Ce qui
faisoient fendre les manches de leurs robes et de leurs pourpoints, pour montrer leurs chemises déliées ', larges et blanches; portoient aussi leurs cheveux si longs qu'ils leur empeschoient le visage, mesmement leurs yeux; et sur leurs testes portoient bonnets de drap, hauts et longs, d'un quartier ou plus. Portoient aussi, tout indifféremment, chaisnes d'or moult somptueuses chevaliers et escuyers, les varlets mesme, pourpoints de soye et de veloux; et presque tous, especialement es cours des princes, portoient poulaines a leurs souliers, d'un quartier de long, voire plus. Portoient aussi a leurs pourpoints gros mahoitres, pour monstrer qu'ils estoient larges par les espaules. »
Les femmes ne le cèdent point aux hommes. Leurs robes ont des queues d'une toise de long; leur coiffure est un énorme bonnet conique, c'est le fameux hennin^ qui les grandit de deux pieds, les force à se baissf r aux portes, à entrer de côté, parce qu'il est garni de deux larges oreillettes, et qui de plus s'agrémente d'un voile de dentelle tombant jusqu'aux pieds. Elles vont ainsi fières, décolletées, parées comme des châsses, et elles fournissent bientôt aux moralistes et aux prédicateurs le prétexte de véhémentes tirades. L'un, Nicolas de Clémengis, rappelle que d'ordinaire le diable est peint sous la figure d'une femme cornue. Un autre, dans un sermon, dénonce le hennin comme un danger public, et invitant tous les bons chrétiens à courir sus à cette coiffure démoniaque, il crie : Au hennin I Au hennin! comme il crierait : Au feu! ou : Au loup!
Ici, comme on voit, les modes, ainsi qu'il est arrivé souvent -au cours de notre histoire, provoquent et alimentent directement la verve des orateurs sacrés et des prêcheurs de morale. Mais, en outre, la littérature du temps a le même caractère de mensualité, de bizarrerie; elle est aussi fort préoccupée du diable ; la sorcellerie y tient une grande place ; dans les mystères, que les confrères de la Passion, amuseurs brevetés du roi et de la foule, jouent à Paris et ailleurs, non seulement Satan, Belzébuth et leurs pareils deviennent les favoris du public par leurs lazzi, leur accoutrement grotesque et leurs