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LA LITTÉRATURE ET L'ÉDUCATION PUBLIQUE LES ACADÉMIES, LES CÉNACLES

Nous avons tourné tout autour de la littérature pour étudier ses rapports avec les autres branches de la civilisation. Mais il existe aussi dans une société des institutions permanentes ou des groupements éphémères qui ont un caractère spécialement littéraire et qui, par conséquent, sont liés plus étroitement au développement de la littérature et de la langue. Il ne s'agit plus des salons et autres réunions mondaines dont nous avons déjà signalé TinQuence : nous voulons parler des établissements d'instruction, des Académies, des Cénacles.

11 n'y a pas lieu de montrer que ces trois espèces de choses suivent dans leur évolution une marche analogue à celle du mouvement littéraire; elles en font en effet partie intégrante; il suffit d'indiquer quelles impulsions elles donnent ou reçoivent tour à tour; comment elles modifient les œuvres d'une époque et comment elles en sont modiflées.

§ 1. — Si l'on veut un exemple frappant de l'action que l'enseignement et les méthodes qu'on y pratique peuvent exercer sur la littérature, on n'a qu'à regarder ce qui s'est passé au moyen âge. 11 est aisé d'y constater deux faits : le progrès très lent qu'y firent la philosophie, la connaissance du passé, et d'autre part, dans les écrits du temps, même les meilleurs^ le style lâché, la composition flottante, la prolixité, bref Yà peu près d'écrivains qui ne sont pas maîtres de leur métier»

Or ces deux faits pourraient bien tenir en grande partie au caractère qu'avaient alors les écoles.

La lenteur que les esprits mettent à faire des acquisitions nouvelles s'explique sans peine. Dans TUniversité de Paris, qui servait de modèle aux autres, la théologie avait la première place : c'était un arbre touffu et immense qui couvrait tout de son ombre. A entendre Erasme, les murs des collèges suaient la théologie. Et quelle théologie ! Elle ne ressemblait en rien à celle qu'on peut trouver de nos jours dans les chaires des Facultés protestantes ; elle ne recourait pas à l'étude des textes originaux ; elle ne songeait point à les interpréter en suivant leur genèse et leur histoire à travers les siècles. Elle se bornait à faire apprendre par cœur une quantité formidable de dogmes qu'il fallait commenter à perpétuité. Us étaient renfermés dans des manuels d'une masse aussi écrasante qu'imposante. La Somme de Saint-Thomas d'Àquin (je crois utile de rappeler que Somme signifie ici Abrégé) ne comprenait pas moins de dix-huit volumes in-folio ! On ne pouvait rien ajouter, rien retrancher aux articles de foi dont étaient bourrés ces énormes volumes. On ne pouvait discuter que des points de doctrine secondaires qui, non prévus ou n'ayant qu'une faible portée, n'avaient pas été fixés pour l'éternité. Dans ces limites, on usait et abusait de la discussion. Il semble que l'esprit d'examen se précipitât avec fureur dans la voie étroite qui seule lui restait ouverte. On s'enfonçail alors dans un labyrinthe de subtilités rebutantes. Dans un latin barbare, qui n'avait qu'une lointaine ressemblance avec la langue de Cicéron, on argumentait à perte d'haleine sur telle question oiseuse ou ridicule. Clément Marot dira des théologiens de son temps :

Ils nourrissaient leur grand troupeau de songes, D*u^rum, d'er^o, de qiiare, de mensonges.

Erasme, parmi les questions débattues, cite celles-ci * : « Cette proposition : Dieu le père déteste son fils, est-elle possible? Le Sauveur aurait-il pu prendre la figure d'une femme ou d'un

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