Appungunt desuper, quasi incredibile {Qiiœst. hebr
à la droiture qui est notre devoir. Au reste je souhaiterais adoucir l'impression produite par une constatation nécessaire, en montrant que si Vhistoire primitive n'est pas de l'histoire proprement dite, tout y est supérieur à ce qu'on trouve partout ailleurs et conforme à ce qu'exigeait la dignité de l'Écriture inspirée.
Entre le mythe, qui est l'histoire des choses, considérées comme des personnes et ensuite comme des dieux, et l'histoire proprement dite, il y a l'histoire primitive légendaire. Ici encore la mythologie a fait intervenir les dieux dont l'histoire se mêle étroitement à celle des hommes. La Bible fait intervenir Dieu. Cette unité est beaucoup. Ce ne serait pas assez si ce Dieu, pour être unique, n'en était pas meilleur, et s'il se conduisait sur la terre comme un des dieux de FOlympe. Je ne pense pas qu'aucun homme de bon sens puisse proférer ce blasphème. La question difficile des fils de Dieu n'atteint pas Thonneur de Dieu, car ils ne sont évidemment pas sur le même rang que lui. Les hommes aussi sont ses fils, et ce n'est pas une raison pour qu'ils partagent sa nature divine.
On se plaint que Dieu lui-même n'est pas assez transcendant; il est trop familier, il parle aux hommes, il ferme la porte de l'arche, il fait à Adam et à sa femme des tuniques de peau. Affaire de goût. Le lahvé des vieilles histoires, si sévère pour le pé-
ché, mais si bon pour les justes, me touche plus intimement que le sublime Élohim du Code sacerdotal. Dieu, étant infini, épuise nos manières de le concevoir et de le représenter. Il suffit qu'il paraisse toujours bon et juste, sage, et maître du monde. Ainsi se révèle-t-il dans la Genèse, et l'exégèse catholique peut en toute loyauté maintenir cette position. Il faut bien admettre le progrès dans les idées sur Dieu : on le touche du doigt dans l'Ancien Testament; mais il a porté beaucoup plus sur les attributs métaphysiques de Dieu que sur ses qualités de maître équitable de l'humanité.
Tel est un des acteurs de l'histoire primitive; mais que font les hommes, et possédons-nous des souvenirs historiques de ces temps reculés qui ont précédé Abraham? Nous avons déjà fait pressentir que cela était impossible. Il y a là une immense lacune. Le peuple qui nous fournit les documents les plus anciens, antérieurs de deux ou trois mille ans à Moïse, l'auteur biblique le plus ancien que connaisse la tradition — car il faut laisser au P. de Hummelauer le document adamique et le document noachique, destinés à remplacer le Jahviste et TÉlohiste des rationalistes, — ce peuple, dis-je, ne contient rien d'historique sur ces immenses périodes sombres, vraiment plongées dans la nuit du temps.
Pourtant on veut désespérémentremonterauxorîgines. Ce vide effrayant n'a pas arrêté Timagination audacieuse des Hellènes : on y a placé les Titans, les Géants et les demi-dieux ou les héros, la lutte de Zeus contre les Géants, les exploits d'Hercule ou ceux de Thésée, combien d'autres encore. Les Sémites se sont attachés à quelque chose de plus solide.
Bérose raconte comment le dieu poisson Oannès, par des apparitions successives, conduit les hommes à la civilisation ; puis il énumère des rois aux règnes très longs mais vides de faits. La Bible est encore plus grave, plus voisine de la réalité, je n'ose dire de l'histoire. Car lorsqu'on remonte par la pensée vers les origines de la race, les actions des individus dans l'histoire échappent tout à fait, tandis qu'on possède du moins les éléments de l'histoire de la civilisation; c'est son progrès luimême, ce sont les grandes inventions qui l'ont amené au point où Ton se trouve. Lorsque la Bible nous dit que les arts se sont développés peu à peu, que la vie nomade a pris sa physionomie propre, se distinguant de celle qu'on mène dans les villes, qu'on n'a pas toujours joué du kinnor et de la flûte, ni forgé l'airain et le fer... j'imagine que l'anthropologie lui rend pleinement justice et qu'il est impossible de concevoir autrement les origines et les progrès de la civilisation.
Est-ce donc de Thistoire, observée et transmise? Je ne puis Taffirmer, parce que l'histoire, ce que du moins on entend par Thistoire proprement dite, exigerait que nous connussions les circonstances, au moins le temps et le lieu. — Mais la Bible cite des noms propres. — Je Tai dit en commençant, ce n'est point assez, parce que ces noms propres revêtent une forme hébraïque, qui n'est donc point la leur, et qu'est-ce qu'un nom propre, dont la forme est altérée, dans cet océan des siècles? Et puisque les syllabes ne répondent plus aux syllabes, ni sans doute le sens au sens, que reste-t-il de la physionomie historique du fait? Comment peut-on voir là une réalité historique où la véracité de l'auteur sacré serait en jeu? Dans quelle mesure est-il de foi que Joubal a inventé la musique?
Et pourtant ces noms propres sont très intéressants à étudier. J'y vois souvent, et peut-être est-ce une marque admirable de la sagesse des écrivains bibliques, le nom même de l'objet inventé. Quoi de plus sobre en effet, de plus prudent, de plus solide, que d'affirmer que tel art, connu de notre temps, a commencé, et que la musique a été inventée par un musicien 1 C'est un mérite de ne rien dire, quand on ne sait rien. Les Grecs ne s'arrêtaient pas pour si peu. Cependant ils ont aussi connu ce procédé rudimentaire. Je répète ici les
exemples que j'ai trouvés dans Pline * : ce fut Closter qui inventa le fuseau (xXaxmQp, fuseau); Stapbylos (ffraçuX-^, grappe) mélangea Teau et le vin. La rame a été trouvée en deux endroits, le manche de Taviron à 0)paB (xoWy;, manche) et l'extrémité plate à Platée {izla-c-fi, plate). Cela peut même devenir une généalogie : dans Philon de Byblos le feu tire son origine de trois frères qui se nommaient Lumière, Feu et Flamme. C'est assez exact et cela ne trompe personne. Reportez-vous à la première histoire biblique. Je n'insiste pas sur le nom d'AbeI| qui signifie probablement pasteur. La première ville se nomme Hénoch, d un nom qui signifie dédicace. Qui n'a entendu parler de la trompette de jubilé, iobel?Le mot eoôe/ signifie en phénicien bélier. 11 y avait là un rapprochement très naturel : la corne du bélier servait d'instrument de musique. Est-il étonnant que Jabal soit le père des pasteurs, et Joub.il le père des musiciens? Le nom de Caïn signifie forgeron en arabe ; aussi fut-ce Tubal- Caïn qui inventa de forger les instruments. Par cette analyse, je ne crois pas ravaler la Bible. J'estime qu'elle est toute à son honneur.
Une histoire stiicte était impossible, et cependant il importait de montrer par une chaîne continue l'unité de l'histoire du salut. La Bible évite