PLAN GÉNÉRAL DE L'HISTOIRE D'UNE LITTÉRATLRE
livres très estimables qui sont consacrés à un homme, à une époque', à une série d'écrivains ou au développement d'un genre littéraire. Mais, d'abord, ces études partielles forment un amoncellement de documents où le spécialiste a quelque peine à se débrouiller et où le grand public a toutes les chances de se perdre entièrement. Supposez, par exemple, qu'on veuille seulement lire tout ce qui a trait à l'école romantique et notez que ce n'est guère dépasser les limites d'un demi-siècle. Que d'ouvrages originaux à rassembler et à compulser tout d'abord ! Puis, quel entassement de lettres, de mémoires, d'articles pour ou contre, de brochures, de volumes! Quelle bibliothèque formidable et cosmopolite à former, à dépouiller, à classer ! Il faudra presque une vie entière pour connaître à fond une époque. Or, la postérité est pressée ; elle est emportée par un train de plus en plus rapide; elle est obligée, et le sera chaque jour davantage, de faire un choix parmi tant d'œuvres qui sollicitent son attention. Pensez au nombre de livres que chaque siècle ajoute à la masse des livres déjà imprimés I Comment nos descendants feront-ils dans trois ou quatre cents ans? On se #
plaint déjà du surmenage qui menace les jeunes générations. Que sera-ce en ce temps-là ? — Eh bien ! c'est à la science de guérir le mal que peut causer l'abus de la science. On connaît le mot de M"* de Se vigne sur les Essais de Nicole, qui lui semblaient trop délayés et un peu longs à déguster : « Je voudrais | qu'on en fît un bouillon pour l'avaler. » 11 faudra de même que
l'avenir fasse un consommé de toute cette nourriture intellec-
tuelle qui serait capable, sous sa forme présente, de surcharger
et de gâter l'estomac le plus robuste. Il faudra, en d'autres |
termes, une histoire qui condense les résultats de ces recherches
et qui, méritant le grand éloge que Mdirtèsquieu a fait do
Tacite, voie tout pour tout abréger.
Une autre" r5ts<5rrTOnd"cettfrkistoire générale indispensable. C'est que tout tient à tout. Une société est un être vivant dont toutes les parties sont solidaires les unes des autres. Un ouvrage, un auteur ne peuvent être compris isolément. Autour
1. Je cite volontiers comme exemple le livre de M. Georges Pellissier iatitiilé : Le mouvement littéi^aire au dix-neuvième siècle. Paris, Hachette,