Pensées. II, art
fallut compter avec des témoins inattendus, sortis de l'ombre où ils paraissaient ensevelis pour jamais. Ces témoins furent d'abord les fossiles accumulés dans les couches terrestres ; ce furent ensuite les générations auxquelles les découvertes épigraphiques en Egypte et en Assyrie ont rendu la parole. D'où une triple difficulté, relative à la Cosmogonie mosaïque, à la législation età l'histoire dupeuple de Dieu.
Pour aujourd'hui nous nous en tiendrons au premier point.
Un changement s'imposait : mais dans quelles limites est-il permis de rompre avec une tradition exégétique?
Lorsque je parlais de la nécessité où est toute exégèse catholique de respecter les dogmes chrétienset spécialement de ne rien avancer qui mette en doute le dogme de l'inspiration, je suis sûr qu'une idée, la même, s'est présentée à l'esprit de tous. — Cela ne suffit pas, il faut encore s'en tenir à la tradition des saints Pères et respecter les opinions communément reçues.
Il est très rare que le consentement unanime des Pères constitue un lieu théologique isolé en matière d'exégèse. Ou bien les saints Pères parlent comme témoins de la foi et ils sont unanimes à lui rendre témoignage, et alors, de fait, nous sommes en présence d'un dogme ; ou ils parlent comme docteurs privés. Alors ils sont les plus respectables des doc-
tcurs prives, après le Pape, même lorsqu'il ne parle pas ex cathedra y mais leur consentement unanime ne se rencontre pas aussi souvent que le disent ces auteurs qui allèguent sans cesse tous les Pères '.
Au contraire, une exégèse nouvelle risque très souvent de se heurter à des opinions reçues. Un bon catholique n'est pas seulement tenu de croire au dogme. Il ne doit pas, sans une faute qui peut aller jusqu'à une grave témérité, s*écarter des opinions que les théologiens enseignent comme communes et traditionnelles. Nous ne parlons même pas des cas plus graves encore qui touchent à Thérésie. Or nous ne devons pas et nous ne voulons pas nous soustraire à cette discipline dont les Papes ne cessent de proclamer la nécessité.
Citons-la cependant dans les termes mêmes de Pie IX, qui n'est certes pas suspect d'avoir sur ce point affaibli les principes, pour être assurés de garder un juste milieu entre une pusillanimité indolente et une indépendance téméraire : « Ils doivent reconnaître, dit ce Pape dans la lettre à l'archevêque de Munich, que ce n'est pas assez pour des savants catholiques, de recevoir et de vénérer les dogmes ci-dessus mentionnés de l'Église, mais
1. CoRNÉLY, IntroductiOjl, p. 593 : a At paucorum admodum textuum sensum ah Ecclesia definitum esse dicimus^ et pauciO" rurrij ni fallimur, explicatio habetur ex unanimi Patrum consensu, ))
il faut aussi qu'ils se soumettent, soit aux décisions relatives à la doctrine qui émanent des congrégations pontificales, soit à ces chefs de doctrine qui sont tenus par le consentement commun et constant des catholiques comme des vérités théologiques et des conclusions tellement certaines, que les opinions opposées à ces chefs de doctrine, quoiqu'elles ne puissent pas être nommées hérétiques, méritent cependant une autre censure théologique ^ »
Vous le voyez, il ne s'agit point de cas particuliers d'exégèse, mais de points importants : iis doctrinse capitibus, non pas historiques, mais doctrinaux, considérés partout et toujours comme des vérités théologiques certaines, ce qui sera rarement le cas pour l'interprétation d'un texte, à tel point que le R. P. de Hummelauer a pu nier qu'il existe une tradition exégé tique pour tout le livre des Nombres, qui n'est pas des moins importants.
Quoi qu'il en soit, le principe demeure, et il est souverainement opportun. Qu'on y réfléchisse, en effet. L'Église nous enseigne la doctrine, elle nous guide dans l'action et dans la vie. La vérité révélée ne touche que les sommets, c'est de là qu'elle se répand pour éclairer les actes. Des hommes généralement distingués par l'intelligence, formés
1. Ex PiilXHtteris ad arch, Monacensem et Frisingensem^ die 21 dec, 1863,
aux bonnes méthodes, occupés leur vie entière de questions spéciales, se prononcent. Ils constituent une autorité des plus respectables. Concevrait-on des particuliers s'émancipant de renseignement scientifique de leur temps, comme des gamins de Paris qui prendraient plaisir à toucher aux plots des tramways? De même lorsqu'il s'agit de la morale et de la vérité. Le corps des théologiens constitue la meilleure des garanties ; ils représentent en somme, pour une fonction spéciale, ce que le simple particulier doit toujours avoir en grande estime, l'intelligence, le travail, la sagesse accumulée des siècles efc l'apport des contemporains.
Je dis l'apport des contemporains. Ce qui doit rassurer les susceptibilités de notre liberté, c'est que celte science marche. Il faut qu'elle marche. C'est le second aspect de la question. Lorsqu'on proclame à la fois l'immobilité du dogme et le progrès des lumières dans le catholicisme, on résout toutes les difficultés par une distinction : l'essence du dogme reste immobile, les connaissances humaines qu'on en a rapprochées pins ou moins peuvent se transformer. Si on ne veut pasperdre le fruit de cette distinction souveraine, il faut précisément l'appliquer en matière d'opinions communes. Une opinion commune n'appartient pas nécessairement à la partie transformable des idées reçues parmi nous; il se peut qu'elle contienne
dans ses flancs une vérité révélée ; et lorsque cette vérité sera reconnue comme révélée, c'était donc un dogme, c'est du moins aujourd'hui un dogme, que quelques-uns auparavant n'étaient pas tenus de croire parce qu'ils ne le connaissaient que comme une tradition communément reçue. Mais il faut reconnaître aussi qu'une opinion tenue par tous les théologiens d'un temps, pourvu qu'elle soit demeurée une opinion et qu'ils ne l'aient pas donnée expressément pour un dogme, il se peut que cette opinion soit, avec le temps, reconnue fausse. Autrement, je le répète, la distinction est inutile et la confusion prévaut; toute opinion commune devient un dogme et on s'expose à recevoir des faits des démentis pertinents dont l'affront rejaillira sur le dogme lui-même.
Je ne crois pas m'être écarté ici des doctrines les plus sûres de la théologie.
Mais qui ne voit quelle crise douloureuse traverseront les esprits, pendant qu'une opinion reçue de tous, perd de son autorité et finit par être reconnue fausse? Cela est si dur que tout en concédant en toute rigueur la possibilité de cette aventure, on est très porté à nier l'hypothèse, chaque fois qu'elle se présente. Pourtant ce n'est pas seulement dans l'Église que les esprits chercheurs ont eu à lutter contre la science officielle. L'histoire des grandes inventions n'est que le
126 QUATRIEME C05FER1XCB.
récit des épreuves imposées an génie par ce qui est devenu la routine, mais qui passait pour être la raison. On se scandalise volontiers que TÉglise « qui a tant de lumières » ne soit pas à Tabri de ces infirmités humaines. On oublie que FÉglise est une école de respect. On oublie que chez elle le dépôt de la science divine et de la juridiction est dans les mêmes mains, ce qui oblige les novateurs à plus de déférence et à plus de précautions. On oublie les grands avantages d un progrès plus lent, mais plus sûr, lorsqu'il ne s'agit point de théorèmes purement spéculatifs, mais d^opinions intimement liées à la vie morale et au salut des âmes. On trouve très mauvais que rÉg:lise de France ait paru ignorer les travaux de Técole de Tubingue. D'autres seraient tentés de s'en réjouir : car enfin c'est fini. On avoue que c'était manqué. Fallait-il que chacun réformât ses croyances d'après Baur, ou d'après Strauss, ou d'après Renan? Je sais bien que le protestantisme préfère à tout la libre recherche. Si Dieu me disait : Veux-tu la possession de la vérité ou le droit de la chercher librement?... Père, disait Lessing, j'attendrai Fautre monde pour posséder la vérité, laisse-moi le libre exameo dans celui-ci. — Dans une matière où le libre examen est souvent impuissant, nous préférons la sécurité, voilà toute la difierence. Mais encore une fois, ménageons les principes
et sauvegardons avec un soin jaloux les droits du progrès. L'Église au xix* siècle a-t-elle eu une attitude intransigeante en face de la science? Puisqu'il est fatal que les possesseurs disent toujours aux nouveaux venus : Vous croyez donc en savoir plus long que nos ancêtres, plus que tout le monde, plus que nous, qui sommes chargés d'enseigner et qui répétons cela depuis quarante ans... a-t-onfait sentir dans l'Église trop de mauvaise humeur à ceux qui dérangeaient les systèmes? On le lui a reproché amèrement, et non sans persiflage. 11 y a eu beaucoup de faits regrettables. Mais ce qui me frappe surtout, c'est l'extrême bonne volonté des gens d'Église à faire bonne mine à la science, et si je ne craignais de manquera mon tour de respect, je dirais qu'on a poussé beaucoup trop loin la condescendance, qu'on a été trop préoccupé d'étaler laccord de la foi avec les opinions des doctes, d'introduire dans l'exégèse le dernier cri des chaires universitaires. Dans un jugement sommaire sur l'exégèse du XIX* siècle dans ses rapports avec la science, on lui reprochera beaucoup plus d'avoir manqué d'indépendance, de n'avoir pas su trancher les questions par ses propres méthodes, que d'avoir nié des résultats scientifiques évidents sous prétexte qu'ils allaient à l'encontre de la foi. Et cette attitude presque déférente touiours courtoise à
regard de la science, était d'autant plus méritoire, que les savants le prenaient de très haut et ne cachaient même pas parfois le dessein fort noir de renverser la Bible avec leurs engins. Malgré tout, on les suivait, même dans leurs fluctuations. Quand on fut convaincu que la terre n'était pas jeune, on admit aussitôt que les six jours n'étaient pas des jours de vingt-quatre heures. Les géologues aimaient alors les grandes révolutions, fonda- Irices d'un ordre nouveau : c'était dans les mœurs du temps, on supposait des bouleversements suivis de la période calme où nous sommes; aussitôt les exégètes découvrirent, dans les deux premiers versets de la Bible, une première création suivie de catastrophes, et reprise par une restitution. Quand les géologues inclinèrent vers les causes lentes, on les satisflt par des périodes. Quand ils s'extasièrent devant la flore quaternaire, on ne s'étonna point; en efi*et, d'après Moïse, la flore avait précédé la faune. D'après M. Faye le soleil a mis plus de temps à se constituer que notre petit globe ; on comprit alors seulement la profondeur scientifique de la Genèse, le soleil n'ayant été créé que le quatrième jour.
Mais, avec la meilleure bonne volonté du monde, on ne peut pas toujours être de l'avis des gens. Enfin les géologues ramassèrent dans les couches les plus anciennes d'innombrables animaux; c'était
gênant. Us alléguèrent des traces d'évolution, on menaça d'une rupture. Encore se rencontra-t-il des exégètes plus accommodants qui trouvèrent dans S. Augustin que Dieu n'avait pas créé les espèces distinctes, mais les germes, seminUy principes de l'évolution ultérieure.
A côté du grand débat sur la Cosmogonie mosaïque qui remplit tout le siècle, il faut placer celui qui s'agita à propos du déluge. Ici on se trouvait en face des conditions actuelles du globe : l'antagonisme était plus flagrant entre l'opim'on commune du déluge universel et les faits scientifiques. Mieux la terre était connue, plus il était difficile de trouver de l'eau pour couvrir les hautes montagnes. On en chercha partout, et finalement on eut recours à la toute-puissance de Dieu qui a bien créé celle qui existe. Cela était sans réplique, mais on se demandait comment les poissons d'eau douce avaient supporté l'eau salée et comment les poissons de mer avaient digéré l'eau douce. On répondit que cela n'était pas difficile; chacun demeurait dans son élément, l'eau salée étant plus dense. Mais on ne pouvait môme pas recourir au miracle pour un fait précis. Tous les animaux avaient été logés dans l'arche. Or le nombre des espèces connues montait comme un nouveau déluge ; et personne n'osait dire doucement avec Origène que les mesures de l'arche étaient en puissance^ qu'on pouvait
donc les grandir à proportion. On se rendit, après une belle résistance, mais sans qiril soit jamais venu à l'esprit d'aucune personne autorisée d'imposer silence à la science au nom de la foi. Et il fut admis, par déférence pour les faits, que le texte avait donc été mal interprété par tous les Pères, que le déluge n'avait pas été universel, que la Bible ne le disait pas.
Tout n'était pas fini. Ce fut le tour des linguistes. 11 leur parut que jamais on n'aurait assez de temps pour la formation des langues si le déluge avait englouti tous les hommes. La bataille fut chaude et on ne peut pas dire qu'elle soit terminée. Il était facile de plier le texte biblique de la même façon, maison se heurtait à d'autres textes bibliques, à des symboles traditionnels, et en définitive les arguments scientifiques n'étaient rigoureux que si on maintenait la chronologie biblique. C'est elle qui fut sacrifiée, cela parut plus habile. — Vous dites que le déluge n'a pas englouti tous les hommes parce que depuis le déluge les langues' n'auraient pas eu le temps de se former? Mais savez-vous bien quand a eu lieu le déluge? Vous ne le savez que par la chronologie biblique ; or elle n'existe pas ! C'est un comput d'après des chiffres dont aucun auteur inspiré n'a fait le total. Supposons qu'il manque des éléments pour ce calcul. . . Prenez le temps qu'il faudra, nous serons généreux. Ici le temps ne coûte rien.
Et si on maintint dans cette école le déluge universel pour Thumanité, on prétendit que la chronologie biblique n'existait pas. On se donna même Tillusion de croire que jamais Topinion catholique n'avait admis une chronologie puisqu'elle n'était pas d'accord sur ses termes, comme si des divergences péniblement acquises ne supposaient pas un fondement reconnu de tous.
A côté de ces grandes controverses, c'est à peine s'il faut mentionner une petite difficulté relative à la formation des langues. La science enseigne que les langues se différencient peu à peu. Dans rhistoire de la tour de Babel, tout le monde avait vu une rupture immédiate. Là encore on s'éloigna de l'exégèse communément reçue, et on fut heureux de citer S. Grégoire de Nysse comme ayant pressenti les conclusions de la science moderne.
Il suffit de citer ces faits pour rappeler une série de tâtonnements mal assurés, de triomphes sans lendemain, de reculs peu dissimulés et de concessions faites de mauvaise grâce. L'apologétique en rougit, mais ne peut en effacer la mémoire. On a su mauvais gré à M. Houtin d'avoir entassé comme à plaisir ces souvenirs pénibles et en effet le livre auquel je fais allusion a trop le cachet d'une satire. Même si elle n'est pas exagérée, la satire ne s attaque qu'aux défauts. Il y avait autre chose à mettre en lumière, notre situation n'est pas désespérée,
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et si le goût deTaatear est décidément toamé vers la satire, il eût pu trouver matière à l'exercer aux dépens de certains ennemis de FÉglise qu'il semble avoir pris soin de réhabiliter, tel Renan, ce type achevé du faux bonhomme.
11 conviendrait d'embrasser la situation dans son ensemble. Conservons loyalement la mémoire des fautes commises, mais pour en reconnaître les causes et pour en tirer un profit sérieux.
L'obstacle ne vient pas ici, quoiqu'on semble le dire, d'un attachement exagéré aux opinions communes, ni de la défiance envers la science.
Nous venons de le noter : sur tous ces points on a abandonné l'exégèse littérale des Pères, exégèse qu'il fallait maintenir, et à laquelle l'exégèse historique se soude fermement. Et même si cette aventure a quelque chose de pénible pour notre amour-propre d'exégètes catholiques, ce n'est pas parce que nos devanciers ont résisté à la science au nom de l'autorité des opinions théologiques, c'est incontestablement parce qu'ils se sont trop préoccupés de la science et de ses progrès et qu'ils ont pris trop à cœur de faire pénétrer ses théorèmes dans l'exégèse elle-même, au prix du sens obvie admis par tout le monde depuis les Pères.
Peut-être trouverait-on la cause de cette prudence extrême dans l'épisode lamentable du procès de Galilée. Ce nom est dans toutes les bouches. 11 est
devenu banal et souverainement inélégant d'y faire allusion. Pourtant il faut y revenir. Pour la presse libre penseuse, c'est un arrêt définitif contre l'infaillibilité de l'Église et du Pape. L'Église a décidé que la terre ne tourne pas, et pourtant la terre tourne. Tout est là. Dans ces termes l'objection n'a aucune valeur pour les gens éclairés de bonne foi. On sait assez que l'autorité suprême de l'Église n'est point intervenue ici par un jugement catégorique et définitif. Mais c'est bien l'exemple classique d'une opinion commune que les théologiens ont entendu imposer aux fidèles. Ceux qui sont trop pénétrés de la nécessité de suivre les opinions communes, lors même qu'elles ont cessé de l'être, feront bien de méditer cet exemple que Dieu n'a permis que pour donner aux théologiens une solennelle leçon de modération. On ne peut pas songer en eflfet, sans un serrement de cœur, à la situation des savants placés entre ce qu'ils regardaient comme une conclusion scientifique, et un jugement non point définitif, mais officiel, de ceux dont on dit avec raison qu'ils lient la conscience et obligent à une certaine soumission du jugement, du moins par le respect dû à l'autorité qui les prononce. Cela dura cent à cent cinquante ans, et il faut bien voir ici une des raisons principales de l'hostilité des savants du xviii* siècle contre l'Église , hostilité qui a accumulé tant de ruines.
ici sn* mti^J^ mt Jt ifuicieui pour -iÊL «Cfecnafit
Y*;nf!r^^s^ aunL «iiiiis cette taetb|K. mV aTsil-jl pki t0L««aucat ^ îi tngïïffifc^ ! C s> nêlaft in- OjBfKiiimsjKLt ■& pem de rsfiijoalïssie. — Voilé. p»iieX'T-v^. oa pttradoixe, et la Bovvrile exégèse ir&Lte ki <»s eafaxUs qui ne nchant pas répliqaer, fe&Yo;<Dit ûmpkmeai la balle. — £h bien, vrainu^l noo ! 5'oablirj09 pas qoe le ratiunalisaie est eomme la fièrre, il a deox périodes : on est glacé de fri«M>ns OQ consumé par la cbalenr. Tantôt il nie fout ce qui dépasse la raison, tantôt il envahit le SfjmatureL Le principe est le même. On ne n'connalt pas d'autre source de comiaissance que la raison, ou, si on admet la foi, il faut qae la raison aille aussi loin qu'elle. En face du froid rationalisme voltairien, il est constant que le rationali.Hfne liardi s'est manifesté chez les catholiqucH. Nous en avons pour caution les décisions de r^Kli"^ • «i ï'^ congrégation de l'Index s'est vue ohligi'Mî h faire souscrire à M. Bonnetty quelques ili/îHeH contrcî lo traditionalisme, les coups les plus M<Mi('iix portés par la cour de Rome et le Souverain Pontife lui-ni6me ont atteint les théologiens nilrniands, (îantlicr et Frohschammer, ce dernier qui n'hôsiluil pas à affirmer que tous les dogmes
de la religion chrétienne indistinctement sont l'objet de la science naturelle ou de la philosophie, et que la raison humaine, avec la seule culture historique, pouvait acquérir une vraie science du dogme par ses seules forces, pourvu que l'objet lui en fût proposé *. Certes, on ne peut disconvenir qu'il y avait là un fier élan qui serait à Tagnosticisme contemporain une tentative de géants en train d'escalader l'Olympe. La pensée de ces maîtres, pour insensée qu'elle nous paraisse, était en rapport avec le théorème du temps. Puisque la raison était devenue la seule règle de l'esprit, ces apologistes ont voulu que cette raison elle-même • démontrât le dogme. Et sans aller aussi loin, beaucoup d'apologistes, voyant qu'on attaquait la religion au nom de la science, ne se sont-ils pas exagéré les ressources de cette science qui devenait la maltresse de la vie au xix® siècle, et n'ontils pas cru qu'il était de bonne tactique de montrer que la science rendait témoignage au dogme? Quel triomphe pour la foi si Moïse avait devancé Ampère !
1. El his omnibus palet, alienain omninoesse a catholic» Ecclesiae doctrina sententiam, qua idem Frobschammer asserere nondubitat, omnia îadiscriminatim christianao religionis dograata esse objectum nataralis scienli» seu pbilosopbi» et humanarn ralionein bistorice tantom excultam, modo baec dogmata ipsi rationi tanqaam objectum proposita fuerint, posse ex suis naturalibus viribus et principio ad yeram de oinnibus etiam recoud itioribus doginatibus scieutiam per?enlre. (Denzinger, GXXXIV.)
Aujourd'hui nous sommes retombés dans rabattement qui suit la fièvre ; quelques-uns pourraient bien être atteints par réaction de fidéisme et de subjectivisme, et c'est Tintellectualisme de S. Thomas lui-même qui est taxé par eux de rationalisme et qu'on rend responsable de cet échec !
Dans le sens thomiste, mais dans le sens thomiste seulement, la méthode historique doit être rationaliste, mais alors le mot juste est rationnelle. Dans Texégèse, comme dans la théologie, elle prétend aller avec la raison aussi loin qu'on peut aller, sans jamais cesser de soumettre la raison à la foi.
Or la critique textuelle, littéraire, historique, sont des terrains assez vastes pour son action à la fois libre et soumise.
Le concordisme positif entre les textes bibliques et la science moderne ayant échoué, que reste-t-il à faire?
Résister n'est pas possible ; se plier à toutes les exigences du mouvement scientifique, passe encore, mais y plier le texte sacré, ce n'est pas digne de la foi et c'est un artifice réprouvé par la critique. L'honneur de Tavoir dit nettement et de l'avoir solidement établi en rejetant le concordisme des jours-périodes revient, après d'autres, au R. P. de Hummelauer dans son Commentaire de la Genèse.
Mais alors il ne reste évidemment (ju'un parti à prendre, c'est de faire abstraction des découvertes scientifiques actuelles et de faire de Texégèse avec la science ancienne.
Eh quoi! même si cette science ancienne est imparfaite, insuffisante, fausse môme? Si elle imagine une voûte solide qui sépare les eaux du ciel des eaux d'en bas; si elle envisage les étoiles comme de petits astres suspendus à cette voûte; si les pluies diluviennes se répandent à torrent lorsqu'on y ouvre des lucarnes , si la terre est immobile au centre du ciel... Faudrait-il que tout cela constitue l'enseignement divin ? Non certes ! Dieu n'a pas enseigné tout cela. Non seulement il n'a pas révélé ces choses que les hommes ont conclues d'un examen hâtif des phénomènes, mais il n'a pas voulu que, figurant dans la Bible, elles nous fussent données comme venant de lui, dites par lui, dictées par lui. Et par conséquent la Bible ne contient pas d'enseignement scientifique. Et lorsque les écrivains sacrés font allusion à ces théories, ils suivent les apparences. Les apparences, c'est la parole libératrice que nous avons rencontrée en parlant de Tinspiration en général.
Dans le Nouveau Testament, où les lumières ne sont pas moins abondantes que dans l'Ancien, il n'est jamais question de révélation scientifique.
Il fut un temps où on affirmait, d'après saint Pierre, que le monde finirait par le feu. On se garderait bien d'engager aujourd'hui une controverse sur ce point avec ceux qui pensent que — oh ! dans bien longtemps — nous périrons par le froid. Et de fait, les docteurs les plus éclairés, ceux qu'on peint sur les toiles une plume à la main, écrivant sous la dictée de la colombe mystique, n'ont rien su de particulier, ni rien pressenti des découvertes scientifiques. Saint Thomas a su exactement ce qu'un grand génie comme le sien pouvait apprendre d'un érudit comme Albert. Personne ne sait mauvais gré à saint François de Sales de ses comparaisons d'histoire naturelle, aussi fabuleuses que bien choisies pour un enseignement très relevé.
Voilà de quoi faire réfléchir, et si nous voulons voir les choses sous le vrai jour, voilà de quoi
rendre grâce à la sagesse de Dieu Oui, dans le
christianisme, la religion est afi*ranchie de tout élément scientifique. On ne Ta pas toujours compris, et ce fut la grande faute des adversaires de Galilée. Soit, comme le prétendent des apologistes, qu'on ait d'abord poursuivi sa condamnation parce qu'il avait mêlé la Bible dans le débat, soit que sa doctrine ait été condamnée comme une pure doctrine scientifique, ce qui parait plus exact, il est certain qu'on a cru alors que la religion chrétienne
enseignait un système du inonde. Dès lors on comprend la gravité de cette affaire. Pour beaucoup d'esprits , la science moderne commence avec Galilée, et c'est là que se termine la religion, parce qu'une religion ne peut pas survivre au système du monde auquel elle est adaptée.
Le ciel, qui est le but qu'elle montre, ne disparalt-il pas avec le cristallin qui domine les autres sphères et leur imprime le mouvement? Les ennemis de la religion affecteront de ne plus voir en elle qu'une explication du monde. Il n'est pas de moyen plus assuré pour ruiner la religion dans l'esprit des hommes de notre temps, très justement épris de la science, que de représenter la religion comme une première tentative scientifique de l'humanité. Dans un livre auquel je ne voudrais pas faire une réclame, parce que je le considère comme séduisant et dangereux, VIrréligion de l'Avenir^y Guyau n'a pas d'autre principe : « La religion est la science naissante, et ce sont des problèmes purement physiques qu'elle a tout d'abord essayé de résoudre. » Personne en effet ne prendra au sérieux cette science primitive, ou plutôt ce premier balbutiement de la curiosité de nos ancêtres. Il sera facile d'ajouter que l'explication des actions des corps par les causes surnaturelles a cédé