Découpés
398 CAUSES ET LOIS DE L'ÉVOLl'TIOX LITTÉRAIRE
pratique et terre à terre dominent, même dans les poèmes; on écrit des clironiques riraées ou bien une allégorie ingénieuse qui est un traité de politique à T usage des paysans et qui présente le gouvernement royal comme radmintstration d'un bon père de famille *.
Cette trêve dans les calamités de la France est malheureusement courte. Charles VI tombe en démence et avec ce fou couronné reparaissent les désastres de la guerre étrangère et les horreurs de la guerre civile. L'esprit de vertige, de folie, qui semble frapper Tépoque entière, se traduit alors en costumes de la fantaisie la plus outrée, de Tétrangeté la plus forcenée. On dirait une mascarade perpétuelle. Les hommes semblent déguisés en femmes. Ils s'affublent de robes qui ont douze aunes de long; ou bien, sautant h l'extrême opposé, ils portent des chausses collantes avec des manches qui traînent jusqu'à terre et des jnahoitres, destinés à faire les épaules plus larges que nature. Ceux-ci ont des habits brodés d'animaux du haut en bas; ceux-là se transforment en cahiers de musique ambulants ; ils étalent sur leur poitrine ou leur dos des notes que Ton peut chanter; ou bien encore ils sont tout bariolés d'inscriptions comme un monument égyptien. Leurs souliers sont, comme on dit, à poulaines^ c'est-à-dire qu'ils se terminent par des pointes qui ont deux fois la longueur du pied et qui se recourbent en corne, en queue de scorpion, en griffes diaboliques. On croirait parfois que les gorgones, les guivres, tous les monstres inventés et^prodigués dans les cathédrales par l'imagination des artistes se sont détachés de l'édifice et sont venus folâtrer parmi les humains. L'Église foudroie de ses anathèmes ces bizarreries, ces difformités, ces indécences. Monstrelet, le chroniqueur, écrit :
« En ce temps aussi, les hommes se prindrent a vestir plus court qu'ils n'eussent oncques fait, tellement que Ton voyoit les formes de leur corps, aussi comme Ton souloit* vestir singes, qui ' estoit chose très malhonneste et impudique; et si
1. Le vrai régime et gouvernement des bergers et bergères, composé par le rustique Jehan de Brie, le bon berger.