DÉTERMINATION DES LIMITES D'UNE PÉRIODE LITTÉRAIRE
vie intellectuelle. L'histoire politique a d'ailleurs frayé la voie à rhistoire littéraire; elle a reconnu et vulgarisé, depuis longtemps déjà, ces larges divisions de l'évolution nationale et même européenne. Mais où la tâche devient plus malaisée, c'est quand il s'agit de les subdiviser. Faute de mieux, on s'est borné jusqu'à présent, sauf de rares exceptions, à grouper les faits par siècles : groupement commode, si l\)n veut, mais grossier et très artificiel. Il est bien rare qu'un mouvement d'idées finisse juste avec un siècle. Qui osera dire que le xvii" siècle se termine en 1700? Si l'on cherche un point d'arrêt naturel, un moment critique qui marque un changement grave dans les mœurs et la marche de la nation, force est de pousser jusqu'en 1715. La mort du grand roi est le fait décisif qui se dresse, comme une véritable borne, sur la route parcourue par le temps et- qui nous permet de dire : Ici un monde finit et un autre commence.
Voltaire, quand il mit en honneur l'appellation consacrée de « siècle de Louis XIV », eut au fond une idée heureuse. Sans doute, un siècle est un ensemble trop complexe pour être représenté par un seul individu. On peut dire, en modifiant légèrement le vers fameux du poète :
Non, un siècle n'est à personne...
Puis, cette désignation laisse encore à désirer au point de vue de la précision ; le mot de siècle est trop vaste ; le mot d'époque vaudrait mieux, à condition d'être précisé par les deux dates qui enferment le gouvernement personnel du Roi-Soleil (1661-1715). Du moins Voltaire semble-t-il avoir entrevu que les variations du goût littéraire se lient aux grands événements politiques, et aussi que dans une monarchie absolue la disparition du souverain est d'ordinaire le signal d'une réaction contre les idées et les pratiques du règne précédent.
La vérité est que, pour déterminer les périodes secondaires, il faut étudier avec un soin extrême l'histoire générale. Il est des cas où le cours régulier des choses est interrompu brusquement; où chaque génération veut un régime refait à son gré et brise d'un coup violent la chaîne des traditions. Ainsi, notre siècle est coupé, d'une façon si visible qu'elle crève, pour