II. Groupement provisoire. — Monographies,, répertoires
III. Nature des faits à grouper. — Faits généraux ou individuels, faits certains ou douteux. — Existences, actes humains, molifs.
Nous \ oici arrivés à la deuxième partie du travail historique, à la construction. Par quels procédés peuton grouper les faits tirés des documents, de façon à construire une science, c'est-à-dire un ensemble méthodique ? Gomment la méthode historique s'appHque-t-elle à la construction de la science sociale ?
I. — Pour construire une science, il faut partir non de notre idéal, de la science que nous désirerions constituer, mais de la réalité, des matériaux dont nous pouvons disposer. Il serait chimérique de se proposer un plan que les matériaux ne se prêteraient pas à réahser, on ne construira pas une Tour Eiffel avec des moellons. C'est là une nécessité pratique qu'oublient les philosophes quand ils veulent construire
GROUPEMENT DES FAITS 9i)
une science sociale avec une méthode métaphysique ou en imitant le plan des sciences biologiques, sans tenir compte de la différence des matériaux.
La première question sera donc : De quels matériaux disposent les sciences sociales? Presque tous sont — par suite de nécessités pratiques — tirés non de l'observation directe, mais de documents, de matériaux historiques semblables à ceux qu'emploie l'histoire contemporaine. Quelle est la nature de ces matériaux? En quoi diffèrent-ils des matériaux des autres sciences?
D'abord ils proviennent forcément de l'analyse d'un document. Ils nous arrivent donc dans l'état oii l'analyse nous les livre, hachés par cette analyse en affirmations élémentaires ^ ; car dans un document il y a des milliers d'affirmations et même dans la plupart des affirmations dont se compose une simple phrase, il y a plusieurs affirmations élémentaires ; souvent on accepte Tune, on rejette l'autre. Chacune de ces affirmations constitue un fait. Mais ces faits sont d'espèces très différentes.
1° Ils sont à des degrés de générahté très différents. Dans une statistique par exemple, on aura des cas individuels, des additions partielles, des totaux généraux. Dans une description on aura côte à côte
(1) Voir plus haut p. 42.
un cas individuel unique et un résumé sur l'ensemble d'une institution.
2^ Ils se rapportent à des objets de nature très différente. L'auteur du document, en présentant les faits, n'a pas eu la même préoccupation que le classificateur aura en les étudiant. Il n'a eu aucune raison pour les présenter dans l'ordre où le constructeur aura besoin de les mettre. Les faits arrivent donc toujours dans un pêle-mêle, — plus grand sans doute pour l'historien parce qu'il cherche des faits plus variés (faits de langue, conceptions, croyances, sentiments, institutions) — mais très grand encore même dans les sciences sociales. Bien que systématiquement on écarte la plus grande partie des faits pour se renfermer dans les faits sociaux, il en reste encore d'assez variés pour produire une confusion beaucoup plus grande qu'en aucune science expérimentale. Dans les sciences d'observation directe on choisit les faits qu'on veut observer; dans les sciences documentaires on les 7'eçoit de la main d'un autre ; avant de s'en servir, il faut donc les trier.
3° Les faits extraits des documents arrivent chacun avec une étiquette critique (fait suspect, fait très probable, fait douteux, etc.), qui pratiquement varie depuis une simple indication de faveur ou de défaveur jusqu'à la quasi-certitude de la fausseté ou de
la vérité; le rensei<^nement est si important qu'on est obligé de conserver cette étiquette.
Tous ces faits disparates, il faut commencer par les réunir avant de pouvoir préparer le rapprochement avec d'autres faits qui permettra une conclusion définitive . Dans les autres sciences aussi, il faut attendre pour conclure d'avoir réuni plusieurs observations sur un même fait ; mais dans les sciences expérimentales, on peut refaire aussitôt d'autres expériences avant de publier. En matière historique, oii l'on dépend du hasard des documents, on commence par avoir d'abord des cas uniques, comparables aux cas cliniques qui s'entassent dans les revues de médecine avant qu'on en puisse tirer aucune conclusion.
Ainsi on trouve d'abord devant soi une masse incohérente de menus faits, une poussière de connaissances de détail, un nombre énorme d'affirmations de valeur très différente, sur des faits d'espèces très différentes, à des degrés de généralité très différents. En science sociale ce sont : 1° des données statistiques sur des êtres ou des objets différents, de différente valeur suivant rintelligence ou l'honnêteté de l'opérateur, à des degrés de généralité divers, les unes portant sur un seul individu, d'autres sur un groupe, d'autres prenant la forme d'un tableau d'ensemble, soit à un moment unique, soit à des moments
différents ; 2° des descriptions d'usages ou d'institutions ou de conditions matérielles, descriptions d'un détail ou d'un ensemble, d'un petit groupe local ou de groupes régionaux ou d'une même nation ou du monde entier, toutes d'exactitude très variable; 3° des règlements d'institutions, locaux, généraux, nationaux, les uns appliqués si exactement qu'ils ont la yaleur d'une description de faits réels, d'autres purement nominaux, d'autres en partie appliqués en partie restant lettre-morte.
II. — Pour se reconnaître dans ce pêle-mêle, il faut unclassement; il faut trier les faits extraits des documents de façon à les classer d'après un même principe. Mais la confusion est si grande, le travail est si compliqué qu'en pratique il ne peut guère se faire par une seule opération. Dans toutes les sciences documentaires on est amené à une division du travail. — Un premier classement, pratique et provisoire, sert à débrouiller les faits et à mettre ensemble les faits de même nature, il aboutit à un répertoire ou à une monographie. — Un deuxième classement, scientifique et définitif, part de ce recueil provisoire (répertoire ou monographie) pour tâcher de saisir les rapports réguliers, d'abord entre les faits de même nature, puis entre les groupes de différente nature. Ces deux
opérations tendent même à se partager entre les deux espèces de travailleurs ; les érudits et les spécialistes, (jui aiment surtout le contact direct avec le document brut, préfèrent se limiter au classement provisoire ; le classement définitif reste abandonné aux hommes d'esprit généralisateur, qui sont souvent des professeurs ou des hommes politiques.
Le classement provisoire prend surtout deux formes, la monographie et le répertoire.
La forme la plus simple, la monographie^ repose sur un principe que la plupart des travailleurs appliquent spontanément. On recueille ensemble les faits de même nature qui se rapportent à un groupe de faits limité étroitement dans l'espace et dans le temps. On fait par exemple la monographie des recettes et dépenses d'une famille, la monographie des syndicats d'un métier dans une ville, pendant une année ou une courte période. Une autre forme de monographie est le tableau de statistique détaillé, divisé en colonnes, oii les faits sont à la fois analysés et dénombrés, par exemple^ la statistique analytique de la population d'une ville. Les limites du champ qu'on étudie étant étroites il devient possible de recueillir tous les faits connus sur un même sujet. Et c'est un grand attrait pour beaucoup d'esprits, leur plaisir étant non de savoir beaucoup, mais de savoir plus que personne
au monde ; sur un sujet donné il leur est agréable de recueillir tout ce qu'on sait, de faire une collection complète des faits ; c'est l'idéal du collectionneur.
Les limites de ces monographies sont fixées par le collectionneur, d'ordinaire pour des raisons pratiques ; elles embrassent les faits qu'il pouvait atteindre complètement. Le cadre est donc de dimensions très différentes, suivant la quantité de documents dont on dispose ; quand il y en a peu, on tend à étendre la monographie sur un groupe d'hommes plus nombreux ou sur un temps plus long. Les monographies sur le moyen âge ont des sujets plus vastes que celles qui traitent des phénomènes contemporains.
La raison d'être de la monographie, c'est de permettre de dominer tous les faits qui se sont produits dans un champ donné. Elle comporte d'abord le groupement des faits de même nature; mais rien n'empêche en outre de réunir dans une même monographie plusieurs groupes de faits de plusieurs natures qui ont ce caractère commun de s'être produits dans le môme champ. C'est souvent même une pratique très avantageuse, mais à condition de répartir en sections distinctes les faits de natures différentes.
La monographie, quand elle est faite au moyen de documents, doit conserver l'indication de provenance de chaque fait; c'est une précaution qui malheu-
reusement est souvent négligée. Il arrive aux spécialistes d'oublier que leurs lecteurs ont le droit de leur demander leurs sources ; et ceux qui ont travaillé sur des documents inédits sont souvent les plus négligents ; faute d'avoir adopté un système méthodique de renvoi à leurs sources, ils se dispensent parfois de toute référence et se conduisent comme s'ils donnaient le résultat d'observations personnelles.
Le répertoire n'est qu'un recueil de monographies, souvent œuvres d'auteurs différents, réunies en un même ouvrage, d'ordinaire sous une direction unique. Mais ce sont de préférence des monographies sommaires, et souvent des résumés de monographies antérieures publiées séparément. Le répertoire est une nécessité pratique pour toute science qui a besoin de réunir un grand nombre de faits particuhers ; il sert à rassembler les monographies éparses, aies condenser, à supprimer les doubles emplois, à faire apercevoir les lacunes et même à les combler. 11 doit être aménagé suivant des raisons pratiques, car son but est surtout^ de retidre les recherches rapides et sûres. Très souvent le seul ordre pratique est l'ordre alphabétique, celui des dictionnaires. Il ne faut pas mépriser les répertoires alphabétiques; ils ne sont pas encore la science, mais ils sont la condition pratique de la science. En statistique les faits se résument en
tableaux et en graphiques qu'on est obligé de ranger un peu arbitrairement en séries, Tordre est alors indiqué par un index. Un modèle excellent de ce genre a été donné par l'Office du travail dans Y Album graphique de statistique ou l'évolution des phénomènes démographiques et économiques de la France est résumée sous forme graphique.
En pratique c'est dans les monographies et les répertoires qu'on va chercher les faits qui servent à construire la science définitive, c'est-à-dire à trouver des rapports permanents entre les faits. 11 est bien entendu que pour se servir des recueils ou des monographies, il faut leur appliquer les mêmes règles qu'aux documents, et commencer par en faire la critique. Mais, au lieu d'une critique analytique, on peut s'en tenir aune critique générale suffisante , pour constater la façon dont l'auteur autiHsé les documents; ce sera court, car si le travail est correctement fait l'auteur aura donné l'indication de ses sources et on aura vite fait de voir ce que valent ses matériaux et comment il les a mis en œuvre.
ni. — Il est toujours possible de faire un groupement provisoire des faits. Mais avant d'essayer une construction scientifique, il faut s'assurer si elle est possible; ce qui oblige d'abord à se rendre compte de la nature des faits à grouper.
On peut grouper les faits en catégories suivant deux systèmes : 1° suivant le degré de généralité sous lequel ils se présentent à nous ; 2° suivant l'espèce d'affirmation par laquelle ils nous sont connus.
1° Suivant le degré de généralité il y a des faits individuels, des faits particuliers à un groupe, des faits généraux. Les sciences sociales n'étudient pas d'ordinaire les faits purement individuels; elles ne cherchent pas ce que tel homme a fait à tel moment, elles ne s'intéressent qu'à des groupes et quand elles recueillent un fait individuel — comme il arrive par exemple dans un recensement — c'est seulement comme un élément destiné à entrer dans un total, à moins qu'il ne s'agisse de faits historiques (par exemple la chute de Bismarck) qui ont eu une réaction considérable sur la vie sociale ; et en ce cas elles se bornent à prendre le fait sans en étudier les détails. Le domaine des sciences sociales c'est l'étude des faits communs à tout un groupe.
2° Suivant l'espèce d'affirmation il y a des faits établis pc^r une concordance suffisante entre les affirmations, d'autres probables mais non certains. Pratiquement, les seuls faits certains en sciences sociales sont ou des faits sociaux conventionnels connus par des documents officiels ou des faits matériels vagues connus par des descriptions; car, aussitôt qu'on veut
préciser par des chiÛres, la certitude cesse. — Les faits conventionnels ont la forme de règlements, d'ordres ou de lois, c'est-à-dire d'actes officiels ; or toute rédaction officielle implique un accord entre les gens qui rédigent le document, mais un accord purement formel sur les règles à énoncer ; elle ne donne pas la preuve que ces règles correspondent à aucun fait réel extérieur. Un règlement inappliqué reste un phénomène purement psychologique, une simple convention ; il ne devient pas une réalité sociale extérieure. — Les faits vagues sont les descriptions et les approximations obtenues en additionnant des chiffres faciles à constater, par conséquent grossièrement approximatifs. Encore faudrait-il, pour être certain qu'il n'y a pas eu erreur dans les calculs, pouvoir comparer le résultat de deux additions indépendantes et c'est un cas rare. On peut donc admettre qu'on n'aura guère en science sociale à opérer que sur des faits seulement probables. Il s'agira donc dégrouper ces faits probables de façon aies confirmer les uns parles autres, pour arriver par groupements successifs jusqu'à la certitude. Il est nécessaire sans doute de tenir compte ici de cette façon différente de connaître les faits, de se rappeler s'ils sont plus ou moins généraux, et s'ils sont plus ou moins probables, puisque nous ne pouvons opérer qu'avec nos connaissances conditionnées par
l'infirmité de nos moyens. Mais la diiïérence la plus importante tient à la nature des faits eux-mêmes. 11 est évident que tout classement scientifique devra se faire, non d'après le rapport de connaissance entre nous et les faits, qui est un rapport fortuit, mais d'après les rapports de nature entre les différents objets eux-mêmes, qui sont des rapports constants.
D'après leur nature, les objets que nous pouvons atteindre (indirectement par les documents, directement par l'observation), peuvent se grouper en trois catégories ; il est utile de les énumérer, puisque ce sont les trois seules espèces d'objets avec lesquelles nous puissions faire notre construction.
a. Existetice d'êtres matériels^ directement observables. — Il y en a deux espèces : les corps humains, objets de la science sociale en tant qu'ils sont la condition des vies humaines ; les objets matériels, objets de la science sociale en tant qu'ils sont en rapport avec des hommes. Dans les corps humains la science sociale ne considère que le nombre et certains caractères très ^apparents, âge, sexe, maladie, accidents. Les objets matériels sont très variés. Ce sont les animaux appropriés à l'usage de l'homme — les étendues matérielles de terre ou d'eaux cultivées, ou aménagées, ou utilisées — les produits d'activité humaine, maisons, cultures, canaux, outils et ate-
liers, chemins, matériels de transports, navires, marchandises, mobiliers, monnaies, etc. Pour tous ces objets (corps humains, animaux, surfaces, produits), on peut essayer de connaître leur existence, leur position dans la géographie et la chronologie, et quelques-uns de leurs caractères les plus apparents. Ces caractères, trop superficiels d'ordinaire pour faire pénétrer dans la nature intime des objets, permettent du moins de les répartir en groupes et sous-groupes, de les dénombrer, et d'en suivre les déplacements numériques (accroissements, diminution de nombre, changement de place). Il n'est pas nécessaire, par exemple, de connaître l'anatomie d'un mouton pour le faire entrer dans la catégorie des moutons du département de l'Aube et lui donner sa place dans un dénombrement de la race ovine. Ainsi on parvient à atteindre les phénomènes abstraits de l'existence, du nombre et de l'emplacement des objets, sans avoir besoin de pouvoir les expliquer, c'est-à-dire les rapporter à une cause.
b. Actes humains. — Ces actes sont toujours passés, on ne peut plus les observer. Mais on sait quels actes ont été nécessaires pour créer les produits humains ou pour les transporter ; on peut donc, quand on connaît l'existence, l'origine et la place actuelle de ces produits, retrouver les actes d'industrie et de
transport qu'ils ont subis. — En outre — et c'est le principal moyen de connaissance — il y a des actes que les auteurs de documents ont pu observer (y compris les paroles et les écrits) ; par exemple un suicide, une arrestation, une exécution, une grève, un marché, une réunion de constitution d'une société, une réunion de discussion, un discours, un règlement, un compte, etc. Beaucoup de ces actes sont purement symboliques ; par exemple ceux qui se font dans les banques ou les bourses, où Ton se borne à parler et à écrire ; mais ce sont des symboles qui entraînent des conséquences pratiques et finissent par se traduire en actes matériels ; un transport de créances aboutit à l'acquisition d'objets matériels. Quand ces actes sont faits par un homme seul, on les appelle individuels ; quand ils sont faits par plusieurs hommes à la fois, on emploie le mot collectif. Les actes collectifs sont-ils d'une autre espèce que les actes individuels ? C'est une question très controversée , mais une question philosophique , indifférente pour TappUcation de la méthode : pour l'observateur, il n'y a jamais qu'une somme d'actes ou de paroles d'individus, et l'observation étant le seul procédé de connaissance, c'est de l'observation que la science doit partir. S'il y a vraiment un caractère propre à certains phénomènes collectifs,
c'est-à-dire accomplis par les individus vivant en société, ce caractère apparaîtra plus tard par le rapprochement des faits isolés observés, comme dans les sciences biologiques apparaît la solidarité entre les phénomènes observés d'abord isolément dans un même organisme. Mais il serait contraire à la méthode de toute science empirique de présupposer à certains phénomènes un caractère spécifique, pour des raisons a priori.
3° Avec les actes on quitte le terrain de l'observation directe, qui est celui de toutes les sciences d'observation. Et pourtant, si Ton veut expliquer les faits sociaux, il est impossible de rester sur ce terrain ; car aucun acte humain social n'a sa cause en lui-même ou en d'autres actes matériels. Aucun acte, — ni une opération de commerce, ni une fabrication industrielle, ni un marché, pas même une arrestation ou un suicide, — ne peut être relié directement à d'autres actes. Pour qu'il se produise, il faut toujours un motif, c'est-àdire un phénomène psychologique. Ce mot de motif est vague sans doute, c'est que notre connaissance du phénomène qu'il désigne est encore vague. On peut donner deux interprétations à un acte. L'une est psychologique : l'acte, dit-on, est produit par une représentation consciente de l'esprit (jugement, désir, volition) qui met en jeu un mécanisme nerveux et
musculaire, lequel produit directement ractc. L'autre interprétation est physiologique : l'acte a pour cause directe une impulsion, produite par l'action directe des centres nerveux de perception; la conscience, qui nous donne l'illusion de la volonté, n'est qu'un épiphénomène qui accompagne quelques-uns des phénomènes cérébraux sans avoir aucune action sur les mouvements. Mais dans les deux interprétations, ce qui reste certain, c'est que les actes matériels, même symboliques (tels que les paroles ou les écrits) sont des phénomènes périphériques, produits par le mécanisme extérieur ; tandis que le point de départ de l'acte, sinon sa cause, est toujours central et accompagné d'un phénomène conscient du cerveau. Les actes humains qui constituent la matière de la science sociale ne peuvent donc être compris que par l'intermédiaire des phénomènes conscients du cerveau. Ainsi on est ramené irrésistiblement à l'interprétation cérébrale (c'est-à-dire psychologique) des faits sociaux. Auguste Comte avait espéré l'éviter en constituant la sociologie sur l'observation de faits extérieurs ; mais ces faits extérieurs ne sont que les produits des états intérieurs ; les étudier seuls sans connaître les états psychologiques qui les motivent, ce serait vouloir comprendre les mouvements d'un danseur sans entendre la musique sur laquelle il danse.