Épiire à Monseigneur VÉvéque de Soissons
3. La critique de l'École des femmes. Voir encore la préface de Bérénice.
G. Renard. 30
466 (LVISES ET LOIS DE L'ÊVOLITION LITTÉRAIRE
liens de latinismes, et quand il résume àj' usage de son royal élève rhistoire de l'humanité, c'est le peuple romain qu'il comprend le mieux et admire le plus. En ce lemps-là, tel écrivain entre à l'Académie pour une traduction médiocre d'un médiocre auteur classique et tel autre est loué d'avoir su enchâsser dans son œuvre une belle sentence de Sénèque ou quelque délicate expression de Virgile.
C'est un caractère à peu près universel pour la littérature du temps d'être nourrie du suc de la littérature antique, sans en être étouffée ni alourdie. Dans le même ordre d'idées, voici un autre caractère qui n'est que général.
Les écrivains qui admirent si vivement les anciens dédaignent les modernes, crient arrière à l'Espagne et à l'Italie, ignorent l'Angleterre et l'Allemagne, effacent d'un trait de plume le moyen i\ge et même le xvr siècle. A peine si Boileau accorde à Villon et à Marot quelques maigres éloges qui encore portent à faux; il Iraite Ronsard et son école avec une insultante pitié ; et l'historien qu'il essaie d'être pousse un soupir de soulagement, comme un homme perdu dans la nuit qui voit poindre l'aurore, quand, dans sa course rapide à travers le passé littéraire de la France, il arrive ù Malherbe, son précurseur.
Enfin Malherbe vint...
On croirait vraiment que Malherbe a créé de toutes pièces la littérature française.
La plupart des Français de ce temps-là, avec un orgueil que justifie en partie la docile admiration des autres peuples, sont convaincus qu'avec eux commence une ère de grandeur et de perfection. Ils proclament hardiment la supériorité de leur goût comme Louis XIV la suprématie de la France. Les anciens mis à part, ils n'entendent relever que d'eux-mêmes. Loin d'imiter les étrangers, ils se flattent de leur servir de modèles. Bref, l'époque est française, très française; ses grands hommes sont pour la plupart du cœur de la France, de Paris, de la Champagne, du bassin de la Seine et de la Marne ; on imprime même alors un caractère national aux choses qui paraissent le comporter le moins. L'église catholique, bien qu'elle soit universelle par déûnition et tienne par conséquent à honneur de