Article « Larmes », dani le Dictionnait^e philosophique
bourgeois, avec Diderot, est sentimental et déclamatoire; le conte, avec Marmontel, devient pathétique et pleurard. Les larmes, Témotion, lamour ardent et exalté, rentrés dans le roman avec Manon Lescaut, v débordent avec la Nouvelle Hélolse. Rousseau dit en parlant de certaines lettres de Saint- Preux : <* Quiconque ne sent pas amollir et fondre son cœur dans Tattendrissement doit fermer le livre. » Les apostrophes, les élans passionnés, les effusions lyriques, les explosions d'éloquence, d'indignation, d'enthousiasme animent mille pages fiévreuses ; et si Temphase, les tirades creuses et sonores, les phrases ampoulées abondent également, si la sentimentalité fade et la sensiblerie fausse donnent une saveur écœurante à des ouvrages médiocres et gâtent cà et là ceux des meilleurs écrivains, c'est que, à toute époque, défauts et qualités sont intimement unis, c'est que toute forme d'esprit a, comme toute médaille, un revers et que ce revers est d'ordinaire la caricature de Tautre face. Michelet, à propos de Zaïre, écrit' : a L'âme française, un peu légère, mobile et refroidie par le convenu, l'artificiel, semble à ce moment gagner un degré de chaleur. » Ce qui était vrai dès 1732 Test bien davantage dans les soixante années qui suivent. Qui pourrait dire le déluge de larmes dont la France fut alors inondée? Il y a sous Louis XVI des pièces officielles qui commencent ainsi : « La sensibilité de mon cœur me porte à..., etc. » La Révolution fut le paroxysme, le déchaînement, l'éruption brûlante de la passion accumulée dans les cœurs, comme une lave volcanique, depuis plus d'un demisiècle.
Je ne crois pas avoir besoin de détailler davantage le rôle considérable que joue la sensibilité dans la deuxième moitié du xvm' siècle. Chercherons-nous maintenant quel a été le caractère principal du tempérament chez les personnages marquants de cette période?
Sans doute,, il y eut alors, comme toujours, bien des tempéraments divers et aussi, comme toujours, bien des honmies, singes d'autrui, qui affectaient les manières d'être à la mode. N'importe ! Il est aisé de noter chez la majorité de ceux qui ont