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Sa Grandeur monseigneur Germain, archevêque de Toulouse

148 CmQUlÉME COriFÉRENCE.

Pour se pendre compte de Timpression que la législation mosaïque a faite sur les Pères, il faut se bien souvenir que les premiers chrétiens, les Orientaux eux-mêmes, étaient plus ou moins imbus de la culture grecque, les docteurs de FÉglise l'étant plus que les simples fidèles, et que tous jouissaient des bienfaits de la paix romaine; les persécutioDS elles-mêmes ne les empêchaient pas d'apprécier une administration qui devint avec Constantin une tutelle sympathique. Partout les vieilles coutumes sémitiques avaient cédé au charme de la Grèce ou à l'empire de Rome; les anciens monuments dudroit avaient disparu. Quand on étudiait la législation mosaïque, ce qui frappait surtout, et à juste titre, c'était son cachet divin. Le monothéisme en était la clef de voûte. Ce n'est même pas assez dire : tout y convergeait vers T unité de Dieu. Les lois touchant le culte et les cérémonies en formaient la partie principale, de sorte que la législation civile elle-même ne paraissait pas avoir d'autre but que d'entrer dans ce grand ensemble où rayonnait Dieu. Qu'on se souvienne aussi que plusieurs Pères admettaient une inspiration de l'Écriture assez voisine de la révélation, qu'en tout cas la révélation paraissait suggérée à chaque page du Pentateuque où l'on pouvait lire (( Dieu dit à Moïse », et que la législation civile elle-même, contenue dans ce qu'on nomme aujour-

d'hui le petit code de ralliance (Ex. xxi-xxiii, 19), débutait par ces mots : « Voici les jugements que tu leur présenteras » (Ex. xxi, 1).

On comprendra alors la disposition d'esprit d'un Origène. Il est impossible de pénétrer dans Tâme de ce merveilleux génie, si on n'a pas reconnu tout d'abord en lui Talliance si rare d'une raison toujours en éveil et d'une foi sincèrement éprise du mystère. Il cherche, il raisonne, il dispute, mais en même temps c'est un mystique qu'aucune idée commune ne satisfait et qui ne goûte que les choses divines. De sorte que pour lui la loi vient de Dieu, elle a été dictée par lui tout entière, révélée par luî, créée par lui pour son peuple, et dès lors il la veut pleine de pensées sublimes, d'enseignements relevés, un aliment pour les contemplatifs. Puis lorsqu'il l'envisage avec sa froide raison de Grec, lorsqu'il la compare à la loi romaine qui est aussi une raison, la raison pratique écrite, il y trouve des préceptes qui lui paraissent vulgaires, inférieurs à ceux que la raison avait su poser, indignes en tout cas des âmes éclairées par le Christ. Pour résoudre cette violente antinomie, il ne trouve qu'une ressource, c'est d'affirmer que la loi ne doit pas toujours être prise à la lettre. Il le dit nettement : « Si nous en venons à la législation mosaïque, nous y trouvons beaucoup de règlements qui, pris en eux-mêmes,

prescrivent Tabsurde et d'autres Tim possible. Si nous nous attachions à la lettre, de manière à interpréter les prescriptions légales dans le sens où elles sont comprises par les Juifs et par le commun des esprits, je rougirais d'avouer que Dieu eût donné de pareilles lois» Car, dans ce cas, les lois des hommes devraient nous paraître plus belles et plus raisonnables, celles des Romains, par exemple, des Athéniens ou des Lacédémoniens^ » Et encore : « Si nous ne prenons toutes ces choses dans un sens différent de celui que présente la lettre du texte, elles sont plutôt un obstacle pour la religion chrétienne, qu'une source d'édification ^. »

C'est pour ces paroles et pour avoir constaté clairement l'impossibilité d'entendre les récits primitifs comme une histoire ordinaire qu'Origène passe auprès de quelques-uns pour un rationaliste. Et en effet, jamais depuis lui jusqu'à nos jours, la raison n'a exercé sur la Bible une critique aussi pénétrante. Vous le voyez cependant, il ne donne pas tort à la Bible ni à son auteur divin ; au contraire, il veut que le divin irradie davantage. Plutôt que de retrancher quelque chose à l'action de Dieu, de la réduire à une approbation ou à une tolérance des mœurs existantes, il exagère la part

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