PLAN GÉNÉRAL DE L'HISTOIRE DTNE LITTÉRATURE
ainsi dire, les yeux, par de grandes commotions nationales et internationales; sur le fond uniforme des années se détachent, éclairées d'une lueur plus éclatante, joyeuse ou sinistre, ces dates mémorables : 1815, 1830, 1848, 1870. Toute crise sociale étant un ensemble de crises individuelles, il v a bien des chances pour que la littérature ait subi le contre-coup des secousses qui ont ébranlé alors la société entière.
Ces dates se recommandent d'elles-mêmes à l'historien. D'autres fois, au contraire, il lui faut une attention méticuleuse pour saisir, sous une surface calme, le frisson presque imperceptible d'un ébranlement profond.
Je choisis pour exemple l'époque qui va de 1715 à 1789 et qui constitue le cœur même du xvm* siècle. Elle est tout entière une préparation de cette grande et multiple métamorphose qui s'appelle la Révolution. Elle est, dans le domaine des idées, une époque d'action, de combat. Elle remue toutes les questions et elle prend pour devise : En avant, en avant I C'est là ce qui fait son unité! Toutefois, dans le cours de ces soixante- ({uinze ans si pleins d'ardeur, d'élan, de foi en l'avenir, animés d'un si vif désir de changer les bases de la société existante, il y a un instant où les esprits conçoivent des pensées nouvelles et les cœurs des sentiments nouveaux. C'est aux environs de 1750. Aucune agitation ne révèle ce mouvement souterrain. Louis XV continue à régner. La France est alors offerte aux autres pays d'Europe comme le modèle des peuples paisibles et faciles à gouverner. Rien de bruyant qui sorte du train ordinaire des événements. Et pourtant, je le répète, nous sommes arrivés à une date importante, à un tournant du siècle.
C'est l'instant où la France, qui semble avoir dû ses dernières victoires à la vitesse acquise au siècle précédent, va déchoir de sa grandeur militaire; le traité d'Aix-la-Chapelle, signé en 1718, est pour elle une halte, présage d'une décadence prochaine. C'est l'instant où va se produire un schisme parmi les philosophes, où Rousseau va disputer à Voltaire la royauté des intelligences , où la sensibilité va s'opposer à la raison , où le courant négatif en matière religieuse va entrer en lutte avec un courant positif qui ramène les esprits vers le christianisme et les doctrines spiritualistes. C'est encore l'instant où les atta-