, et de la pulsation du cœur 3.
INSCRIPTIONS MULTIPLES
près semblable à celle que porte la sonde cardiaque. Placée
à l’extrémité du tube le, elle
est représentée en c (fig.
CARDIOGRAPHIE.
Cette ampoule, pour être mise en place, nécessite une incision de la peau et un décollement des muscles intercostaux internes et externes dans l’intervalle desquels elle doit être enfermée. On peut indifféremment la placer à droite ou à gauche, pourvu que l’on choisisse le quatrième espace intercostal au niveau duquel la masse ventriculaire n’estpas recouverte par le poumon.
Dans la figure 189, le chiffre 4 (quatrième espace intercostal) indique le point où l’ampoule doit être appliquée.
La figure 190 représente les tracés de l’oreillette droite (n° l), du ventricule droit (n° 2) et de la pulsation cardiaque (n° 3) pris simultanément pendant quatre révolutions complètes du cœur. Une échelle permet de mesurer, en fractions de seconde, la durée des moindres mouvements de l’organe. La figure se lit de gauche à droite; à mesure que les ondulations de ces tracés sont expliquées, elles sont marquées au trait plein, au lieu de l’être au trait ponctué.
lre révolution. Deux lignes verlicales a, b indiquent le début de la systole auriculaire o et de celui de la systole ventriculaire v. 'Prolongées sur le tracé inférieur, ces lignes montrent que la contraction de l’oreillette précède le choc du cœur, et que celui-ci commence avec la contraction du ventricule.
2 '‘ révolution. On y voit la durée et la forme des systoles auriculaire et ventriculaire et de la pulsation cardiaque, ainsi que le mode de réplélion des cavités du cœur pendant leur période de relâchement. La systole de l’oreillette n’a qu’une durée trèsminime; presque instantanée, elle Unit en o', au moment même où elle arrive à son maximum, et avant que le choc débute. La systole du ventricule a une durée beaucoup plus longue. Arrivée à son summum, en v\ la pression qu’elle développe se maintient à peu près au même degré jusqu’au relâchement. La pulsation cardiaque présente exactement la même durée que la systole ventriculaire, preuve que ce sont deux phénomènes connexes. La forme toutefois est un peu différente, caria courbe de la pulsation, à partir du moment où elle est arrivée à son maximum, en c', subit un abaissement continu jusqu’au moment où survient le relâchement ventriculaire ; cet effet est le résultat de la déplétion graduelle du ventricule en contraction. Un effet inverse se produit pendant la période de relâchement du cœur : l’ascension graduelle des trois courbes qui se manifeste alors indique la réplétion progressive des cavités cardiaques par l’afflux du sangqui revient des
INSCRIPTIONS MULTIPLES
veines. Une petite ondulation ff, placée à l’extrémité de cette ligne de réplétion diastolique, exprime, dans la courbe ventriculaire et dans la courbe de la pulsation, la contraction de l’oreillette.
3è révolution. Elle montre l’effet des mouvements valvulaires dans les tracés. La valvule auriculo-ventriculaire, au moment où elle est fermée, éprouve des oscillations qui se traduisent par de petites ondulations, en h dans le tracé de l’oreillette, en h' dans le tracé du ventricule, en h1' dans le tracé du choc. Une petite ondulation analogue i i! i" est produite, dans les tracés, par le claquement des valvules sigmoïdes.
46 révolution. Tous les mouvements du cœur s’y trouvent marqués au trait plein, c’est-à-dire qu’ils sont tous précédemment décrits et expliqués.
La disposition ci-dessus indiquée du cardiographe avait surtout pour objet d’établir expérimentalement la théorie du cœur , c’est-àdire de fixer la succession réelle des trois phénomènes principaux dont nous avons parlé. Mais il fallait prouver, en outre, que les deux ventricules exécutent leurs mouvements systoliques et diastoliques d’une manière parfaitement synchrone. *
A cet effet, nous construisîmes une autre sonde qui devait être placée dans le ventricule gauche et signaler la concordance ou l’alternance des mouvements de ce ventricule avec les mouvements indiqués par l’appareil pour les cavités droites.
La sonde cardiaque gauche est représentée figure 191.
Son ampoule a, un peu plus résistante que celle de la sonde droite,
Fig. 191. Sonde cardiaque pour le ventricule gauche.
puisqu’elle^doit subir un effort plus énergique, est montée sur un tube de cuivre a f. Ce tube s’adapte en g au tube de caoutchouc qui se rend à l’appareil sphygmographique. C’est par la carotide de l’animal qu’on introduit cette sonde; on l’enfonce doucement jusqu’à la rencontre des valvules sigmoïdes de l’aorte, et profitant du moment d’une systole ventriculaire où ces valvules sont ouvertes, on la pousse vivement dans le ventricule. Pour se diriger
CARDIOGRAPHIE. 363
dans l’introduction de cette sonde, il faut savoir de quel côté est orientée l’ampoule qui fait, avec l’axe du tube métallique, un angle de 135° environ. A cet effet, une tige c, servant de repère, est implantée perpendiculairement à la direction du tube et tournée du même côté que l’ampoule dont elle permet de connaître la direction dans l’aorte du cheval.
Rapports des systoles de cavités droites et gauches.
En enregistrant les mouvements du ventricule gauche avec ceux de l’oreillette et du ventricule droits fournis par la sonde cardiaque droite, on obtient la figure 192, qui montre le parfait synchronisme du mouvement des deux ventricules. Toutefois, une différence doit être signalée dans la forme de ces deux mouvements. Le maximum
• Fig. 192. Tracé de l’oreillette droite, du ventricule droit et du ventricule gauche.
de l’effort développé par la contraction correspond au début du mouvement, en m, dans le ventricule droit, et se manifeste à la fin, en m', dans le tracé du ventricule gauche. Ajoutons que le claquement des valvules sigmoïdes v v' est plus accentué à gauche qu’à droite, ce qui est dû à ce que la pression aortique est plus forte que la pression de l’artère pulmonaire.
INSCRIPTIONS MULTIPLES
Rapports de la systole ventriculaire avec la pulsation
aortique. •
Ligne n° 1. Une sonde placée dans le ventricule gauche donne le tracé de deux révolutions du cœur. Au point a, celle sonde est retirée dans l’aorte; elle donne alors la forme de deux pulsations aortiques (une ligne ponctuée indique la forme qu’aurait le tracé si la sonde était restée dans le ventricule à partir du point a).
Fig. 193. Courbe n° 1. Pression dans le ventricule gauche d'un cheval ; à l'instant a on retire la sonde dans l'aorte. — Ligne 2, pression du sang dans l'aorte.
Cette courbe montre que de b en c, c’cs-t-ù-dirependant la systole ventriculaire, la pression présente à peu près les mêmes caractères dans le ventricule et dans l’aorte qui, à ce moment, communiquent largement l’un avec l’autre.
Ligne n° 2. Une autre sonde, placée à demeure dans l’aorte, montre que la pulsation aortique ne se produit qu’à un certain moment de la contraction ventriculaire : lorsque la pression du sang dans le ventricule est devenue assez forte pour soulever les valvules sigmoïdes. Le premier effet de la systole ventriculaire ne produit qu’un ébranlement de ces valvules, ce qui se traduit par la petite ondulation b'.
Dans les deux tracés, les ondulations c et d correspondent à la
CARDIOGRAPHIE. 365
clôture des valvules sigmoïdes. La ligne descendante qui suit exprime l’abaissement de la pression dans l’aorte par suite de l’écoulement du sang entre deux afflux consécutifs.
Évaluation manoinétriquc de l'effort développé par les différentes
cavités du cœur.
Le Cardiographe indique, d’après la" hauteur croissante ou décroissante des courbes qu’il trace, l’énergie plus ou moins grande des systoles des oreillettes ou des ventricules; mais ce ne sont là que des indications relatives dont on ne saurait rapporter la valeur .à une commune mesure. Le manomètre à mercure, au contraire, fournit immédiatement la valeur réelle des pressions qu’il signale; mais nous avons vu que cet appareil, très-bon pour indiquer les pressions constantes, ne saurait signaler fidèlement despressions qui éprouvent des variations brusques. En effet, la colonne de mercure de l’instrument, mise en mouvement par un brusque changement de pression, prend une vitesse acquise en vertu de laquelle son niveau ne s’arrête pas au maximum ni au minimum réel de la pression qu’elle devrait signaler, mais les dépasse tous les deux. Cet effet est produit par l’inertie du mercure ; il serait moindre pour des manomètres construits avec des liquides moins denses ; il est sensiblement nul pour les appareils dans lesquels les pièces mises en mouvement par les changements de la pression n’ont que très-peu de masse; le cardiographe est précisément dans ces conditions.
11 s’agit donc de mesurer, avec le manomètre à mercure, la valeur des différentes pressions que le cardiographe exprime par des hauteurs plus ou moins grandes de la courbe enregistrée. En un mot, il faut graduer les indications du cardiographe en prenant pour étalon le manomètre ù mercure. (Voir Technique, chap.vm.)
Lorsqu’on a construit l’échelle des indications du cardiographe, on détermine aisément la valeur absolue des pressions à tout instant, dans les différentes cavités du cœur. Dans nos mesures nous avons trouvé avec Chauveau des valeurs très-variées; ainsi dans un cas les maxima de la pression étaient les suivants :
Oreillette droite. . Ventricule droit..
Ventricule gauche
366 INSCRIPTIONS MULTIPLES
Sur un autre animal, nous avons obtenu les valeurs suivantes :
Ventricule droit . 30ram
Ventricule gauche . 95
Chez un vieux cheval, l’écart était énorme entre les maxima de pression des deux ventricules :
Ventricule droit . 29”""
Ventricule gauche . 14C
De la pression dans les différentes cavités splanchniques; expériences de Luciani.
Une série de manomètres inscripteurs du modèle de Fick étant disposés pour 'tracer sur un môme cylindre, Luciani conduit à chacun de ces instruments la pression prise dans une des cavités splanchniques : thorax, abdomen. Un tube explore la pression latérale de l’air dans la trachée par la méthode de Hering et Breuer1. D’autre part, on fait respirer l’animal dans un vase de grande capacité où l’on explore la pression avec un manomètre inscripteur2.
Enfin, deux prises de pression sont établies, l’une dans l’œsophage, l’autre dans la vessie ou le rectum, pour fournir la valeur des pressions intra-thoracique et intra-abdominale. Cette disposition qui permet d’agir sans mutiler l’animal semble destinée à fournir d’importants résultats. C’est une sorte de sonde manométrique analogue à celles de la Cardiographie physiologique que l’on introduit dans l’œsophage ou dans le rectum. La pression agit alors d’une manière médiate, suivant l’expression de l’auteur, soit pour dilater, soit pour comprimer l’ampoule de cette sonde.
Les résultats obtenus par Luciani diffèrent sensiblement de ceux que j’ai obtenus moi-même dans des conditions assez analogues, et je ne serais pas éloigné de croire que dans la dis-
1. Tube bifurqué; une branche s’ouvre à l’air libre, l’autre se rend à un manomètre de Fick ou à un tambour à levier. (Ilering et Breuer, Wiener Sitzungsberichte 1868-69.)
2. J’ai employé le même procédé, en 1865, pour rechercher la concordance entre les mouvements respiratoires et ceux de l’air. ( Pneumographie , in Journal de l'Anat. et de la Phys, de Robin, 1865.)
position môme dès appareils s’est glissée quelque cause d’erreur.
Ainsi, tandis que j’ai toujours obtenu une concordance parfaite entré les mouvements du thorax et ceux de l’air respiré, Luciani trouve un retard des mouvements de l’air sur ceux de la respiration ; d’autre part, tandis que j’observais dans mes expériences une alternance entre les variations de la pression thoracique et celles de la pression abdominale, l’auteur n’observe cette alternance que dans des cas particuliers. Il ne faut pas oublier que la disposition des appareils manomélriques influe beaucoup sur le plus ou moins de rapidité de leurs indications et que souvent, dans la transmission même des pressions, il existe des causes de retard qu’on ne saurait négliger.
Inscription simultanée des températures recueillies en différents lieux.
Ce problème, les météorologistes ont à chaque instant à le résoudre. Tantôt il leur importe de connaître la température au niveau du sol et de la comparer à celle qui existe à une certaine altitude; d’autres fois, c’est à une certaine profondeur qu’on explore la température ; ailleurs, c’est au soleil ou à l’ombre qu’on l’évalue. Dans tous ces cas on doit ramener, s’il est possible, à un même appareil inscripteur, les tracés de ces différentes températures; les thermomètres à transmission se prêtent fort bien à celte inscription simultanée.
On a vu, page 313, que la température du thermomètre sec comparée à celle du thermomètre humide permet d’évaluer approximativement l’intensité des effets de l’évaporation; cette intensité est proportionnelle à l’écart des deux températures inscrites.
L ’actinomètre consiste en deux thermomètres; dans l’un la boule est nue, et dans l’autre elle est couverte de noir de fumée.
INSCRIPTIONS MULTIPLES
Inscription simultanée de la température en plusieurs points
de l'organisme.
La température animale varie, en chaque point de l’organisme, sous un grand nombre d’influences diverses. Dans les régions superficielles elle varie beaucoup, dans les régions profondes, trèspeu ; on a même pu croire à la fixité de la température centrale. Nous allons montrer que l’intérêt dominant de l’inscription de la température animale est de nous faire savoir si la variation est de même sens ou de sens inverse dans les régions profondes ou à la surface du corps; c’est donc par l’inscription simultanée qu’on arrivera le mieux à ces constatations.
La source de la chaleur animale est encore mal connue, mais ce que l’on sait bien, c’est que cette chaleur se communique a.u sang et circule avec lui dans toutes les parties du corps. Quand on soustrait un membre à la circulation en liant son artère principale, on voit bientôt le membre se refroidir à des degrés divers, suivant l’état de la température ambiante; qu’on enlève la ligature, et le membre se réchauffe aussitôt par la chaleur du sang qui lui arrive.
Ces variations exagérées de la température que l’on provoque dans un membre où l’on supprime et rétablit tour à tour le cours du sang se produisent avec une intensité moindre, mais d’une manière aussi constante quand on se borne à modifier la vitesse de la circulation dans un membre. Une compression incomplète de l’artère du bras, en ralentissant le cours du sang, refroidit le membre supérieur. L’élévation du bras produit le même effet en neutralisant par l’action de la pesanteur une partie de la pression qui fait circuler le sang dans l’artère.
Cl. Bernard a montré que l’action de certains nerfs, qu’on nomme vaso-moteurs , entrave ou facilite la circulation dans les organes en en resserrant les vaisseaux ou en les faisant relâcher. A l’état normal, sous l’influence de ces nerfs, la circulation des organes change continuellement de vitesse et fait varier conséquemment la température tantôt en une région limitée, tantôt dans une grande partie de l’organisme.
Mais la rapidité plus ou moins grande de la circulation n’est pas la seule condition nécessaire pour que la température d’un
organe s’élève ou s’abaisse; il faut que cet organe soit soumis, d’autre part, à des influences de déperdition de chaleur. Cette con dition n’existe que pour les régions superficielles du corps, et surtout pour celles qui sont nues et présentent une grande surface exposée à la température ambiante. J. Hunter, dans ses recherches sur l’inflammation, a vu que la rougeur des tissus ne s’accompagne d’échauffement que pour les parties superficielles du corps, celles qui, normalement, sont moins chaudes que le sang, el qu’un courant sanguin rapide peut réchauffer. Mais les parties profondes peuvent être le siège d’une circulation rapide ou lente sans que leur température varie, car, normalement soustraites aux causes de refroidissement, elles ont pour température celle du sang luimême.
D’autre part, Cl. Bernard a vu que si l’on coupe le nerf grand sympathique au cou d’un lapin, l’oreille, privée de ses nerfs vasculaires, rougit et prend une température plus élevée que celle du côté opposé. Or, l’écart entre les températures des deux oreilles est d’autant plus grand que la température ambiante est plus basse. Quand on place l’animal opéré dans une étuve portée à la température du sang, les deux oreilles prennent les mêmes températures, parce qu’alors le sang, quelle que soit la rapidité de sa circulation, ne peut réchauffer un organe déjà aussi chaud que lui.
Si nous considérons le rôle des nerfs vasculaires par rapport à la température locale et par rapport à la température générale, nous serons conduits à admettre que ce rôle est inverse, que toutes les fois que le cours du sang, plus rapide en une région, vient y élever la température, cet échauffement doit s’accompagner d’un abaissement de la température centrale. En effet, c’est à la chaleur du sang qu’est dû le réchauffement de la région exposée aux influences extérieures de refroidissement.
Enfin, si nous admettons que la production de chaleur au sein de l’organisme soit continuelle, il s’ensuivrait que Réchauffement du sang serait indéfiniment croissant si les causes de refroidissement qui agissent à la surface du corps n’intervenaient pour limiter cette élévation de la température. La circulation favorise beaucoup cette déperdition en amenant continuellement aux régions superficielles du corps du sang échauffé qui vient s’y refroidir.
Or, on peut démontrer que la vitesse de la circulation, réglée
INSCRIPTIONS MULTIPLES
par les influences nerveuses, change sous l’influence de la chaleur du sang lui-même, de telle sorte que l’action des nerfs vasculaires constitue le régulateur de la température animale. Mais, pour bien faire comprendre le mécanisme un peu compliqué de cette fonction régulatrice, il faut réduire le phénomène à des conditions plus simples. Le schéma suivant me paraît propre à expliquer le mécanisme de cette régulation de chaleur.
Le trajet circulaire du sang est représenté figure 194 par un tube refermé sur lui-même, véritable thermo-siphon dans lequel le courant du liquide se fera toujours dans le même sens. Une source
de chaleur, un bec de gaz, échauffe continuellement l’eau dans une partie déclive de l’appareil et le liquide échauffé s’élève, tandis que du liquide froid vient constamment le remplacer et se soumettre à un nouvel échauffement.
La partie inférieure du circuit est enfermée dans une caisse où elle est à l’abri de toute influence de l’air ambiant qui tendrait à la refroidir; l’autre partie R, située en dehors de la caisse, est seule exposée au refroidissement.
Enfin, un robinet situé sur le trajet du tube permet d’y régler la vitesse du courant de liquide, tandis que deux thermomètres placés en tl et t* permettent de connaître à tout instant l’état de la température dans les deux points du circuit, celui où le refroidissement se produit et celui qui est à l’abri du refroidissement.
Cet appareil va nous montrer comment les deux températures varient l’une par rapport à l’autre dans toutes les conditions possibles : suivant qu’on fait varier l’intensité du refroidissement, celle de la source de chaleur ou la vitesse du mouvement du liquide au moyen du robinet. Au moment où l’on fait agir la source de chaleur sur l’appareil supposé plein d’eau froide, Réchauffement se fait d’une manière graduelle, le mouvement du liquide commence, s’accélère et porte la chaleur en plus grande abondance au point R, où elle se perd par refroidissement. A un moment donné, la température cessera de s’élever; la déperdition sera
Fig. 194. Schéma delà distri.
bution et de la régulation des températures
égale à réchauffement. C’est à ce moment que nous supposons l’appareil arrêté.
1er cas. — La température ambiante varie. — Si elle s’abaisse, tout se refroidit, mais particulièrement la partie exposée au refroidissement en R; inversement si l’air ambiant est moins froid, tout se réchauffe, mais particulièrement la partie située
en R.
2e cas. — La source de chaleur change d’intensité. — Si cette source donne plus de chaleur, tout s’échauffe, mais particulièrement la partie abritée contre le refroidissement. L’effet inverse se produit si la source de chaleur diminue d’intensité.
On voit que, dans ces deux cas, la température centrale, celle de la portion de l’appareil qui est soustraite aux déperditions directes, est cependant variable.
3e cas. — On fait varier l’ouverture du robinet, ce qui modifie la vitesse de la circulation du liquide. — Si le robinet est plus ouvert le courant s’accélère, la température centrale baisse, la température superficielle s’élève; une plus grande quantité de chaleur es éliminée en R; en somme, le système pris dans son ensemble a perdu de la chaleur.
Si le robinet est moins ouvert, la circulation se ralentit, la région R se refroidit, mais la région centrale s’échauffe.
Considéré par rapport à la température centrale, le rôle du robinet est le suivant : plus il s’ouvre, plus il jette à l’extérieur de chaleur qui va s’y perdre, ce qui abaisse la température centrale.
Avec le thermomètre sous les yeux, si l’on voulait régler la température centrale, il suffirait de tourner le robinet dans un sens ou dans l’autre. On compenserait ainsi les influences de la température extérieure plus chaude ou plus froide, et celles que tendrait à produire, d’autre part, la source de chaleur, suivant qu’elle serait plus ou moins active.
Or, ce que fait le surveillant, dans l’hypothèse que nous venons d’admettre, l’action des nerfs vasculaires le fait d’une manière automatique chez les animaux. Il semble que le but à atteindre soit la fixité presque absolue de la température centrale. Toute influence qui tend à la modifier est combattue par l’action de ce régulateur qui ralentit ou accélère le cours du sang suivant que la température extérieure enlève plus ou moins de chaleur à l’organisme; qui pallie les effets d’une production trop grande ou
INSCRIPTIONS MULTIPLES
trop faible de chaleur en jetant au dehors la chaleur en excès au moyen d’une circulation rapide; en économisant la chaleur par un ralentissement du cours du sang toutes les fois que la production en est faible.
Pour montrer clairement les diverses influences de ces trois facteurs de la température : production, déperdition, régulation, nous les résumérons de la manière suivante :
Si le régulateur ne change pas, les variations dans la perte ou dans la production de chaleur seront de même sens dans tous les points de l’organisme. Si le régulateur change seul, les variations de la température dans le centre et à la surface du corps seront de sens contraire.
Toute influence qui tend à faire varier la température centrale peut être compensée par l’action du régulateur s’exerçant dans un sens ou dans l’autre.
Pour savoir si la température d’un animal varie dans sa production, sa perte ou sa régulation, il faut nécessairement explorer la température en plusieurs points simultanément. La figure 195
Fig. 195. Double thermomètre mscripteur permettant d’étudier à la fois la température en deux points différents où l’on place les boules B et B.
représente un double thermomètre inscripteur que j’ai fait construire, et dont les boules peu volumineuses peuvent être introduites l’une dans l’oreille, l’autre dans le rectum d’un lapin de moyenne taille. L’inscription simultanée des températures centrale et périphérique montre, suivant que les deux variations