‹ La méthode historiqueChapitre 24 sur 45 · Introd., p · texte numérisé non relu

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Vous pouvez VOUS plonger à rinfini dans des arguments de convenance ; ce sont là des faits, des faits bibliques clairs, faciles à constater. Il en résulte cette théorie que les écrivains sacrés parlent selon les apparences. Elle est traditionnelle. Il n'y aura qu'à l'appliquer aux cas particuliers, selon les exigences de la critique, en distinguant entre les sciences naturelles et l'histoire. Application d'un principe traditionnel aux résultats du travail humain, c*est précisément en cela que consiste le progrès des sciences ecclésiastiques.

Messieurs,

S. Augustin est le seul Père qui ait laissé des Rétractations, c'est-à-dire, dans le sens latin surtout, qui soit souvent revenu sur sa pensée. Son étonnante candeur lui a permis peut-être, mieux qu'à un autre, de reconnaître que son prodigieux génie avait prodigué sur plusieurs points des vues très différentes. Si on s'en était tenu à son grand principe, si bien analysé par S. Thomas, que Dieu n'enseigne pas la science dans l'Écriture, Texégèse catholique aurait évité bien des déboires. Mais l'aigle d'Hippone prêtait lui-même à confusion, en disant, dans son livre des Confessions, livre très lu, que par une illumination spéciale, l'auteur inspiré « avait compris et pensé dans ses paroles

en les écrivant, tout ce que nous avons pu y trouver de vrai, et tout ce que nous n'avons pas pu, ou que nous ne pouvons pas encore, mais qu'on peut y trouver * ». Avec sa parfaite simplicité, le grand docteur confesse qu'il n'a pas pris cette opinion dans la tradition, mais c'est ainsi, dit-il, que je ferais, si mes paroles pouvaient avoir tant d'ampleur. Si ces expressions avaient été prises à la lettre, c'en était fait de l'exégèse historique. La pensée de l'auteur sacré ne devait plus être interprétée comme S. Athanase^ en particulier l'avait compris, d'après le temps et les circonstances ; elle se mesurait à la science de Dieu, autant du moins qu'elle peut être reçue dans l'esprit de l'homme, et Moïse, par exemple, aurait saisi d'avance et caché dans son texte tous les sens qu'on pourrait y découvrir. C'est presque cependant là qu'en est venue l'exégèse du xix« siècle sur le premier chapitre de la Genèse. Messieurs, nous avons déjà exposé les principes, vous savez dans quelle mesure la Bible contient des propositions scientifiques, vous vous dites sans doute qu'en examinant maintenant les cas particuliers je vais enfoncer une porte ouverte. 11 sera l)on toutefois d'y passer, car passer par une porte

t. « Sousit ille oinnino in his verbis alque cogitavit, quum ea sonborel. quiatiuid hic reri roluimuâ invenire, et quidquid non ro"/!"v"'' xn 'aT"*'"" *''''""'"'* ^^ ^*"^^° ^"«^^5 inyeniri polest. »

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ouverte, c'est quelquefois le moyen de savoir comment on peut ouvrir les autres sans les enfoncer. Cependant puisqu'il serait superflu de répéter ce que vous avez si bien compris, et que je vous dois une compensation pour une discussion aussi aride que celle d'hier au soir, nous ferons un peu d'histoire sous prétexte d'accorder la Bible avec la science, et, pour démontrer la nécessité de l'exégèse historique, même en matière scientifique, nous ferons rapidement l'histoire de l'exégèse. Cette conférence nous servira en même temps de transition à la matière élicate de l'histoire, car certains aperçus sont communs aux deux sujets.

Cette revue jettera de la lumière sur la situation de la critique contemporaine : Ex historia lux.

L'exégèse a d'abord été créatrice. C'est celle des Juifs au temps de Notre-Seîgneur, c'est la méthode que S. Paul leur a empruntée. Élevé aux pieds de Gamaliel, ce serait lui faire injure que dépenser qu'il n'en a pas retenu les leçons. On la nommait le midrach, ou la recherche. Par sa signification, ce mot indique plutôt une enquête qu'une exposition, ou comme nous disons, en empruntant un terme grec, une exégèse. Nous cherchons à comprendre le texte; on lui demandait ce qu'il ne donnait pas d'abord; on fouillait plus bas que la lettre; on combinait les textes pour interpréter un mot par

le sens qu'il avait ailleurs ; quand les textes ne suffisaient pas, on recourait à Tallégorie qui devenait le sens voulu de Dieu en première ligne. S. Paul en fournit un exemple très curieux. « Estce que je ne dis cela que d'après les hommes? Estce que la loi ne le dit pas aussi? Car il est écrit dans la loi de Moïse : tu n'emmuselleras point le bœuf quand il foule le grain. Dieu s'occupe-t-il des bœufs ou parle-t-il uniquement à cause de nous * ? »

Cette exégèse passa naturellement des écoles des scribes aux gnostîques et aux Pères de PÉglise. On peut même dire qu'elle leur convenait mieux et qu'elle se trouvait là sur son véritable terrain ; les Juifs en effet ne pouvaient guère se dérober à l'étreinte de la lettre. S'ils admettaient une homélitique (agada) pieuse, riche en développements édifiants, leur exégèse propre (halaka) fut relativement littérale, dans le sens que nous venons de déterminer, toujours vivante et grosse d'un enseigoement qui se développait toujours.

Chez les chrétiens au contraire, la loi demeurait lettre morte, l'histoire pâlissait devant TÉvangile. On ne pouvait se résigner à tirer si peu de fruit d'un livre dicté par Dieu même. Lire la loi pour s'édifier était presque du temps perdu ; et comment la commenter aux fidèles assemblés dans l'église? Pourlant si Dieu avait parlé, c'était pour

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