INSCRIPTION DES CHANGEMENTS DE POSITION DES CORPS
Déplacements intermittents des corps; empreintes des pas; photographies de positions alternatives. — Déplacements continus , trajectoire d’un corps. — Machine inscrivant ses propres mouvements. — Verges de Wheatstone; expériences de Kœnig et de Lissajous; machine de Tisley. — Pantographe. — Transmission des mouvements. à distance.
Ce qui frappe d’abord dans un mouvement, c’est le caractère de discontinuité ou de continuité qu’il présente en certains cas. Les mouvements exécutés par les animaux offrent ces deux types différents: ainsi, dans la locomotion terrestre, les pieds des animaux présentent des alternatives de repos et de mouvement, tandis que dans le vol ou dans la natation, on ne trouve pas ces phases d’immoblilité passagère des organes locomoteurs.
Intermittents ou continus, les mouvements des animaux laissent parfois des traces de leur passage; cette sorte d’inscription naturelle ne doit pas être négligée.
Déplacements intermittents.
Lorsqu’un animal marche sur un terrain sablonneux ou détrempé, il y laisse les empreintes de ses pas. D’après ces traces, le chasseur sait reconnaître l’espèce de l’animal, il en apprécie le poids et la taille, il en suit les allées et venues, il devrait même, d’après les positions relatives des empreintes de chaque pied, reconnaître à quelle allure une piste a été parcourue. La science peut, en effet, pousser très-loin l’interprétation de semblables empreintes.
Quand elles ont été faites sur un sol favorable à leur conservation, les empreintes se sont parfois transmises à travers les périodes géologiques. Telle espèce animale aujourd’hui disparue, n’a laissé d’autres souvenirs que la trace de ses pas ; or cette trace, soumise à une étude scientifique, révèle non-seulement les caractères anatomiques de l’animal qui l’a fournie, mais encore certains détails très-importants sur les mouvements plus ou moins rapides qu’il exécutait, sur la succession des appuis de ses pieds, sur le nombre des allures auxquelles il pouvait marcher et courir.
Dans les écoles vétérinaires, où l’on a étudié tout spécialement les empreintes du cheval, on a vu que, d’après la position relative des pieds sur le sol, on peut juger de la taille d’un cheval, savoir s’il allait au pas, au trot ou au galop; enfin si son allure était lente ou précipitée. Que le géologue acquière l’habitude d’interpréter à ce point de vue la signification des empreintes, et il en tirera de précieuses notions sur les aptitudes physiologiques des animaux disparus.
Pour donner une idée de cette intéressante étude, nous représentons, figure 52, les pistes d’un cheval à différentes allures. Un coup d’oeil suffit pour faire voir que les positions relatives qu’affectent les empreintes des pieds, diffèrent les unes des autres et suffisent à faire distinguer empiriquement à quelles allures elles ont été formées.
Une analyse raisonnée de ces différents types serait plus instructive, car elle nous permettrait de connaître le rôle de chacun des pieds dans la production des empreintes; elle évoquerait devant notre esprit l’image de l’animal, nous le montrant dans la série des attitudes où ces différentes empreintes ont été produites.
C’est à certaines particularités de la ferrure qu’on distingue l’empreinte de chacun des quatre pieds du cheval. Lenoble du Teil, à qui nous empruntons les pistes représentées dans la figure 52, caractérise les pieds d’arrière par des crampons divergents à la partie postérieure, tandis que les pieds antérieurs n’ont pas de crampons. Les pieds du côté droit laissent leur empreinte sur une ligne, ceux du côté gauche sur une autre ligne parallèle à la première, mais située à sa gauche.
Ces désignations ne suffisent pas encore; un cheval qui marche au pas ordinaire ne laisse que l’empreinte de ses pieds d’arrière
qui prennent exactement la place de ceux d’avant. Cette superposition des deux empreintes est exprimée par M. Lenoble du Teil au moyen d’un signe mixte £2, qui présente à la fois une branche
Empreinte d’un pied antérieur dans la notalion des pistes.
Empreinte d'un pied postérieur.
Double empreinte formée par la superposition d’un pied postérieur sur la piste de l'antérieur.
simple comme les^fers d’avant et une branche à crampon comme ceux d’arrière.
Ceci posé, on voit que la piste du pas se caractérise par la superposition parfaite des empreintes d’arrière sur celles du pied antérieur du même côté ; que, dans cette allure, l’empreinte des pieds droits se place exactement au milieu de la distance laissée libre par deux empreintes successives des pieds de gauche et réciproquement.
Quand le cheval marche en liberté, ou quand le cavalier, rendant la main, laisse un peu s’abaisser l’encolure, les empreintes changent d’aspect et l’on voit le pied d’arrière s’appuyer en avant de l’empreinte laissée par le pied antérieur correspondant. C’est \epas allongé , d’après l’auteur que nous venons de citer.
Une position du pied postérieur encore plus en avant de l'empreinte antérieure correspond à Ventre-pas .
Le pas rompu laisse des empreintes équidistantes, c’est-à-dire que si, par chacune des empreintes, on faisait passer une ligne transversale ou perpendiculaire au sens de la marche, ces lignes seraient équidistantes. Enfin, l 'amble laisse des empreintes dans lesquelles les pieds d’un bipède diagonal ont leurs traces plus rapprochées que les pieds d’un bipède latéral.
Dans la piste du trot, les empreintes tendent à prendre les mêmes positions relatives que dans le pas rompu, avec celte différence, que le pied antérieur laissera sa trace en avant du postérieur.
Le galop se caractérise par une curieuse dissymétrie des empreintes. Dans le galop à droite, par exemple, celles de droite sont distinctes, et celles de gauche superposées. L’inverse se produit si le galop change de pied.
Ces déterminations des positions diverses que prennent sur le