‹ La méthode graphique dans les sciences expérimentales et particulièrement en physiologie et en médecineChapitre 222 sur 277 · RHYTHME DE LA RESPIRATION · texte numérisé non relu

RHYTHME DE LA RESPIRATION

passé du réservoir dans la cloche pour produire l’écart du levier, dont on cherchait la valeur en litres et centilitres d’air.

11 est déjà évident que ce volume est identique avec celui qui a été chassé du poumon dans l’expiration. Mais on a vu tout à l’heure que le tracé recueilli d’après les mouvements de la poitrine est parallèle au tracé recueilli par les mouvements de l’air. On pourra donc, d’après le tracé des mouvements thoraciques, évaluer le volume d’air mis en mouvement en un temps donné, pourvu qu’on ait déterminé le volume d’air correspondant à l’une des respirations inscrites*.

Cette méthode permettra donc d’évaluer les volumes d’air mis en action dans les différentes formes de la respiration, et d’apprécier l’activité de la fonction respiratoire dans diverses circonstances. Pour évaluer les volumes d’air mis en mouvement en un temps donné, on additionnera les valeurs de chacune des respirations contenues dans une même longueur de tracé. Si la respiration est régulière, ce qui est le cas le plus fréquent, il suffira de multiplier le volume d’air inspiré dans un cas par le nombre des respirations.

Fréquence et rhythme de la respiration à l’état normal.

On ne saurait attribuer aux mouvements respiratoires un type normal, car mille influences les font varier. Il en est de la respiration comme de la circulation du sang : l’altitude, l’action musculaire, la température, l’ingestion des aliments, etc., influent sur l’une et l’autre de ces fonctions. Pour la respiration, la volonté s’ajoute encore aux causes de changement ci-dessus indiquées, permettant, pour les besoins de la phonation ou de l’action musculaire, de diriger arbitrairement ou de suspendre au besoin, pour quelques instants, les mouvements de la cage thoracique. Ces in-

]. Une objection pourra être élevée contre celte méthode; elle est relative à l’influence de la température sur le volume d'air soumis à la respiration, cette température n’étant pas la même dans le poumon et dans le réservoir. Or l’expérience montre que cette influence est il peu près nulle. En effet, si l’air s’échauffait dans le réservoir, après quelques respirations, on verrait la courbe, dans son ensemble, s’élever peu à peu quand on enregistre les mouvements de l’air, ce qui ne s’observe qu’à un degré trèsfaible et négligeable. — On peut donc, assez fidèlement, évaluer d'après un trace des mouvements respiratoires les quantités d’air mis en mouvement.

fluences perturbatrices seraient très-gênantes dans l’expérimentation, si l’on ne pouvait les éliminer d’une manière à peu près complète. Il suffit pour cela de détourner son attention du tracé qui s’enregistre automatiquement et même de s’appliquer à quelque autre chose qui nécessite une certaine contention d’esprit. Dès lors, la respiration, réduite à l’état de fonction organique, ne subit plus d’autre influence que celle des conditions plus ou moins complexes dans lesquelles on se trouve, et dont nous essayerons de déterminer les effets. En clinique, les sujets mis en expérience ne doivent pas être prévenus de ce qu’on attend d’eux. Pour un grand nombre de malades, la prostration dans laquelle ils sont plongés met l’expérience à l’abri de toute influence volontaire.

Avant de quitter ce sujet, disons quelques mots des effets que certains actes volontaires peuvent produire dans la respiration. L’acte de lire à haute voix la modifie profondément. Comme l’expiration est le seul temps actif pour la phonation, l’homme qui lit emplit sa poitrine le plus vite possible, et ménage autant qu’il peut le volume de l’air qu’il expulse, afin de prolonger autant que possible la durée des sons émis. De là une modification importante du rhythme, dans lequel l’inspiration est beaucoup plus courte et l’expiration beaucoup plus longue qu’à l’état normal. Prenons pour type normal les durées suivantes obtenues dans un cas : inspirations 100, expirations 200. Pendant la lecture à haute voix, le rhythme a été le suivant: inspirations 40, expirations 200. Le chant modifie souvent encore plus le rhythme de la respiration; il a donné les rapports suivants : inspirations 18, expirations 282. On peut suspendre ses respirations pendant plus ou moins longtemps, 30 à 40 secondes en inspiration, 25 à 30 en expiration, ou bien en précipiter le mouvement et le porter jusqu’à 120 et plus par minute.

En présence de pareils changements apportés par la volonté dans le rhythme de la respiration, on se demande s’il est possible d’en éliminer entièrement les effets. A cela, on peut répondre affirmativement et en fournir la preuve. En effet, si l’on respire pendant une minute de la manière automatique dont nous avons parlé, et qu’on partage le tracé en deux parties égales, de trente secondes chacune, on voit que chacune des deux moitiés j’enferme sensiblement le même nombre de inspirations, et que la durée relative des inspirations et des expirations est en moyenne sensi-

blement la même dans les deux moitiés du tracé. On s’étonnerait souvent de la frappante concordance des rapports résultant de cette comparaison, si l’on n’avait vu, dans les expériences faites sur les mouvements du cœur, des exemples nombreux de la régularité d’une fonction de la vie organique. Comme les caractères les plus intéressants de la respiration sont la fréquence et le rhythme, c’est-à-dire la durée relative des inspirations et des expirations, commençons par étudier ces deux caractères.

Influences qui modifient les caractères de 1a. respiration.

A. Influence de l'étroitesse des voies respiratoires. — Si l’on inscrit comparativement les mouvements qu’on exécute en respirant librement, la bouche enlr’ouverte, et ceux qui se produisent lorsqu’on se condamne à respirer exclusivement par un tube plus ou moins étroit, on voit que le second tracé diffère du premier par la fréquence, l’amplitude, le rhythme et l’altitude. Plus le tube employé est étroit, plus on voit s’accuser les différences qui exis- . tent entre le tracé obtenu et celui que donne la respiration libre. Dans la figure 214, le tracé A est obtenu par la respiration normale; le tracé O, par la respiration à travers un tube étroit. Quelles sont ces différences, et à quoi sont-elles dues? C’est ce que nous allons examiner.

Fréquence. — L’étroitesse des voies respiratoires diminue la fréquence de la respiration.

Ce ralentissement de la respiration, produit par les résistances au passage de l’air, concorde avec celui que nous avons signalé autrefois à propos de la circulation cardiaque, lorsque nous avons montré que le cœur ralentit ses mouvements si le sang qui s’en échappe rencontre un obstacle à son passage. Ce ne sera pas le seul point de rapprochement que nous rencontrerons entre la circulation et la respiration, ces deux fonctions si intimement liées et qui réagissent sans cesse l’une sur l’autre.

Amplitude b — L’amplitude de la respiration augmente sous l’influence d’un obstacle au passage de l’air.

1. En divisant la somme de toutes les amplitudes par le nombre des respirations, on obtient la moyenne amplitude d’une respiration.

Fip 107. Tracés des mouvements respiratoires de l'homme.

É ‘ * I lu - v .. 4-,

Il s’établit donc, dans ces circonstances, une sorte de compensation entre la fréquence diminuée et l’amplitude augmentée, de telle sorte que la fonction respiratoire soutfre le moins possible de l’obstacle au passage de l’air. Il y a comme une tendance à la fixité des volumes d’air mis en mouvement en un temps donné, de sorte que la fonction d’hématose doit conserver sensiblement son état normal. Nouvelle analogie avec ce qui se passe du côté du cœur dont les systoles lancent en général des ondées d’autant plus abondantes qu’elles sont rares.

La compensation de la diminution de fréquence par la plus grande amplitude des respirations n’est assurément pas constante; l’étroitesse exagérée des voies respiratoires amène une gène et une anxiété que tout le monde connaît, et qui se traduit par une diminution évidente de l’hématose, ce qui prouve qu’à ce moment la quantité d’air qui pénètre dans les poumons est insuffisante.

Rhythme. — La respiration, sous l’influence de l’étroitesse du passage de l’air, change de rhythme, c’est-à-dire que le rapport de durée entre l’inspiration et l’expiration se modifie. C’est l’inspiration qui gagne en longueur.

B. Effets d’un obstacle au passage de l’air n’existant que dans un seul sens, celui de l’inspiration ou celui de V expiration. — Les expériences précédentes ont été faites en respirant, soit librement, soit par un tube étroit; l’obstacle au courant d’air était donc le même dans les deux périodes : dans l’inspiration et dans l’expiration. Nous avons voulu étudier l’influence qu’aurait sur le rhythme de la respiration une résistance qui tantôt s’opposerait seulement à l’arrivée de l’air dans les poumons, tantôt en gênerait seulement la sortie.

A cet effet, nous avons pris un tube de cuivre de douze millimètres de diamètre et de dix centimètres de longueur, assez large par conséquent pour qu’on puisse respirer librement par son ouverture. A l’intérieur, nous avons placé une soupape qui présente à son centre une ouverture de trois millimètres de diamètre. Dans un sens, le courant d’air ouvre la soupape et passe sans résistance; dans l’autre, il la ferme et n’a d’autre passage que l’orifice étroit dont elle est percée.

Suivant qu’on place dans la bouche l’une ou l’autre extrémité du tube, le plus grand obstacle au passage de l’air correspond à l’inspiration ou à l’expiration.

Des tracés ont été recueillis dans chacune de ces conditions et ont révélé les modifications suivantes dans les mouvements respiratoires.

La figure 279 représente quatre tracés de la respiration obtenus dans des conditions différentes.

Le tracé A est formé par la respiration libre ; le tracé O, ponctué, est produit en respirant à travers un tube étroit, c’est-à-dire avec un égal obstacle aux deux périodes de la respiration; les tracés B et C, dont l’un est formé par une ligne pleine, l’autre par une ligne ponctuée, sont obtenus en respirant par le tube à soupape. L’obstacle se trouvait dans le sens de l’inspiration pour le tracé B. Il se trouvait, au contraire, dans le sens de l’expiration pour le tracé qui est représenté par la ligne ponctuée G.

Si l’on compare le tracé de la respiration libre H, aux tracés B et C, on voit que ces derniers, quel que soit le sens de l’obstacle, présentent moins de fréquence et plus d’amplitude; en superposant ces deux tracés qui ont à peu près la même fréquence, on voit nettement la différence de rhythme qui se produit suivant le sens de l’obstacle au passage de l’air.

L’obstacle en un seul sens ralentit toujours la période de la respiration sur laquelle il porte. Ainsi, dans la ligne C, l’expiration est prolongée.

C. Influence d'une compression extérieure de la poitrine. — Si l’on comprime le tronc avec une large ceinture' fortement sanglée, de manière à produire des changements notables dans la fréquence, le rhythme et l’amplitude de la respiration, contrairement à ce que produisent les autres obstacles, la compression thoracique accélère les mouvements respiratoires.

Cette compression produit une grande diminution de l’amplitude de ces mouvements, ce qui se conçoit facilement d’après la nature de l’obstacle qui était, dans nos expériences, une ceinture inextensible s’opposant énergiquement à l’ampliation de la poitrine. Enfin, elle modifie le rhythme, en rendant plus égales l’inspiration et l’expiration, la première gagnant en durée aux dépens de la seconde. Nous n’avons pas jusqu’ici étudié les influences que produiraient des ceintures plus ou moins élastiques substituées à la sangle inextensible qui nous a servi; ces recherches seront continuées ultérieurement.

Il m’a paru intéressant de grouper dans un tableau synoptique

les modifications que produit sur la respiration l’existence de te) ou tel obstacle au passage de l’air. Nous noterons seulement les changements en plus ou en moins que subit la fréquence générale des respirations, ou la durée relative de chacune de leurs périodes par rapport au type normal.

Obstacle

dans

Page 1