‹ La méthode scientifique de l'histoire littéraireChapitre 40 sur 135 · Expression dans les beaux-arts^ p · texte numérisé non relu

Expression dans les beaux-arts^ p

satisfactioDS que celles-ci réclament. Un roman, très moral, s'il n'émeut pas, s'il nous promène parmi des personnages et des événements qui ne sont ni vrais ni vraisemblables, n'est qu'une ennuyeuse inutilité et la plus fade des lectures. Ainsi encore un poème mystique ou un conte fantastique, s'il déroule un chapelet d'aventures extravagantes que ne rattache aucun lien logique ; s'il nous montre des êtres avec lesquels nous ne pouvons pas sympathiser, parce qu'ils n'ont plus rien de commun avec nous; si, au lieu d'être un prolongement ou une transfiguration du réel, il se met en pleine contradiction avec lui, ce n'est plus qu'une chevauchée dans l'absurde et dans l'impossible, la folle aberration d'un cerveau malade. « Je veux qu'un conte, disait Voltaire avec raison ', soit fondé sur la vraisemblance et qu'il ne ressemble pas toujours à un rêve. Je voudrais surtout que sous le voile de la fable il laissât entrevoir aux yeux exercés quelque vérité fine qui échappe au vulgaire... » Qu'est-ce à dire, sinon que les ordres inférieurs de beauté sont la base et par suite la condition d'existence des ordres supérieurs; que la beauté morale et la beauté idéale sont le couronnement d'un édifice qui peut se passer d'elles, mais dont elles ne peuvent point se passer?

Supposons après cela qu'une œuvre appartenant à un ordre supérieur soit supérieure elle-même dans cet ordre et qu'elle ait de plus à un degré élevé ou du moins suffisant les qualités d'ordre inférieur qui lui sont nécessaires ; nous pouvons dire qu'elle aura une valeur plus haute que les œuvres les plus parfaites dont la beauté serait purement sensorielle, sentimentale ou intellectuelle. On peut donc arriver de la sorte à un troisième classement qui complète les deux autres.

§ 7. — Nous n'avons rien dit encore de la forme, sinon qu'elle a une extrême importance, étant l'intermédiaire indispensable entre l'âme de l'auteur et celle des lecteurs ou auditeurs. À quels signes la reconnaîtrons-nous pour belle?

11 nous faut recourir à l'analyse externe cette fois et nous avons vu comment celle-ci peut, à coups d'interrogations redoublées, amasser une quantité de données aussi variées que précises.

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