‹ La méthode scientifique de l'histoire littéraireChapitre 117 sur 135 · Namouna · texte numérisé non relu

Namouna

11 mérite explication. Le poète entend bafouer, j*imagine, dans ceB harangues d'apparat la pauvreté d'idées, Tabsence de sentiments forts et sincères. Mais cette nudité est parée de haillons multicolores; ce vide est enveloppé et masqué de circonlocutions [compliquées. Le style académique travaille trop souvent à dire des riens en termes solennels ou alambiqués ; il se prête à mille petites perfidies habilement déguisées; il est ennemi de la vigueur, de la simplicité, et il gâterait vite ceux qui le cultiveraient avec persistance.

On voit assez que les effets de l'Académie française sur la langue et la littérature réclament l'attention de l'historien. Encore n'avons-nous parlé que d'une seule compagnie littéraire ; et il en est d'autres qui ont joué leur rôle ou leur « rôlet ». Au moyen âge, quantité de villes en possédaient une; Toulouse avait déjà « ses jeux floraux », dont Ronsard et Victor Hugo n'ont point dédaigné de cueillir les fleurs symboliques ; Clermont, Rouen avaient leurs « puys » et le grand Corneille, avant de tenter fortune à Paris, brigua les couronnes de sa cité natale. Après la Renaissance, les Académies, venant d'Italie, pullulent en deçà des Alpes ; il y en a bientôt à Annecy, à Dijon, à Nancy. Ce sont en général de bonnes petites Académies modestes et discrètes, qui, comme les honnêtes filles, ne font pas parler d'elles ; mais il leur arrive de sortir de l'ombre par un coup d'éclat. L'Académie florimontane, qui s'est fondée à Annecy, donne Vaugelas à l'Académie française; l'Académie de Dijon provoque par deux fois l'éruption du génie de Jean- Jacques en proposant des questions d'une singulière gravité. De nos jours chaque province a voulu avoir son association locale; en Normandie, l'on s'est mis sous l'invocation de la Pomnip; les poètes du Midi se sont souvenus que les cigales étaient jadis chères aux muses; ils se sont appelés cigaliers et leurs fêtes n'ont pas été étrangères à la renaissance de la langue d'oc en notre siècle. Quelques-unes de ces confréries littéraires se rattachent au développement de notre théâtre. Les Enfanta Sans-Souci, les Confrères df' la Passion ne peuvent être passés sous silence par quiconque étudie les mystères ou les moralités d'antan. Nombre de cercles, dans l'époque contemporaine, ont repris la tradition et joué ou fait jouer de petites pièces qui,

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pi>ur une raison quelconque, n'auraient pas obtenu accès sur une grande scène. Enfin la Comédie- Française, exploitée sous le contrôle de l'Etat par une Société d'acteurs, a rempli une fonction analogue à celle de l'Académie ; elle a été, elle est encore, suivant une expression de M. Larroumel, « un conservatoire de chefs-d'œuvre et le régulateur de l'art dramatique ».

Je ne crois pas devoir insister plus longuement sur l'importance littéraire de ces institutions permanentes; je passe à cea réunions éphémères qui sous des noms divers, pléiade, cénacle, école, ne sont, pas moins dignes d'être regardées de près.

§3. Les cénacles, les écoles littéraires pourraient être déflnis : Ip contraire des Académies. Les Académies sont formées d'écrivains arrivés ou parvenus; elles représentent Tàge mûr et la vieillesse. Les cénacles sont composés d'écrivains qui entrent dans la carrière, qui se mettent en marche vers la gloire ; ils représentent la jeunesse. Les Académies ont par suite le respect de la tradition, le culte du passé, elles incarnent la coutume; les cénacles professent des idées neuves et révolutionnaires, ils s'élancent de toutes leurs aspirations vers l'avenir; ils sont les agents de la mode. Les unes retardent sur l'opinion moyenne de quinze à vingt ans; les autres sont en avance à peu près du même espace de temps. On peut aisément calculer l'écart qui les sépare.

Toutes les écoles littéraires qui se succèdent ont, malgré la diversité des théories qu'elles soutiennent, des caractères communs. C'est d'abord un dédain profond du passé le plus proche. La jeune génération, le jour où elle sent le besoin de quelque chose de nouveau, traite de haut la génération qui l'a précédée, et elle brûle sans pitié ce que celle-ci avait adoré. C'est l'usage en littérature qu'on hérite de ceux qu'on assassine, et les derniers venus ont beau profiter des travaux et des efforts de leurs devanciers immédiats, ils commencent le plus souvent par les condamner comme surannés, parles tuer autant qu'ils peuvent dans l'estime publique. Ingratitude naïve et cruelle, mais qui sera punie à son tour de la môme façon par une autre génération montante!

L'histoire fournit à foison les preuves de ces sévérités régii-

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