Études, 1895, p
ne peut demander le secours de l'erreur, à un degré quelconque, pour ouvrir Taccès des intelligences à sa doctrine surhumaine. 11 ne saurait exploiter (qu'on me passe l'expression) que ce qu'il y a de vrai et de bon dans nos idées. »
C'est peut-être un peu poussé au noir. Le P. Lacôme disait s'appuyer, mieux glisser; le R. P. Brucker interprète : s'étayer.
Surtout le P. Lacôme distinguait deux enseignements de nature essentiellement distincte, là où son recenseur semble n'en discerner qu'un seul. Il serait bien imprudent le maître qui, enseignant la géométrie, tolérerait des notions fausses sur la ligne droite; quel moyen de s'étayer là-dessus? Mais le maître de grammaire a-t-il à se préoccuper de la vérité des exemples qui appuient la règle, et, enseignant l'orthographe du roi Pharamond, ne peut-il glisser sur les origines obscures de notre histoire? N'est-ce pas dans la grammaire de l'Académie qu'on cite en exemple :
Dames Mites disaient à leurs petits-enfants : Il fut un temps où la terre était ronde?
Aussi bien avons-nous ici mieux que des conjectures ou des convenances. Nous avons des faits bibliques. C'est un fait, déjà reconnu par Maldonat, que les auteurs bibliques emploient la Sainte Écriture dans un sens accommodalice. Or ce
sens n'est certainement pas un sens concluant. On lit dans S. Matthieu à propos du massacre des ss. Innocents : « Alors s'accomplit ce qui avait été annoncé par Jérémie, le prophète : On a entendu à Rama des cris, des pleurs et de grandes lamentations; Rachel pleure ses enfants. » D'après Calmet : « C'est une simple application fondée sur la ressemblance des événements. » Ce n'est donc point un accomplissement en toute rigueur.
Est-ce à dire que l'enseignement divin puisse manquer aux règles de la logique? Il peut les négliger pour un temps donné, par condescendance, par le point où il touche à des habitudes d'esprit rudimentaires. La raison profonde de ce fait est tiré de la supériorité même de l'enseignement divin. Il ne force pas la conviction par le raisonnement, mais par l'autorité, parce que son domaine propre est au-dessus de la raison. Dans le raisonnement, chaque proposition est un élément nécessaire, qui est vraiment cause de la conclusion. Si un des éléments est faux, la conclusion est fausse. Ce système exige donc la véracité absolue des prémisses.
Tout autre est le système d'autorité par la foi. L'autorité reconnue s'impose, et l'on croit à cause
1 Sur Malth. ii, 17 s.
de la parole. On peut raisonner ici comme lorsqu'il s'agit des motifs de crédibilité. Ce n'est qu'un échafaudage qu'on peut enlever, la voûte tient par elle-même. De même ici. Dieu n'enseigne rien de faux, ne s'appuie sur rien de faux comme élément essentiel de son enseignement. Il est libre de se servir de nos idées scientifiques ou de l'histoire comme d'un simple procédé de préparation, ainsi qu'il mènerait nos idées au point voulu par une comparaison ou une parabole.
De cette façon nous comprenons sans peine que saint Paul puisse citer d'après les Septante. Ce n'est pas le sens du texte hébreu. Faudra-t-il dire avec saint Augustin que le texte des Septante est inspiré aussi bien que l'autre? Nous disons seulement que saint Paul s'appuie sur un texte reçu de son temps.
Et il faut bien admettre que ceci est un argument ad hominem, c'est-à-dire un argument qui ne conclut pas en rigueur. Qu'importe? la pensée est juste, TApôtre la fait pénétrer comme il l'entend. Et les plus conservateurs reconnaissent qu'en effet il a argumenté parfois d'après les opinions et même les préjugés des Juifs de son temps.
Il me semble que Notre-Seigneura fait la même chose dans un cas célèbre ^ « Quant à la résurrection des morts, n'avez-vous pas lu, dans le livre