VITESSE DE L’AGENT NERVEUX
faute d’éducation par l’habitude; dans le second cas, on porte l’excitation sur une surface éminemment impressionnable. Il en résulte que l’excitation, égale au point de vue physique, est tout à fait inégale au point de vue physiologique; il est facile de le démontrer. Qu’on excite la peau de l’épaule d’une part, la pulpe de l’index d’autre part, on obtiendra des réactions plus rapides aux excitations des doigts qu’à celles de l’épaule. Cependant il y a une différence de longueur de nerf considérable dans ces deux cas, et il se trouve que la réaction a été plus rapide, quand l’excitation a dû parcourir le conducteur le plus long. U y a donc un facteur inconstant parmi ceux qu’on suppose constants dans la méthode Schelske, et ce facteur c’est la durée de l’acte cérébral qui commande le mouvement volontaire utilisé comme réponse à l’excitation périphérique ; que cet acte soit plus bref dans le cas d’excitation de la main, parce que cette excitation portant sur des appareils tactiles perfectionnés est plus intense , ou parce que l’habitude a rendu notre cerveau plus apte à percevoir l’impression qui atteint les doigts, peu importe, la détermination volontaire se produit plus rapidement après l’excitation du bout d’un doigt, situé à 60 centimètres des centres percepteurs, qu’après l’excitation de la peau de l’épaule, qui en est environ trois fois plus rapprochée.
Faut-il ajouter que, dans l’expérience de Schelske, il n’est pas tenu compte de la transmission par la moelle qui existe pour l’excitation du pied et qui n’existe pas pour l’excitation du visage? 11 est clair que l’interposition de Ja moelle entre les nerfs du membre inférieur et le cerveau, rend tout à fait dissemblables les conditions des expériences que l’auteur a voulu comparer l’une à l’autre.
C’est encore une mesure de retard que nous ont fournie les expériences faites sur la décharge de la torpille et la secousse des muscles de cet animal. Ce retard constant séparait le signal de l’excitation nerveuse de la réaction, qu’elle fût électrique ou motrice. (Voir Technique, chap. ii.)
Du même ordre sont aussi la mesure du temps qui s’écoule entre l’excitation d’un nerf vasculaire et l’apparition des changements qui s’ensuivent du côté des caractères du pouls. Enfin la mesure du retard du pouls produit par un anévrisme est basée sur la détermination du temps qui s’écoule entre la pulsation du cœur et l’apparition du pouls dans l’artère explorée. (Voir Technique, chap. ii.)
D’autres physiologistes, et particulièrement Donders, ont recherché quelle était la durée de l’opération cérébrale qui sépare la perception de l’émission d’un ordre par les nerfs moteurs Il résulte des expériences faites sur ce sujet que suivant la complexité de l’actepsychique, la durée en est variable. Ainsi, quand l’observateur ne doit réagir que si l’impression est d’une certaine nature, il réagit plus tardivement que s’il n’avait pas à discerner une impression d’une autre. Les physiologistes ont constaté, comme les astronomes, que l’exercice et l’attention abrègent la durée des opérations cérébrales et diminuent le retard des signaux.
Enfin, le temps nécessaire pour qu’une impression reçue arrive au cerveau varie suivant la nature de cette impression, suivant son intensité, suivant l’organe des sens auquel elle s’adresse.
Inégalités de l’erreur personnelle.
Si l’on suppose, ce qui semble vraisemblable, que l’acte psychique soit le même entre une impression sensitive simple, quel que soit le sens auquel elle s’adresse, et la réaction motrice qui doit la signaler, comme le retard du signal sur l’excitation n’est pas le même suivant que cette excitation s’adresse à l’ouïe, à la vue ou au tact, on doit conclure que, pour une cause quelconque, la transmission entre l’organe impressionné et le sensorium n’est pas la même pour tous les genres de sensations.
On a pu croire que cette inégale durée delà transmission tenait à la longueur plus ou moins grande que l’influx nerveux sensitif devait parcourir, suivant le cas, pour arriver au cerveau, mais il ne paraît pas en être ainsi. De récentes expériences montrent que, pour la sensibilité tactile par exemple, ce n’est pas toujours l’excitation du point le plus éloigné du cerveau qui produit la réaction la plus tardive, mais que le retard est d’autant moindre que la région qui reçoit l’excitation est plus exercée au tact.
Prenons comme exemple (fig. 69) une expérience qui consiste à exciter par un coup d’induction* la région de l’épaule à l’instant e,
1. La durée des actes psychiques, par J.-C. Donders, Arch. néerlandaises , t. III,
2. Sous cette désignation abrégée, nous exprimerons désormais l’excitation produite par un courant induit de rupture.