Voir le chapitre m de la troisième partie
OÙ celle qui régnait est détrônée et remplacée par une de celles qui la combattaient.
Pour saisir le jeu de ces mouvements qui se mêlent et s'entrecroisent, on est souvent obligé de sortir de l'époque qu'on étudie, de regarder ce qui la précédée et ce qui l'a suivie. La courbe d'un mouvement est plus facile à calculer, quand le regard peut l'embrasser sur une plus longue étendue. On est donc amené à replacer l'époque dont on s'occupe dans l'ensemble de révolution littéraire de la nation; à comprendre qu'elle est elle-même, à certains points de vue, partie intégrante de périodes plus vastes; quelle est seulement une phase dans la transformation incessante des êtres.
Je ne me dissimule pas que l'opération réclamée ici de l'historien est difficile et délicate; que la théorie peut en paraître vague et obscure. Un essai d'application est sans doute le meilleur moyen de donner un corps à ces abstractions.
Essayons donc de trouver la formule de l'époque qui va de 1661 à 1685 environ^ c'est-à-dire de relever dans les œuvres du temps les caractères qui s'y retrouvent soit toujours, soit le plus souvent, et de marquer, chemin faisant, lesquels sont en voie de se renforcer, lesquels sont en train de s'aflFaiblir. Il est entendu que nous supposons accompli le long travail préliminaire dont nous ne donnons que les conclusions.
La littérature d'alors nous apparaît d'abord comme une conciliation du génie antique et du génie français. Un équilibre s'établit entre la libre imitation des Grecs et des Latins et l'observation du monde environnant. L'élément ancien et l'élément moderne se fondent en un tout harmonieux.
La tragédie emprunte aux anciens les sujets qu'elle traite, les personnages qu'elle met en scène, la structure même qu'elle affecte; mais elle coule dans le moule d'autrefois des idées, des sentiments, des façons d'agir et de parler qui appartiennent au xvu« siècle. Phèdre a des remords de chrétienne, Andromaque des délicatesses et des coquetteries de princesse habituée à la vie de cour; Junie se fait vestale, comme une fille noble, ayant perdu son fiancé, entre en religion; Mithridate expire aussi majestueusement que mourra Louis XIV. La comédie.