‹ La méthode historiqueChapitre 29 sur 45 · In Lev. boni. V, n · texte numérisé non relu

In Lev. boni. V, n

de rinvention divine. Puisque tout y est une pensée de Dieu, il veut que cette pensée soit digne de lui, et puisque le sens du texte est vulgaire, il refuse de le reconnaître pour celui de Dieu et il prend son refuge dans rallégorie. L'erreur d'Origène est donc d'outrer l'action innovatrice de Dieu dans la législation civile des Hébreux. Manifestement il suppose que les Hébreux n'existent pas comme peuple; ils vont naître peuple de Dieu, Dieu leur révèle du haut du ciel les coutumes qu'il leur destine en cette qualité, et Origène s'étonne qu'elles soient parfois inférieures à l'organisation pratique des Romains. Cette constatation est la part de sa raison, de sa raison qu'il sacrifie, et qui avait cependant bien vu. Par la polygamie du moins le peuple juif était inférieur aux Grecs et aux Romains dont l'honneur a toujours été de maintenir l'unité des justes noces, et chez lesquels le divorce, permis il est vrai, était considéré comme la déchéance des anciennes fortes mœurs.

Le maître d'Alexandrie et de Césarée ne péchait donc pas en relevant ces imperfections. Mais le remède de l'allégorie était inefficace, parce qu'il opérait dans le vide ; tout le monde le sentait. On refusa donc avec raison de suivre Origène dans cette voie, on prit un palliatif, on s'efforça d'atténuer les reproches qu'il adressait à la loi ancienne et de la rehausser. C'est ainsi que M^ Frep-

pel soutient encore que la distinction des aliments purs et impurs était une excellente mesure d'hygiène, et que Dieu avait bien pourvu par là à la santé de son peuple. Malgré tout, il restait des difficultés. L'honnête dom Calmet ne voulant pas renoncer à la perfection de la loi de Moïse, qu'il considérait toujours comme venue de Dieu en droite ligne, en est réduit à supposer des sens énigmatiques, ce qui revient à donner sa langue aux chats, car la loi d'un peuple n'est même plus digne de ce nom si elle se dérobe dans des obscurités voulues. Voici ses paroles : « Cette même majesté se rabaisse quelquefois à faire des règlements qui considérés en particulier et séparément neparaissent pas dignes d'avoir place dans ses lois; mais les ordonnances qui sous cette vue nous semblent indignes de Dieu, composent avec les autres Lois un corps de préceptes le mieux suivi et le plus grand qui ait jamais été donné aux hommes. Il y a plusieurs de ces Lois, dont la bassesse apparente nous choque, qui ne doivent pas être prises à la lettre, ni suivant la première signification qui S3 présente à l'esprit : elles ont un sens secret et énigmatique que la sagesse du Législateur a caché exprès, pour ne pas développer trop clairement certains désordres qu'il défendait ^. »

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