‹ La méthode historiqueChapitre 8 sur 45 · Lux mundiyit · texte numérisé non relu

Lux mundiyit

matière littéraire. Et en effet, il est toujours possible que la pensée d'un grand homme n'ait pas été saisie dans les dernières nuances. Ni Platon, ni Xénophon n'ont exprimé toute l'àme de Socrate ; Xénophon, ce seront sans doute les Synoptiques, Platon sera son S. Jean. Nous avons nous-mème admis comme canon que les paroles et l'enseignement de Jésus ont pris nécessairement sous chaque pinceau une teinte particulière. Mais précisément parce que le peintre est porté à faire prévaloir sa cote personnelle, lorsque plusieurs peintres reproduisent les mêmes traits, c'est donc qu'ils sont entraînés par la réalité objective. Et ici les peintres ce ne sont pas seulement les quatre évangélistes, comme l'ont montré nos apologij^tes; c'est surtout cette foule obscure qui a gravé dans sa mémoire cet enseignement et qui a reçu cette empreinte. Dans cette collectivité il y a trop peu d'art créateur pour exagérer la cote personnelle ; elle est le meilleur garant de la fidélité du portrait qu'elle a reconnu. S'émanciper de ce principe, faire abstraction de ces traits généraux, c'est se mettre hors de la critique aussi bien que de la loi ecclésiastique. On en arrive à tracer le portrait d'un Jésus qui n'appartient même plus à l'histoire, tant il est placé en dehors de l'Église de son temps, qu'il s'agisse de l'Église juive ou de l'Église chrétienne, d'un Jésus qui est demeuré muet sur la vie

future, dont avait dû Tentretenir le moindre rabbi ergotant dahs les parvis d'Israël.

11 semble que je sors de la question puisque j'ai posé en principe au début la nécessité de se conformer à l'enseignement dogmatique actuel, et que je parle maintenant de l'Église contemporaine du N. T. Mais je suppose toujours que l'Église n'a pas varié essentiellement, et j'étais précisément arrivé à un point qui le met bien en lumière. Car Hamack ne prétend nullement que l'Église a mal compris le dogme fondamental de la divinité de Jésus. 11 en est réduit à soutenir que c'est Paul, que c'est Jean qui ont mal compris, et dès lors l'Eglise a donc bien interprété les textes. Avec une sagesse vraiment divine, l'Église a pris ici une position moyenne dont les Protestants ne comprennent pas toujours les avantages. Elle ne prétend pas que tous ses dogmes actuels soient dans l'Écriture, même dans leur germe premier, si par germe on entend une formule précise qui contienne vraiment le sens du dogme. Et par là elle enlève à ses théologiens la tentation de forcer le sens du texte pour y trouver le dogme, même avec ses formules actuelles. Si parfois quelques-uns cèdent à celte tentation, ce n'est point l'Église qui les y pousse ; elle est indemne de tout reproche à ce sujet. Mais elle a conscience de n'avoir reçu ni développé aucun dogme contraire à l'Écriture. Et cela serait en

effet une impossibilité morale, puisque les textes sont là pour résister. On sait assez qu^l est Tentralnement de la piété lorsqu'il s'agit, pense-t-on, de rendre plus de gloire à Dieu en donnant davantage à sa nature ou à son action dans les choses humaines. Pourquoi Fhérésie monophysite, si chèrement caressée des moines d'Orient, surtout en Egypte, si favorable en apparence au développement du mysticisme, a-t-elle finalement échoué? Elle s'est heurtée sans doute à la tradition, mais aussi aux textes formels, surtout à l'occasion de de la prière à Gethsémani, qui mettaient si parfaitement en relief la nature humaine du Sauveur. On pourrait citer maints exemples de ce genre. Je rappellerai seulement que S. Thomas après avoir nié tout progrès réel dans la science du Christ, — il paraissait plus pieux de lui accorder dès le début toute la science concevable, * — n'a pas hésité à se rétracter et à lui reconnaître une science acquise, de peur de ne pas donner satisfaction au texte de S. Luc : « Jésus croissait en sagesse, en stature et en grâce, devant Dieu et devant les hommes*. »

D'ailleurs, si je ne me trompe, nos positions sur ce point ne sont pas si mauvaises. Quelquefois, par. un retour de bon sens, les plus radicaux nous donnent raison. Car, en réalité, la controverse date

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