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GÉNÉRALITÉS SUR LES MANOMÈTRES

ment. Ce manomètre a l’avantage de supprimer le mercure tout en fournissant les mêmes indications, puisque le cadran a été divisé en centièmes et demi-centièmes d’après un manomètre à mercure. La transmission du mouvement de la membrane anéroïde à l’aiguille s’opère au moyen d’un petit couteau coudé, qui fait tourner une hélice formant le pivot de l’aiguille. En même temps que l’aiguille marque les valeurs absolues des pressions, ces pressions sont transmises à distance à un tambour à levier inscripteur par l’intermédiaire d’une caisse à air comprise dans l’appareil. Nous employons dans le laboratoire indifféremment cet appareil et celui qui a été décrit tout à l’heure.

Considérations sur les différentes sortes de manomètres élastiques*

D’une façon générale, toutes les fois qu’un tissu élastique est déformé par la pression du sang, il constitue un manomètre élastique. Que le sang pénètre dans une poche dilatable dont les changements de volume seront ultérieurement inscrits, comme dans le sphygmoscope (voyez p. 265), ou bien que l’on prenne une poche compressible pour l’introduire à la façon des sondes cardiaques (voyez p. 358), dans les cavités dont on veut connaître la pression, dans un cas comme dans l’autre, une déformation se produira et donnera naissance à une courbe enregistrée. Ainsi, un changement de pression donnant naissance à un changement de volume, telle est l’essence du manomètre élastique. A ce titre, quand nous constatons que chacun de nos organes, s’il est plongé dans un appareil à déplacement, accuse des alternatives de gonflement et de resserrement liés aux variations de la pression sanguine à leur intérieur, nous devons assimiler ces organes à de véritables manomètres élastiques, dont les parois cèdent un instant à la pression du sang, puis reviennent sur eliés-mêmes par leur élasticité.

Le bras introduit dans l’appareil décrit page 292 rappelle entièrement la capsule métallique du manomètre représentée page 268; la seule différence, c’est qu’on ne peut déterminer à l’avance le module d’élasticité des tissus vivants, tandis qu’on peut faire cette détermination pour les membranes métalliques. L’élasticité des vaisseaux vivants change à chaque instant sous maintes influences; ajoutons que la force élastique de ces tissus est doublée d’une

force contractile dont les variations, interférant avec celles cle l’élasticité vasculaire, compliquent singulièrement les conditions du phénomène. Mais le fait constant, et qui suffit pour donner à l’exploration du volume des organes une grande importance physiologique, c’est que la mobilité parfaite des parois vasculaires, leur obéissance instantanée aux changements de la pression intérieure permettent d’inscrire fidèlement la forme des variations manométriques, et l’on a vu, à propos du pouls, que certains caractères tirés de cette forme nous renseignent utilement sur la valeur absolue de la pression du sang dans les artères.

Mesure de la pression du sang par une contre-pression exercée

sur les organes.

Si, au lieu de comprimer un vaisseau sur une de ses faces, on plongeait ce vaisseau dans un milieu soumis à une pression qu’on pût graduer, il est clair qu’en élevant peu à peu la pression du milieu ambiant, on arriverait à un moment où la pression intérieure serait vaincue. Le moment où se produirait l'affaissement du vaisseau signalerait l’instant où la pression ambiante, mesurable au manomètre, arriverait à dépasser la pression intra-artérielle.

Ce procédé de mesurer une pression intérieure par une contrepression extérieure peut être appliqué à un organe vivant qu’on plonge dans le milieu comprimé. En élevant graduellement la contre-pression pendant qu’on la mesure avec un manomètre, on voit, à un instant donné, que le membre ainsi comprimé extérieurement devient pâle et diminue notablement.de volume; c’est qu’alors la pression du sang artériel est surmontée et que le sang ne peut plus pénétrer dans l’organe exploré. La contre-pression dont le manomètre indique en ce moment la mesure est sensiblement égale à la pression artérielle.

Pour rendre plus facilement intelligible le mode de mensuration dont je me suis servi, l’expérience suivante me semble une préparation utile.

Prenons un sphygmoscope, appareil dont la description a été donnée précédemment, et mettons-le en communication avec une artère d’un animal. Nous enverrons l’ampoule s’emplir, puis rester tendue en permanence en présentant de très-légers mouve-

PRESSION DU SANG CHEZ L’HOMME

menls de gonflement et de resserrement suivant que la pression intérieure s’élève ou s’abaisse. Dans ces conditions, la pression du liquide se met incessamment en équilibre avec la force élastique des pai’ois de l’ampoule de caoutchouc ; de très-petits changements de volume de cette ampoule suffisent à faire varier la force élastique de ses parois, de manière à contre-balancer les différents degrés de la pression du liquide intérieur.

Remplissons d’eau la cavité du manchon de verre qui entoure

Fig. 321. Disposition pour mesurer la pression à l'intérieur d’un sphygmoscope S, d’après la contre-pression appliquée à sa surface extérieure.

l’ampoule de l’appareil et le tube de transmission ; enfin adaptons celui-ci à un manomètre également plein d’eau. Nous constaterons que ce manomètre exécute de très-faibles mouvements, parce que la pression du sang ne lui arrive que très-partiellement, étant pour la plus grande partie contre-balancée par l’élasticité de l’ampoule de caoutchouc.

Le tube T porte un branchement qui le relie à une seringue à vis remplie d’eau. Poussons une certaine quantité d’eau dans l’espace qui communique avec le manomètre, cet instrument indiquera un niveau de pression plus élevé : en même temps on verra

ses oscillations devenir plus étendues. C’est que l’ampoule S a diminué de volume, et que la force élastique de ses parois moins tendues contre-balance moins complètement la pression du liquide qui joue le rôle du sang ; une plus grande partie de cette pression et des variations qu’elle subit sera donc supportée par le manomètre qui en traduira moins incomplètement les variations rhythmées.

Continuons à pousser du liquide dans le tube T : le manomètre montera encore, les pulsations augmenteront d’amplitude, et l’on verra l’ampoule S diminuer de volume; ses parois deviendront plus souples et n’offriront plus, à un moment donné, aucune résistance à la pression sanguine qui se fera sentir tout entière sur le manomètre, comme si l’ampoule n’existait pas, car alors les parois de celle-ci flottent librement d’un côté à l’autre au gré du mouvement du liquide. A ce moment, le manomètre indique exactement la pression du sang et les variations qu’elle éprouve.

Poussons encore un peu de liquide dans le tube T, le manomètre monte encore, mais les oscillations diminuent ; chaque fois que la pression du sang présente des minima, les parois de l’ampoule s’adossent et obstruent le tube, de sorte que l’oscillation manométrique est arrêtée dans sa phase descendante. Sous l’influence d’une pression plus grande dans le tube T, la pression artérielle est presque complètement vaincue; les maxima seuls ébranlent encore un peu la colonne du manomètre. Encore un faible surcroît de pression, et tout mouvement disparaît dans la colonne manométrique ; celle-ci marque en permanence une pression supérieure à celle du san'i. La figure 322 montre la sériedes phases du phénomène : la période d’accroissement de l’amplitude de la pulsation, période qui correspond à la moindre distension des parois de l’ampoule, puis l’affaiblissement final et l’extinction de la pulsation au moment où la pression artérielle du schéma est surmontée; la pression extérieure à l’ampoule atteignait alors 9 centimètres.

Un appareil que j’ai fait construire, il y a vingt ans déjà, m’a servi merveilleusement pour réaliser la mesure de la pression artérielle chez l’homme. C’est une caisse métallique rectangulaire, munie a l’une de scs extrémités d’une sorte de goulot dans lequel on enfonce le bras. Une glace placée à la face supérieure de a caisse permet de voir ce qui se passe à l’intérieur.

Le pourtour du goulot par lequel on passe le bras est muni

PRESSION DU SANG CHEZ L’HOMME

il’une véritable soupape autoclave.

C’est un manchon de caoutchouc conique invaginé dans l’intérieur de la caisse. Ce manchon étreint légèrement l’avant-bras sur lequel il s’applique d’une manière hermétique. Comme , sous l’influence de la pression intérieure, le manchon de caoutchouc pourrait se distendre et faire hernie, un second manchon, fait de taffetas de soie et par conséquent à la fois mince et inextensible, est placé par-dessus le manchon de caoutchouc. On invaginé à la fois ces deux manchons dans l’intérieur de la caisse; la soie recouvre l’avant-bras, sauf à l’extrémité du double manchon où le caoutchouc se prolonge plus loin qu’elle, afin de s’appliquer bien hermétiquement sur la peau.

La figure 322 donne une idée dé la superposition de ces deux feuilles successives dont l’une, le caoutchouc, assure l’herméticité, et l’autre, le taffetas, la solidité de l’occlusion. Quand on comprime de l’air, par exemple, à l’intérieur de cet appareil, on voit le taffetas se tendre et former un bourrelet arrondi [et fort dur tout autour de l’avant-bras qu’il étreint.

Ce n’est pas tout : une pression assez forte exercée à l’intérieur de cette caisse métallique constitue une poussée énergique contre l’avant-bras et le manchon qui l’entoure ; cette poussée chasserait l’avant-bras sans que la force d’un homme ordinaire pût lui résister. J’empêche cette tendance au recul de l’avant-bras, en plaçant derrière le coude une gouttière métallique rembourrée confortablement. Cette

Fig. 322. Inscription manomélrique des changements de volume du spliygmoscope (S, fig. 321 ) soumis à des pressions extérieures variant de zéro à 9 centimètres de

maintenue par quatre liens solides qui, d’autre part, s’attachent sur les côtés du goulot de la caisse; cela forme un appui solide qui résiste à la poussée de l’air et permet à l’expérimentateur de sup-

gouttière est

Fig. 323. Coupe de l’appareil destiné à comprimer la main et l'avant-bras. — o, manchon de caoutchouc invaginé dans la caisse. — b, manchon de taffetas supprimant l’élasticité du caoutchouc qu’il double. — Une pièce retenue par des courroies empêche le bras de céder à la pression exercée dans l’intérieur de la caisse.

porter sans le moindre effort une pression équivalente à 30 ou 40 kilogrammes.

Enfin, les tubes munis de robinets mettent l’intérieur de la caisse en communication avec la source de pression et avec le manomètre chargé de la mesurer.

Fig. 324. Disposition de l’expérience pour inscrire la pression dans les vaisseaux de la main.

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La figure 324 montre, dans son ensemble, la disposition de l’expérience. L’avant-bras est plongé dans la caisse que nous connaissons déjà; celle-ci, au moyen d’un tube t, communique avec une boule pleine d’eau R formant réservoir et source de pression. Cette boule peut monter ou descendre au gré de l’expérimentateur; celui-ci n’a besoin pour cela que de tirer sur la corde c qui passe sur une poulie suspendue au plafond.

Un manomètre élastique M *, en communication avec l’intérieur de la caisse, signale les élévations de pression qui s’y produisent. Enfin un tambour à levier écrit sur un cylindre les pulsations totalisées des organes immergés, en exprimant à la fois l’amplitude de ces mouvements et le degré de pression sous lequel ils se produisent1 2.

La figure 325 montre une série de tracés des pulsations de la main, recueillies sous des pressions croissantes.

Une autre disposition peut être employée pour mesurer la pression intra-artérielle sans qu’il soit besoin de consulter à chaque instant le manomètre à mercure. Elle consiste à inscrire les oscillations pulsatiles sur un cylindre qui tourne en raison des accroissements' de la pression exercée sur la main dans la caisse métallique. A cet effet, la corde c qui sert à hisser le réservoir de la figure s’enroule sur la poulie d’un rouage réducteur qui commande le mouvement du cylindre. Un grand déplacement du réservoir ne fait tourner le cylindre que d’une très-petite quantité, de telle sorte que les divisions 5, 10, 15, 20 de la figure 326 correspondent à des accroissements de pression de 5, 10, etc. centimètres de mercure.

Comme l’élévation du réservoir ne se fait que d’une manière lente, les pulsations se confondent presque entre elles, mais on en peut toujours saisir le changement d’amplitude. Le tracé montre que le manomètre métallique accuse une pression croissante avec des variations rhythmées comme le pouls. Ces variations n’apparaissent qu’à un certain degré de pression extérieure : environ 5 centimètres de mercure. Elles atteignent leur maximum à 10,

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