‹ La méthode historiqueChapitre 16 sur 45 · Prov. XXV · texte numérisé non relu

Prov. XXV

sodies homériques. Qui était inspiré? les sages ou le compilateur?rauteur primitif ou la commission ? Il nous suffit de savoir que Touvrage tel que nous le lisons est canonique et donc inspiré. Et pourtant on entend souvent des personnes exprimer leur indignation et leur scandale à la pensée que le Pentateuque ne soit pas Touvrage du seul Moïse. Imagine-t-on l'inspiration accordée à tout ce monde, lahviste, Élohiste et le reste? — homo, tu guis ^5 .^raisonnons d'après les faits bibliques et non d'après nos petites vues personnelles. Reconnaissons, par l'exemple analogue des Proverbes, que, d'après le seul concept de Tinspiration, rien n'empêcherait qu'un rédacteur anonyme, ou dont le nom a disparu, ait compilé, avec la grâce de l'inspiration, un Pentateuque, dont toutes les parties étaient peut-être inspirées. Les anciens avaient déjà remarqué que tous les morceaux insérés dans la Bible pouvaient n'être pas inspirés, témoin la lettre des Spartiates, et d'ailleurs ils n'étaient point si avares du charisme de l'inspiration que quelquesuns attribuaient libéralement aux livres perdus dont les auteurs bibliques paraissent s'être servis. En un mot, mesurons nos raisons de convenances aux mœurs et aux usages de l'Orient au temps passé. Une comparaison familière fera comprendre ma pensée. La raison nous fait une loi de suivre dans nos rapports avec Dieu à tout le moins les rè-

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gles de la courtoisie mondaine. Mais quand il s^agît de déterminer les cas particuliers, il faut nécessairement et uniquement tenir compte des coutumes. Le prêtre français qui célébrerait la messe la tête couverte commettrait une grave irrévérence, une irrévérence qui n'aurait d'égale que l'action de célébrer en Chine la tête nue. Raisonnons de même, servatis servandis. Nos idées sur l'histoire, la morale, la propriété littéraire, l'emploi des pseudonymes^ les emprunts plus ou moins déguisés à d'autres livres, la révision et la recension des ouvrages ne sont pas celles des anciens. Par respect, vous hésitez : Puis-je attribuer à des auteurs inspirés ce qui me paraît à moi peu délicat? Et vous ne voyez pas que vous condamnez le missionnaire en Chine...

Mais il faut pénétrer plus avant dans la notion historique de l'inspiration. Après la personne, l'objet.

Le capital serait de savoir dans quel rapport se trouve l'inspiration avec renseignement divin. Or on n'hésite pas à dire que l'inspiration s'étend en tout cas beaucoup plus loin que l'enseignement religieux puisqu'elle s'étend à tout, même aux mots, tandis que l'enseignement religieux n'est pas partout. On appliquerait fort mal le principe de saint Augustin que Dieu n'enseigne pas dans la Bible ce qui n'est pas utile au salut, si on l'en-

tendait dans ce sens que Dieu n'inspire plus quand il cesse d'enseigner une vérité religieuse.

Il en résulterait que tout ce qui n'est pas religieux dans la Bible ne serait donc pas inspiré ; or on ne voit pas, par exemple, où est l'enseignement religieux du livre de Ruth. Dans la controverse protestante on a souvent soutenu que tout le dogme n'est pas dans l'Écriture parce que les écrivains sacrés ne se proposaient même pas toujours de l'enseigner : ils prenaient la plume dans telles ou telles circonstances, quelquefois pour enseigner, mais aussi pour encourager, consoler, recommander... telle la lettre à Philémon, et on peut ajouter que dans tout le Psautier, si plein de belles vérités religieuses, le psalmiste ne se propose jamais directement d'enseigner la vérité religieuse, puisqu'il s'adresse à Dieu, qu'il ne prétend pas instruire, quand il lui confesse ses péchés et lui demande son secours. Or le Psalmiste ne lui enseigne pas non plus de vérité historique ou naturelle. De sorte qu'on peut se demander si le but de l'inspiration est d'enseigner. Et il semble bien que ce ne soit pas son but immédiat, pour peu qu'on distingue la révélation et l'inspiration. Sans doute l'enseignement divin est contenu dans la Bible; mais, s'il s'agit de la vérité religieuse, c'est par la révélation que Dieu Ta enseignée, et il n'est pas nécessaire que la révélation soit con-

temporaine de Finspiration. S'il s'agit des faits connexes au salut, ils n'avaient pas besoin d'être enseignés par Dieu dans leur aspect naturel et historique, du moins ordinairement, puisque chacun peut en conserver la mémoire.

L'inspiration conduit à l'écriture. De sa nature, l'écriture a pour but de fixer et de conserver une connaissance antérieurement acquise. De sorte que le charisme de l'inspiration n'a pas pour objet premier d'enseigner, mais de conserver le souvenir des vérités révélées et des faits de l'histoire qui permettent de comprendre l'ordre et la suite de la révélation, quoique le but de l'écrivain sacré puisse bien être l'enseignement. La conception de l'inspiration est plus vaste.

Il résulte de ce premier point quela doctrine contenue dans un livre inspiré n'est pas nécessairement parfaite dans son sens propre, historique et littéral. Dieu, qui veut conserver la mémoire de faits importants pour l'histoire du salut, — et cette importance est parfois très secondaire, comme pour le livre de Ruth, — Dieu a résolu peut-être de conserver la mémoire des idées imparfaites qu'on avait sur la divinité dans un stage donné de la révélation. Rappelez-vous que nous avons admis dans l'Ancien Testament un progrès essentiel. Ces idées, il ne nous les enseigne pas à nous sous cetle forme, il ne veut pas que nous nous y bornions, ce serait une

faute, puisque nous connaissons mieux par son Fils sa perfection infinie ; il a voulu que nous en prissions note, peut-être pour mieux apprécier le besoin que nous avions de sa lumière et de sa grâce. Il se peut donc qu'on trouve dans la Bible Texpression de sentiments inférieurs, non seulement chez les impies, mais chez ceux qui portaient Tespérance d'une lumière plus complète; tel est par exemple la morale des Proverbes et de TEcclésiastique, très pratique assurément, mais souvent sans grande élévation morale, sans cette délicatesse exquise qui est la fleur des vertus chrétiennes. Pour mettre cette morale au niveau du christianisme, il faut la transfigurer par le sens spirituel. C'est par le sens spirituel que TÉcriture reprend pour nous toute sa valeur. Et c'est pour cela que l'Église, avec tout le respect qu'elle a pour la parole de Dieu, n'oblige personne à la lire, et chacun sent instinctivement qu'il y a plus de profit pour son âme â lire un chapitre de V Imitation de Jésus-Christ, que tout le Lévitique. L'Écriture demeure plus noble, si l'on considère l'Esprit de Dieu qui l'a inspirée; elle est moins relevée par son objet. C'est Dieu qui a inspiré de conserver cet enseignement, mais cet enseignement est fort inférieur à celui que nous trouvons partout dans l'Église; ce sont des egena elementa, c'est ce qui a été dit aux Anciens, tandis que Notre-Seigneur nous réservait

des paroles plus salutaires. Les faits sont clairs.

Pourtant n'allons pas trop loin. Rappelons ce que nous avons dit d'avance. La raison elle-même, comme la foi, oppose au bon endroit une barrière infranchissable. Il est impossible que Dieu enseigne Terreur. Il est donc impossible, non pas que la Bible, où tout le monde prend la parole, contienne des erreurs, mais que l'examen intelligent de la Bible nous force à conclure que Dieu a enseigné Terreur.

L'impie a dit : il n'y a pas de Dieu. Mais il est Timpie. Les idées sur Dieu peuvent paraître dans la Bible avec toute la gamme des couleurs, depuis la négation absolue, jusqu'à l'amour parfait, mais nous n'y trouverons pas une idée fausse sur Dieu ou sur un sujet quelconque qui puisse passer pour enseignée par Dieu.

Or celte variété elle-même dans l'expression de la vérité religieuse, jointe au principe posé tout d'abord que le but de Tinspiration n'est point d'enseigner immédiatement, mais de conserver avec une autorité divine ce qu'il nous importe de savoir, montre clairement que l'enseignement contenu dans la Bible, s'il est quelquefois donné directement et clairement, est souvent aussi une résultante, qu'il est infiniment délicat d'apprécier avec précision, et c'est pour cela que l'interprétation de la Bible est confiée à TÉglise seule. Per-

sonne ne peut dire : je cherche la vérité religieuse dans la Bible parce que Dieu Ta inspirée pour m'enseigner immédiatement, sans aucun intermédiaire, toutes les vérités que j'ai besoin de savoir pour me sauver... Voilà ce que nous soutenons contre le protestantisme; nous ajoutons que la Bible a surtout pour but la vérité religieuse... N'est-il pas étrange après cela que chacun dise avec assurance : Quant au reste, je n'ai besoin de personne. Dieu enseigne clairement. Tout ce que je lis, je le tiens pour une affirmation catégorique de l'auteur sacré ou plutôt de Dieu, et si vous trouvez étrange, inouï, invraisemblable, que Sara ait plu au Pharaon, roi d'Egypte, à l'âge de 90 ans, vous blasphémez outrageusement la véracité de Dieu. — Toute cette histoire que Dieu a voulu conserver était-elle donc exempte des imperfections de la vérité religieuse d'alors? était-elle adressée plus directement de Dieu à nos âmes que la vérité religieuse elle-même sur laquelle nous attendons de l'Église un jugement définitif?

Les applications sont donc très délicates, si les principes sont certains. Tout ce que les auteurs sacrés enseignent. Dieu l'enseigne et cela est donc vrai. Mais qu'enseignent les auteurs sacrés? Ce qu'ils affirment catégoriquement ! — Or on l'a dit depuis longtemps, la Bible n'est point un recueil de thèses ou d'affirmations catégoriques. Il est tel genre

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littéraire, dans leqoel on n*affirme absolument rien quant à la réalité des faits: ils servent uniquement de base à one leçon morale, telle la parabole. Or rinspiralion ne change pas les conditions des genres littéraires. Chacun doit être interprété selon ses règles. Je ne crois pas avoir à insister sur cette formule qui a été pleinement admise dans les Études par le R. P. Prat. Elle me parait encore la plus propre à résoudre les difficultés élevées contre la véracité de la Bible. Cependant je voudrais aujourd'hui aborder la question par un autre côté, et étudier d'après la Bible elle-même le mode de renseignement divin.

Reprenons, pour point de départ, les faits que nous venons de constater.

Nous sommes tous d'accord pour recevoir avec respect tout ce que Dieu enseigne, mais il est évident que dans la Bible cet enseignement n'est pas à l'état de propositions révélées toutes faites et isolées dans leur splendeur. Il est mêlé à une foule de récits, de discussions, d'épanchements poétiques, d'anecdotes, de prières, de métaphores. Nous reconnaissons tous volontiers que l'auteur inspiré n'a pas toujours lintention d'instruire au nom de Dieu ; cela est clair, par exemple, lorsqu'il demande à Dieu pardon de ses fautes, et encore est-il que peu do pages de la Bible contiennent un enseignement aussi précieux que le Miserere. Il se peut

donc qu'il y ait un enseignement divin, lors même que Fauteur sacré semble ne rien affirmer. Mais d'autre part il ne faut point se hâter de considérer comme une affirmation de Dieu ce que Fauteur récite et qu'il ne se soucie peut-être pas de prendre à son compte. Si l'enseignement religieux luimême est parfois une résultante dont FÉglise seule a le droit de dégager la formule, à plus forte raison en est-il ainsi de ces éléments secondaires qui ne figurent dans l'Écriture que pour servir de vêtement à la vérité, ou, si on préfère la comparaison de S. Augustin, qui sont la caisse de résonance de la lyre. Tout cela prouve simplement que l'enseignement donné par Dieu dépasse infiniment le nôtre, même dans son mode, et que nous ne devons pas lui appliquer nos mesures.

La distinction précise qu'il fallait faire ici a été faite depuis plusieurs années déjà par un de mes confrères, leR. P. Lacôme, dans une brochure intitulée : Quelques considérations exégétiques sw le premier chapitre delà Genèse, hvoc\mvQ qui a paru avec la haute approbation du P. Monsabré ^. Cette théorie n'a pas eu le retentissement qu'elle aurait aujourd'hui, parce que l'attention était moins éveillée alors sur ces problèmes. Vous me permettrez d'en citer quelques extraits : « Ce petit peuple

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