‹ La méthode scientifique de l'histoire littéraireChapitre 55 sur 135 · Histoire de France, vol. XVUI, p. 117. G. Rexahu · texte numérisé non relu

Histoire de France, vol. XVUI, p. 117. G. Rexahu

130 CAUSES ET LOIS DE L'ÉVOLUTION LiTTÉR.VrRE

agi le plus sur leurs contemporains une sensibilité extrême et souvent féminine. Les femmes, en tout temps, sont plus sensibles, tout au moins plus expansives, que les hommes; mais, en ce temps-là, elles sont plus que jamais exaltées, romanesques. Quand Bernardin de Saint-Pierre a publié ses Etudes de la Nature, une jeune fille de Lausanne, dans un accès d'admiration, lui écrit pour lui offrir sa main. « Je veux avoir, dit-elle, un mari qui n'aime que moi et qui m'aime toujours. » Elle ajoute naïvement qu'elle est belle et riche ; mais elle veut que Télu de son cœur se fasse protestant, et cette pieuse exigence met fin au roman ébauché. Chaque fois qu'une jeune femme est présentée à Voltaire, devenu le patriarche de Ferney,ilest d'usage qu'elle pâlisse, tremble, frissonne, se trouve mal en l'apercevant. S'il faut en croire M"* de Genlis*, « on se' précipitait dans ses bras, on balbutiait, on pleurait, on était dans un trouble qui ressemblait à Tamour le plus passionné ». Eh bien! les plus grands hommes ont alors des transports pareils. Voyez Diderot. En un clin d'œil, il s'anime, s'allume : c'est un volcan qui toujours gronde, fume et bouillonne ; son cœur est dans une perpétuelle fermentation. Voltaire l'appelait Pantophile, et, en effet, il s'éprend de tout, admire tout, s'attendrit sur tout. Il lit un roman de Hichardson, et il pleure; il assiste à une comédie, et il pleure; la tsarine Catherine II lui adresse un mot d'amitié et il pleure. Son ami Sedaine vient d'avoir un succès au théâtre : Diderot court chez lui, l'embrasse, veut le féliciter; mais la voix lui manque et les larmes lui ruissellent le long des joues.

D'autres sont encore plus faciles à émouvoir que lui. Il en est qui sont vraiment martyrs de leur sensibilité, qui en souffrent cruellement, qui sont, comme la sensitive, froissés et blessés par le contact le plus léger. C'est le cas bien connu de J.-J. Rousseau. On sait assez que cet excès de nervosité tourna vers la fin à la maladie mentale. Mais il n'est pas seul de sou espèce. Bernardin de Saint-Pierre est, comme lui, victime d'une sensibilité trop vive, et il le sait si bien qu'il fait cet aveu significatif : « Une seule épine me fait plus de mal que l'odeur de cent roses

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