‹ La méthode graphique dans les sciences expérimentales et principalement en physiologie et en médecine [electronic resource]Chapitre 260 sur 267 · PHOTOGRAPHIES ASTRONOMIQUES · texte numérisé non relu

PHOTOGRAPHIES ASTRONOMIQUES

figure 3 montre une série de photographies représentant les positions successives de la planète Vénus au-devant du soleil, à des intervalles de 70 secondes environ.

Fig. 3. Fac-similé positif d'une plaque photographique obtenue avec le revolver astronomique, pour le passage de la planète Vénus sur le soleil, le 8 décembre 1874. (Dessin de M. Janssen.)

Les images ont été prises à des intervalles de temps d'environ 70 secondes. Le disque de Vénus se détache en noir sur un triangle brillant formé par une partie de celui du soleil. Le disque de Vénus, qui, dans la première image, déborde le limbe solaire, est en contact intérieur avec lui à la troisième.

Le même savant a proposé d'appliquer cette méthode des images successives à l'étude de la locomotion animale ^ Il appartenait à M.Muybridge de San-Francisco de réaliser, par une méthode ana-

1. Voici comment ce savant s'exprimait en 1878 : « La propriété du revolver, de pouvoir donner automatiquement une série d'images nombreuses, et aussi rapprochées qu'on veut, d'un phénomène à variations rapides, permettra d aborder des questions intéressantes de mécanique pliysiologique se rapportant à la marche, au vol, aux divers mouvements des animaux. Une série de photographies qui embrasserait un cycle

logue, l'analyse de la locomotion du cheval, de l'homme et de certains animaux.

M. Stanford, ancien gouverneur de la Californie, pensa que la pho-

Fia:. 4. Champ~d"expériences établi par M. Muybridge. A gauche, l'écran incliné qui réfléchit la lumière solaire et devant lequel passe le cheval; à droite, la série des appareils photographiques. — D'autres appareils montés sur des tréteaux servent à obtenir des images simultanées du cheval vu sous différents angles.

tographie pourrait saisir les attitudes du cheval dans ses diverses allures et entreprit de faire faire des expériences sur ce sujet; il

entier des mouvements relatifs à une fonction déterminée fournirait de précieuses données pour en éclairer le mécanisme.

« On comprend, par exemple, tout l'intérêt qu'il y aurait, pour la question encore si obscure du vol, à obtenir une série de photographies reproduisant les divers aspects de l'aile durant cette action. La principale difficulté viendrait actuellement de l'inertie de nos substances sensibles, eu égard aux durées si courtes d'impression que ces images exigent; mais la science lèvera certainement ces difficultés.

« A un autre point de vue, on peut dire aussi- que le revolver résout le problème inverse du phénakisticope. Le phénakisticope de M. Plateau est destiné à produire l'illusion d'un mouvement ou d'une action au moyen de la série des aspects dont ce mouvement ou cette action se compose. Le revolver photographique donne, au contraire, l'analyse d'un phénomène en reproduisant la série de ses aspects élémentaire=. « {Bullrtm de la Sonétô franraiHf de photor/raphie, n" du 14 déc. 1870.)

EXPÉRIENCES DE M. MUYBRIDCtI-:.

eut la bonne fortune de confier ce travail à M. Muybridge qui obtint, dans la photographie des allures, le succès le plus complet.

La description des expériences a été donnée dans un ouvrage* publié sous les auspices de M. Stanford par le docteur Willmann.

Le champ d'expérience est formé (fig. 4) d'une route passant au-devant d'un écran blanc incliné et orienté de manière à réfléchir la lumière solaire dans la direction des appareils photographiques. Sur l'écran, sont tracées des divisions équidistantes qui se reproduisent dans les images et servent à mesurer les distances parcourues par le cheval. Une série d'appareils photographiques sont braqués, en face de la piste, sur les difl'érents points de sa longueur. Des fils électriques, tendus en travers de la piste, se rendent à des électro-aimants dont chacun actionne l'obturateur d'un des appareils photographiques. Le cheval, en passant sur la piste, rompt successivement ces fils et provoque l'ouverture successive des appareils dont chacun prend une image du cheval à l'une de ses attitudes successives. La figure 5 montre une de ces photographies instantanées du cheval; M. Muybridge estime que le temps de pose n'était pas de plus de 1/500 de seconde pour chacune des images obtenues.

Ces admirables expériences déterminent les positions des membres et du corps à des instants successifs. Les déplacements s'apprécient au moyen des divisions tracées sur l'écran; ainsi, dans la figure 5, première image, la tête du cheval est comprise dans l'espace qui porte le numéro 8; la seconde image la montre dans fespace n'^ 9 ; les images suivantes dans les espaces n"^ 10, 11, etc. Pendant ce temps, chacun des membres subit des changements d'attitude.

Dans les allures très rapides, M. Muybridge ne put obtenir que la silhouette du cheval, mais les images étaient encore assez nettes pour permettre d'apprécier les changements d'attitude des membres (fig. 6). M. Muybridge m'a gracieusement offert un curieux album où l'on trouve la représentation de différents animaux en mouvement : bœufs, chèvres, chiens, cerfs, porcs, etc. Ailleurs sont des coureurs, des sauteurs, des lutteurs, dont les silhouettes, recueillies instantanément, montrent des attitudes

]. The Horse in Motion as schown by instantaneous Photograpliy. ln-4°. Lonc^^n, Turnor and C", 1882.

fort intéressantes au point de vue de la représentation artis tique des mouvements de l'homme.

Et cependant l'éminent expérimentateur ne se servait, pour ses photographies, que du collodion humide ; la découverte des propriétés du gélatino-bromure d'argent permet aujourd'hui d'obtenir des résultats bien plus parfaits.

Fusil photog^raphique donnant des images successives à très courts intervalles.

Dès l'apparition des photographies instantanées de M. Muybridge, il me sembla que les mouvements du vol des oiseaux pourraient être analysés au moyen de cette méthode ; mon confrère et ami L. Cailletet m'a dit en effet qu'il avait réussi à prendre des photographies d'hirondelles au vol. Je priai donc M. Muybridge d'appliquer ses appareils à l'étude du vol des oiseaux. Il s'empressa de satisfaire à ma demande, et, lorsqu'il vint à Paris en août 1881, il m'apporta plusieurs clichés représentant des pigeons photographiés en 1/500 de seconde.

Dans ces images, où plusieurs oiseaux étaient figurés à la fois, chacun d'eux se trouvait dans une attitude particulière : l'un avait les ailes élevées, l'autre les portait en avant, un autre les abaissait. Ces attitudes me parurent coïncider assez exactement avec ce que faisaient prévoir les études graphiques dont il a été question {Méth. graph., page 211).

Mais, outre que la netteté de ces images n'était pas suffisante, il leur manquait ce qui donne tant d'intérêt à celle des allures du cheval, la disposition en série montrant les positions successives de l'animal. C'est qu'en effet il n'est pas possible d'appliquer au vol libre de l'oiseau la méthode employée pour le cheval et qui consiste à faire rompre, par l'animal lui-même, des fils électriques échelonnés sur son passage, afin d'actionner une suite d'appareils photographiques.

Je conçus alors le projet de construire un appareil en forme de fusil permettant de viser et de suivre dans l'espace un oiseau qui vole, pendant qu'une glace tournante recevrait une série d'images montrant les attitudes successives des ailes.

La difficulté était d'imprimer à la glace sensible des alternatives de mouvements et d'arrêts assez brefs pour prendre plusieurs images par seconde. Je réussis à construire un instrument qui donnait douze images à la seconde, le temps de pose pour chacune d'elles n'étant que de 1/720 de seconde (fig. 7) K

1. Le canon de ce fusil est un tube qui contient un objectif photographique. En arrière, et solidement montée sur la crosse, est une large culasse cylindrique dans laquelle est contenu un rouage d'horlogerie ; l'axe du barillet se voit extérieurement

FUSIL PHOTOGKAPHIUUE. 13

Après quelques expériences d'essai, j'abordai la photographie

en B. Quand on presse la délenle du fusil. le rouage se met en marche et imprime aux différentes pièces de l'instrument le mouvement nécessaire.

Un axe central , qui fait douze tours par seconde, commande toutes les pièces de lappareil.

C'est d abord un disque de métal opaque et percé d'une étroite fenêtre. Ce disque forme obturateur et ne laisse pénétrer la lumière émanant de l'objectif que douze fois par seconde, et chaque fois pendant 1/720 de seconde. Derrière ce premier disque, et tournant librement sur le môme arbre, s'en trouve un autre qui porte douze fenêtres et en arrière duquel vient s'appliquer la glace sensible, de forme circulaire ou octogonale. Ce disque fenêtré doit tourner d'une manière intermittente, de façon à s'arrêter douze fois par seconde en face du faisceau de lumière qui pénètre dans l'instrument. Un excentrique E(fîg. 8) placé sur l'arbre produit cette rotation saccadée, en imprimant un va-et-vient régulier à une tige munie d'un cliquet C qui saisit à chaque oscillation une des dents " qui forment une couronne au disque fenêtré.

Un obturateur spécial 0 arrête définitivement la pénétration de la lumière dans l'instrument aussitôt que les douze images ont été obtenues. D'autres dispositions ont pour but d'empêcher la plaque sensible de dépasser par sa vitesse acquise la position où le cliquet ramène, et où elle doit être parfaitement immobile pendant la durée de l'impression lumineuse.

Un bouton de pression b (fig. 7) appuie énergiquement sur la plaque dés que celle-ci est introduite dans le fusil. Sous l'influence de cette pression, la plaque sensible

adhère à la face postérieure de la roue fenètrée qui est recouverte de caoutchouc pour éviter les glissements.

On fait la mise au point en allongeant ou en raccourcissant le canon, ce qui déplace l'objectif en avant ou en arrière; enfin on v r.(ie cette mise au point en observant

Fig.

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