Discours à l'Académie française
4. De l'influence de V antiquité classique sur la littérature française pendant les dernières années du dix-huiti'eme siècle et les premières années^ du dix-neuvième, pp. 51-55. Lausanne, 1875. Depuis lors ce sujet a été repris par M . Louis Bertrand, sous un titre semblable, dans une thèse de doctorat. Bien que l'auteur m'eût demandé communication de mou livre épuisé en librairie, il a jugé bon de le passer sous silence. Je regrettequ'il m'ait forcé de réparer un oubli plus fâcheux encore pour lui que pour moi.
furent nourries de ces exemples d'héroïsme et de dévouement à la patrie si communs dans les républiques anciennes. Par lui fut éveillé dans les âmes un fanatisme nouveau de l'antiquité, qui n'allait plus chercher dans Plutarque ou Tacite des leçons de style, mais qui eu rapportait Tamour des institutions républicaines et Tenthousiasme de la liberté. L'histoire des autres peuples et des autres époques aurait pu servir de contrepoids. Mais on la laissait de côté, et HoUin déclarait même impossible de trouver quelques heures pour les consacrer à l'histoire nationale. De la sorte, l'enfant sortira du collège ignorant les institutions du pays où il doit vivre ; il ne saura pas ce que sont les Parlements ou les États généraux ; mais en revanche il pourra expliquer ce qu'étaient les éphores et les tribuns, raconter dans le plus grand détail ce qu'ont fait les Gracques ou César. Il n'a pratiqué que l'histoire ancienne et n'est-ce pas le cas de répéter : Timeo hommes unius Hbri, Ce ne sont pas des Français, ce sont des Grecs et des Romains que les collèges rendent à la société...
Quelle ne sera pas l'influence de l'antiquité sur des enfants naïfs, inexpérimentés, qui, pendant six ou sept ans, ont promené leur pensée du Gapilole au Parthénon ! « Oh ! la délicieuse étude que celle de ces anciennes histoires, s'écrie André Ghénier ' I Elles entretiennent le cœur dans une noble haine de la tyrannie. « Et ce n'est pas assez que les jeunes gens apprennent à vivre avec le vieux Caton, à mourir avec Socrate ou Léonidas. Il semble qu'ils soient ('>levés pour les orageux débats du Forum, pour les gloires retentissantes de la tribune. Us apprennent à parler au peuple avec les erateurs antiques, et Camille Desmoulins, sortant du collège, laisse voir l'impression qu'ils ont faite sur son àme ardente :
J'entends plaider encor dans le barreau d'Athènes : Aujourd'hui, c'est Eschine et demain Démosthènes ; Combien de fois avec Plancius et Milon, Les yeux mouillés de pleurs, j'embrassai Cicéron * l
On confie à la mémoire des écoliers ces harangues toutes brûlantes de passion, et ce n'est pas assez encore. On les fait orateurs. Il faut qu'ils combattent contre Philippe de toute l'énergie de leur parole ; il faut qu'ils s'emportent contre Antoine en invectives virulentes, qu'ils défendent leur vie, leur honneur, leur patrie. Comment ne pas s'exalter dans ces assauts d'éloquence ? Ils regrettent comme Rousseau, de ne pas être nés Romains. « Si j'avais vécu dans ce temps-là, écrit André Ghénier % je n'aurais point fait des Arts d'aimer, des poésies melles, amoureuses...