‹ La méthode historiqueChapitre 27 sur 45 · éd., p · texte numérisé non relu

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à révidence des actions naturelles; la pseudoscience d'antan est caduque, et si la religion n'était pas autre chose, elle disparaîtrait en même temps. Op il est certain que plusieurs religions, que toutes peut-être*, excepté la religion chrétienne, sont étroitement enlacées de ce réseau léger, souvent charmant, qui est le mythe, et que tous les cultes, sauf le culte chrétien officiel, sont plus ou moins imprégnés de superstition ou de magie.

Or qu'est le mythe, sinon un rudiment d'explication scientifique, dans lequel les agents surnaturels remplacent les causes naturelles, animées ou mécaniques? Et qu'est-ce que la magie, si ce n'est une tentative d'assujettir ces forces surnaturelles à nos désirs? Le mythe et la magie sont bien, eux, la science primitive résolvant par la religion le mystère des causes, et voilà pourquoi cette science se trouve partout intimement mêlée aux religions fausses, tenant une grande place dans leurs livres sacrés.

Mais voilà pourquoi aussi les mythes et la magie sont exclus de nos Livres saints.

C'était donc une immense erreur d'une portée incalculable, que de supposer que la Bible contenait, elle aussi, un système scientifique du monde. C'était une erreur dans laquelle on se laissa en-

1. Le Boudhisroe occupe une place à part entre la philosophie et la religion.

traîner par attachement au péripatétisme qu'on avait soudé si étroitement à la doctrine chrétienne, non seulement par sa philosophie, mais encore par sa partie scientifique. Mais saint Augustin n'était jamais tombé dans cette erreur, et lorsqu'il se demande ce que c'est que d'aller au ciel, de s'approcher du trône de Dieu et autres expressions semblables, on s'aperçoit aussitôt que sa doctrine est purement spirituelle, nullement liée à un système scientifique du monde qu'il admettait peut-être pour son compte. Mais il avait une trop haute idée de l'enseignement divin pour admettre que Dieu, qui n'avait rien négligé pour nous fournir les connaissances nécessaires au salut, eût pris soin de nous enseigner ce qui ne nous servait pas pour le salut. Et nous retrouvons ici la pensée profonde du P. Lacômc. Si Dieu avait dû tabler réellement sur la science des Hébreux, il fallait donc qu'il s'appuyât sur l'erreur : le myth«, qui est la science naissante, s'introduisait de plainpied.Ou bien il fallait qu'il révolutionnât les têtes, qu'il obligeât ses prophètes à soutenir aux gens opiniâtrement que les étoiles étaient plus grosses que la lune, que la terre qui leur paraissait si bien assise, tournait avec une vitesse à leur donner le vertige. Ne valait-il pas mieux leur dire : ce soleil qui préside au jour, cette lune qui préside à la nuit, cette lumière qui traverse en un instant l'horizon,

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ces plantes, ces poissons, ces animani, Thomme même, c'est Dieo qni a tout créé.

En affirmant que la Bible ne contient aucune explication scientifique du monde, nous maintenons la religion dans la sphère d*où jamais la science ne la fera descendre. Car s'il est facile de sourire des bégaiements de lascience des Hébreux, il n'est pas aisé de montrer comment la science donne satisfaction aux aspirations de Tâme. Lorsque M. Branetière prononçait la faillite de la science, je ne pense pas qu'il voulût déprécier cette évocatrice et cette directrice du progrès matériel. On juge seulement qu'elle se hausse un peu trop au-dessus de sa vocation propre. Elle a cru que la religion était une science périmée, et qu'une science exacte pourrait bien du moins remplacer une science fausse. Les juges de Galilée n'avaient pas commis une erreur si lourde; ils croyaient seulement que la religion chrétienne avait sa cosmographie qui naturellement ne pouvait qu'être vraie. C'est pour avoir persisté dans cette voie, tout en montrant plus d'égards pour la science, que l'exégèse catholique a si mal manœuvré sur le terrain du premier chapitre de la Genèse.

11 faut chercher ailleurs. Nous avons déjà indiqué la voie. Désormais les rapports de l'exégèse et de la science proprement dite sont bien simples.

OU plutôt Texégèse scientifique doit simplement cédei* la place à l'exégèse historique.

Lorsque je faisais mes premières études bibliques, je n'étais pas peu effrayé du programme qu'elles comprenaient, et qui s'ouvrait par l'astronomie, la cosmographie, la géologie et la paléontologie. 11 fallait savoir tout cela, rien que pour expliquer à fond le premier chapitre de la Genèse. Oui, il faut savoir tout cela, mais comme le savaient les Hébreux, et leur science ne nous étant connue que par les Livres saints, l'exégèse se suffit à elle-même. Il reste, hélas! un assez vaste domaine, dont les horizons s'étendent sans cesse.

Et de la sorte, l'exégèse redevient une science indépendante, qui a ses règles à elle et qui n'a pas besoin pour marcher de suivre les bulletins du bureau des Longitudes. Du même coup elle revient aux sens obvies des Pères.

L'exégèse historique est très traditionnelle quand il s'agit d'expliquer la lettre. Toute la nouveauté consiste à réagir contre les errements du xix° siècle. C'est ainsi que les jours seront bien de vingt-quatre heures, comme tout le monde, excepté saint Augustin, a compris le texte, qu'il y a une chronologie biblique, et que, dans le récit du déluge, les mots tous les hommes et toute la terre, conserveront leur sens précis et naturel, enfin

la dispersion à la tour de Babel sera bien le résultat de la confusion des langues entre les constructeurs. Ce n'est pas un mince profit que de donner pleine satisfaction au sens obvie du texte, tel qu'on Ta toujours compris. A la vérité ce gain vous paraîtra peut-être trop chèrement acquis , car les résultats de la science demeurent, et si le concordisme n'est plus possible, c'est qu'il faut renoncer à prendre les faits dans leur réalité concrète, et pénétrer au-delà des apparences.

Aujourd'hui du moins est-on d'accord? Pas tout à fait. Tout le monde concède, carie Pape a parlé, que les écrivains sacrés ont pu s'en tenir aux apparences. Cela n'est pas contraire au principe de l'inspiration. Et comme cette solution est obvie, facile, qu'elle tranche tout et ne laisse pas de prise aux instances, on l'emploie toutes les fois qu'il n'entre en jeu qu'une vérité purement scientifique. Je crois que personne n'est disposé à soutenir que la Bible a rangé en toute exactitude le lièvre parmi les ruminants, ou que si le lièvre ne rumine pas, c'est donc un autre animal que veut désigner la Bible. Mais lorsqu'il s'agit de la cosmogonie et du déluge, on hésite à appliquer CCS principes, quoique Texégèse nouvelle fasse ici de rapides progrès. Si je ne me trompe, ce n'est point la science naturelle qui fait difficulté. Si les œuvres de la Cenèse n'étaient pas narrées dans un

certain ordre et n'avaient pas été encadrées dans les six jours, personne ne dirait que Dieu a fait le soleil au moment (?) où ses rayons ont peu à peu percé mieux les brumes quaternaires. Qui dit un ordre et qui dit six jours ne fait-il pas de Thistoire?

Et c'est pourquoi le P. de Hummelauer, après avoir raillé agréablement les concordistes, imagine un fondement de cet ordre et de ce chiffre dans des visions imaginaires. Tellement imaginaires que nous en sommes là.

La difficulté vient d'ailleurs. Elle ne tient plus à la science, mais à l'histoire. Nous devons donc la réserver pour une autre réunion.

MSTHODS HISTORIQUE.

Monseigneur ^, Messieurs,

Un des reproches qui sont le plus souvent proférés contre Fexégèse historique, c'est qu'elle verse dans le naturalisme. Les transformations successives de Texégèse au sujet de la législation mosaïque sont un terrain favorable pour étudier la valeur de ce grief. Que pensaient les Anciens du caractère de cette législation, qu'en pensent les modernes? Nous pouvons mesurer ici assez exactement comment la différence dans les conclusions est exigée par la méthode elle-même. Le code de Hammourabi nous fournira en chemin un utile point de repère.

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