‹ La méthode scientifique de l'histoire littéraireChapitre 47 sur 135 · Premiers principes · texte numérisé non relu

Premiers principes

bien vite que tous ces écrivains, qui furent contemporains, ont la phrase ample, périodique, largement déroulée, et l'on conclut sans témérité aucune que la prose oratoire, dans la seconde nK>itié du xviii' siècle, a joui d'une vogue éclatante.

Suit-on, durant quelques siècles le développement du vers français de douze syllabes; on remarque facilement que chez les poètes de la Pléiade il est souple, libre, aisé, qu'il se permet beaucoup d'enjambements et de rejets en môme temps qu'il est richement rimé ; qu'à partir de Malherbe et de Boileau, surtout au xvm* siècle, une césure presque immuable le divise en deux parties égales, tandis que la rime devient souvent pauvre et banale ; que les romantiques, en disloquant, comme ils disaient, « ce grand niais d'alexandrin », rendent à la rime une plénitude dé sonorité dont elle avait perdu l'habitude; que Musset semble, il est vrai, faire exception en lançant aux partisans de la consonne d'appui cette moqueuse profession de foi :

G*est un bon clou de plus qu'on met à la pensée;

mais qu'aussi ses vers, sauf dans ses poésies de jeunesse où il s'abandonne à sa fantaisie gamine, sont restés, bien plus que ceux de Victor Hugo ou de Sainte-Beuve, fidèles à la coupe classique. On est, par suite, amené à cette conclusion générale : que la richesse de la rime et la régularité de la césure ont été dans l'alexandrin en raison inverse l'une de l'autre. On est en présence d'une loi analogue à celle que la biologie appelle la loi de balancement des organes.

Les découvertes que l'on fait de la sorte sont d'importance inégale, mais de nombre indéflni. Pour en accroître le total, l'aide des sciences voisines est une ressource utile et permise. Toutes les sciences se touchent et se prêtent un mutuel appui ; aucune ne peut avancer sans que les autres profitent de ce progrès. Or, de nos jours l'homme est, si l'on peut s'exprimer ainsi, rentré dans la nature ; on a compris qu'il n'est pas isolé au centre de l'Univers; qu'il est soumis à des lois qui lui sont communes avec les êtres environnants. Il suit de là que l'histoire a plus d'un point de contact avec les sciences naturelles et que le développement de l'humanité, malgré sa complexité plus grande, peut être éclairci par ce que l'on sait déjà de

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