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FORMES DU POULS

L’inscription des mouvements du levier sur cette plaque donne naissance aux tracés les plus variés au point de vue de la forme, de l’amplitude et de la régularité des pulsations qui y sont inscrites.

Voici quelques types des pulsations de la radiale.

Dans la figure 281 ont été réunis sans ordre des types correspondant à des maladies variées; je n’avais d’autre but que de

Fir .281. — 1. Fièvre *ur un vieillard à artères athéromateuses. — 2. Fièvre typhoïde, période de déclin. — 3. Colique de plomb. — 4. Péricardite rhumatismale avec lièvre. — 5. Convalescence d'une lièvre typhoïde. — 6. Pouls d’un, vieillard, rareté extrême des pulsations. — 7. Fièvre traumaliqüe consécutive à une coxalgie suppurée. — 8. Anévrysme disséquant de l’aorte.

grouper des formes très-dissemblables, à propos desquelles nous allons analyser les différents éléments d’une pulsation artérielle.

Éléments d’une pulsation.

Quand on veut se rendre compte des formes que peut revêlir chacune de ces pulsations, il faut les décomposer en une série

d’éléments dont chacun peut varier à sa manière; ces éléments sont l’ascension, le sommet et la descente de la courbe tracée.

L 'ascension de la courbe est plus ou moins brusque, suivant la manière dont se fait l’accroissement dej la pression du sang dans l’artère. Ici, comme dans tous les cas dont nous avons déjà parlé, la vitesse d’ascension est exprimée par la brusquerie de la ligne qui la traduit; de même, l’amplitude du pouls ou hauteur d’ascension, correspondra à l’intensité du changement qui s’est produit dans la pression du sang artériel. (Dans la figure 281, l’ascension du pouls est très-rapide pour les tracés 1, 4, 6, 7; elle est plus lente pour les tracés 2, 6 et 8.)

Le sommet de la pulsation présente une forme tantôt aiguë (tracés 1, 3, 4), tantôt plate (tracé 5), ou arrondie (2 et 8), suivant le cas ; parmi les types représentés ci-dessus, toutes ces formes se rencontrent depuis le sommet aplati jusqu’à la pointe aiguë. Comme cette partie du tracé correspond au maximum de la pression du sang, sa forme exprimera tantôt une période d’état de cette pression comme dans la courbe 6, où le sommet présente une sorte de plateau; tantôt une chute soudaine de la pression fera suite à son élévation brusque et se traduira par une pointe aiguë du tracé. La forme à plateau signifie que le sang poussé par le ventricule, après avoir rempli l’artère, continue à garder sa pression maxima par suite d’une prolongation de l’effort ventriculaire ; on observe cette forme chez les vieillards dont le cœur envoie dans les vaisseaux une ondée volumineuse et prolongée. On l’observe aussi à des degrés divers dans les cas où la tension artérielle est forte. La forme aiguë peut être définie une chute soudaine de la pression; elle se produit quand l’onde sanguine, courte et haute, ne met qu’un instant à franchir le point du vaisseau qu’on explore. Enfin la forme arrondie, intermédiaire aux précédentes, correspond au passage d’une onde plus longue et en général moins forte.

La période descendante du tracé correspond à une chute de la pression du sang; l’écoulement qui se fait sans cesse à travers les vaisseaux capillaires produit cette chute d’une manière nécessaire. On remarque ordinairement dans cette partie du tracé un ou plusieurs rebondissements qui ont reçu les noms de dicrotisme ou polycrotisme , suivant le nombre d’oscillations dont ils (sont

DICROTISME DU POULS.

formés. Parfois le dicrotisme atteint piœsque la même hauteur que le premier soulèvement, mais en général il est beaucoup plus faible.

Dicrotisme du pouls.

La cause de ce phénomène est dans la production d’une onde sanguine secondaire qui se porte vers la périphérie en suivant la première onde. L’explication de ce phénomène a été donnée à propos du mouvement des ondes liquides à l’intérieur des tubes élastiques. Nous n’aurions pas à y revenir si nous n’avions remarqué, depuis nos premières publications, qu’il reste encore de l’obscurité sur le mécanisme de ce rebondissement du pouls. Nous rappellerons donc brièvement la manière dont se produisent et se succèdent les ondes dans un vaisseau..

Une première impulsion ventriculaire envoie dans le système artériel une certaine quantité de sang; celui-ci, grâce à la vitesse dont il est animé, s’élance, sous forme d’ondes, dans chacune des artères qui émanent de l’aorte. De là, le mouvement se propage dans une direction centrifuge et accuse son passage au-dessous du sphygmographe par un premier soulèvement du levier. Ce premier mouvement est à peine accompli qu’un autre lui succède dans des conditions semblables, mais avec une intensité moindre. C’est l’onde secondaire ou dicrote, dont la direction est également centrifuge; parfois une troisième onde apparaît à la suite des deux autres, mais il faut, pour qu’elle ait le temps de se produire, que le cœur n’envoie pas trop vite une nouvelle quantité de sang.

Toutes les fois qu’un liquide est projeté avec vitesse à l’intérieur d’un tube élastique, il se produit des ondes de ce genre; nous en avons longuement discuté la production et la propagation, (\oyez p. 345, et Travaux du laboratoire , 1875, p. 105. J

Ces ondes sont toutes centrifuges; on peut s’en assurer au moyen de Thémodromographe de Chauveau qui, par le sens de la déviation de son aiguille, traduit le sens du mouvement du liquide à l’intérieur du vaisseau.

Du reste, la théorie indique que les ondes de dicrotisme ne sont point des ondes centripètes produites par la réflexion du sang contre des obstacles situés dans les vaisseaux en aval du point exploré. Une telle réflexion n’aurait pas la place de se produire, car la longueur des ondes sanguines excède celle des extrémités arté-

rielles situées en aval de l’instrument. Une expérience bien simple permet de constater la direction centrifuge des ondes du dicrotisme, elle consiste à comprimer l’artère immédiatement en aval du sphygmographe. On voit alors que le dicrotisme persiste, et même que l’amplitude en est augmentée par l’obstacle contre lequel vient se heurter l’effort de la colonne sanguine. Cet obstacle qu’on vient de créer devient le lieu de réflexion des ondes ; or on ne peut pas supposer que le temps considérable qui sépare deux ondes successives soit dépensé pour un mouvement d’une aussi faible étendue.

On a donné le nom de polycrotisme aux formes du pouls, qui présentent des rebondissements multiples. Ici, une distinction doit être faite.

Certaines formes de pouls présentent des rebondissements nombreux, ce qui tient, avons-nous dit, à ce que des ondes successives ont eu le temps de se produire entre deux impulsions du cœur. On observe ces formes presque dans tous les cas où les mouvements du cœur sont très-ralentis. Ainsi, chez les convalescents de maladies fébriles (fig. 281, n° 5), on doit donc considérer le pouls polycrote comme un signe favorable qui annonce parfois d’une manière précoce la fin des maladies.

Mais il est une autre forme de polycrotisme qui s’observe dans l’empoisonnement chronique par les sels de plomb. Cette forme, représentée figures 281 et 293, a pour caractère distinctif l’extrême acuité du premier sommet de la pulsation. J’ai quelques raisons de croire que cette forme se rattache à une brusquerie exagérée de l’impulsion ventriculaire qui chasse le sang dans les artères avec une extrême vitesse.

Enfin, les rebondissements du pouls s’observent quelquefois dans la phase d’ascension de la courbe qui s’élève pour ainsi dire en deux temps. Cela signifie que l’onde ventriculaire pénètre dans les artères d’une manière saccadée, brusquement d’abord, puis d’un mouvement ralenti à cause des résistances que le cœur rencontre pour achever sa systole. Ce type est normal pour le pouls aortique chez les grands animaux; il s’observe chez l’homme dans certains cas d’altération sénile des parois artérielles; on le rencontre enfin quelquefois dans l’insuffisance aortique accompagnée de sénilité des artères.

En Allemagne, Landois a décrit une forme de dicrotisme assez curieuse qu’on observe fréquemment dans la fièvre typhoïde; elle

formes physiologiques du pouls.

consiste en ceci : que le deuxième rebondissement du pouls semble s’élever plus haut que le premier. C’est là une illusion, et le nom d 'anacrote qui a été donné à cette forme du pouls n’a pas lieu d’être conservé.

Dans cette forme que nous avons représentée figure 282, la première pulsation, ou première onde, se produit à l’instant A, la

Fig. 282. Pouls dicrote dans lequel la seconde pulsation n'a pas le temps de se produire avant l’arrivée d’une nouvelle systole du cœur.

deuxième onde à l’instant 2, et c’est par suite de la fréquence trop grande des pulsations du cœur, que la chute qui suivrait l’ondulation 2 n’a pas le temps de se produire, ce qui fait que la première dépression est plus profonde que la seconde.

Quand on suit, jour par jour, les transformations du pouls, on se rend aisément compte de ce qui se produit alors et l’on assiste à l’anticipation graduelle de l’onde A sur l’onde B qu’elle absorbe. Dans le tracé supérieur, figure 282, le phénomène atteint presque sa limite extrême.

La description de ces variétés des tracés du pouls était une préparation nécessaire à l’interprétation des différents types qui s’observent dans les conditions physiologiques.

La forme du pouls varie suivant l’heure du jour, la température extérieure, l’état de repos ou l’exercice musculaire. L’ingestion de boissons chaudes ou alcooliques la modifie également. Enfin l’influence de la respiration modifie le pouls dans sa forme, dans sa fréquence et dans son amplitude.

Ces différents types physiologiques ne s’écartent pas beaucoup de ceux que nous connaissons déjà; on doit admettre qu’il n’existe pas à proprement parler un pouls de la santé et un pouls de la maladie, mais que la variété des formes que l’on observe correspond à une série d’états de la circulation qui peuvent se rencontrer parfois sur l’homme sain.

Variations physiologiques de l’amplitude du pouls.

Toute influence qui augmente le calibre d’une artère augmente aussi l’amplitude des pulsations de ce vaisseau. Si par exemple on applique le sphygmographe alternativement sur l’une et l’autre radiale et si le calibre de ces deux vaisseaux n’est pas le même, l’artère la plus volumineuse donnera le pouls le plus ample. D’autre part, l’instrument étant en place, s’il se produit une augmentation du volume de l’artère, l’amplitude' du tracé du pouls s’accroît également. Ces relâchements des artères surviennent parfois spontanément par le seul fait de l’application prolongée du sphygmographe ; d’autres fois, on lés obtient par suite d’une élévation de la température, la chaleur ayant pour effet de relâcher les tuniques du vaisseau. Dans les parties enflammées les artères battent avec plus de force, non que le sang y arrive avec plus d’impulsion, comme on le croyait autrefois, mais parce que les tuniques artérielles y sont plus relâchées. Une cause toute mécanique produit, dans tous ces cas, l’augmentation d’énergie des battements. Un vaisseau plus large agit par une surface plus large contre le ressort qui le presse et lui imprime un déplacement plus étendu.

L’amplitude du pouls normal ne pourrait donc être définie, puisqu’elle varie avec le volume de l’artère explorée ; j’ajouterai qu’elle varie également avec le degré de la pression exercée par le ressort de l’instrument. Les médecins se sont beaucoup préoccupés de ces effets d’une pression plus ou moins foi'te développée par le sphygmographe et ils ont cherché le moyen de la mesurer, croyant ainsi pouvoir estimer celle que le sang présente à l’intérieur du vaisseau. Mais, comme on pouvait s’y attendre, ces tentatives ont échoué en présence des influences nombreuses qui font varier la force du pouls et qui exigent qu’une pression plus ou moins forte soit exercée contre les parois du vaisseau. En général on doit, en appliquant le sphygmographe, chercher par tâtonnement quel est le degré de pression le plus convenable, c’est-à-dire celui qui donne la plus grande amplitude au tracé. Suivant que cette pression sera forte ou faible, on en déduira que, dans le vaisseau, la pression du sang est elle-même plus ou moins élevée; mais, qu’on ne l’oublie pas, le sphygmographe ne fournit

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