Considérai ions sur V Histoire de France, ch. iv
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de tout cela, mais ce qu'il y a de vivant pour l'imagination sous celte écriture morte, mais la vue de la société elle-même et de ses éléments divers, soit jeunes, soit vieux, soit barbares, soit civilisés, leur échappe, et de là résultent les vides et l'insuffisance de leurs travaux. Cette vue, nous Tavons acquise par nos propres expériences, nous la devons aux prodigieuses mutations du pouvoir et de la société qui se sont opérées sous nos yeux; et, chose singulière, une nouvelle intelligence de l'histoire semble naître en nous, à point nommé, au moment où se complète la grande série des renversements politiques, par la chute de Tempire élevé sur les ruines de la République française, qui avait jeté h terre la monarchie de Louis XVI. »
E{\ même temps que le sens historique s'aiguisait ainsi, des idées inconnues surgissaient ; des émotions nouvelles, matière littéraire s'il en fut, sollicitaient les écrivains. Les âmes n'ont pas été vainement agitées par de pareilles secousses. Tant d'existences bouleversées; tant de vieilles institutions jetées à bas; tant d'exemples éclatants des vicissitudes de la fortune; un lieutenant d'artillerie devenu empereur, presque maître du monde, et, après cette prestigieuse épopée, allant s'éteindre misérablement dans une île perdue de l'Océan ; des rois décapités, détrônés, chassés, remplacés par des lils d'aubergistes et des officiers d'aventure; l'Elurope entière partagée, remaniée, des populations entières passant d'un maître à l'autre comme un bétail ; voilà certes un amas de choses tragiques qui trouble, étonne, force à réfléchir, à s'interroger, à scruter les mystérieux replis de l'âme et de la société humaines, à chercher les ressorts secrets, les causes obscures des événements. Sans doute la génération qui a été à la fois témoin, auteur et victime de cette Révolution n'est pas celle qui pourra profiter des ouvertures que cette grande rupture de traditions a faites en tout sens. Pour admirer un ouragan, pour en sentir l'épouvantable et sublime majesté, il ne faut pas être livré soi-même à sa fureur, forcé de combattre les vagues sans relâche, ea danger de périr à chaque instant. Mais qu'on le voie du rivage ou qu'on la revoie par le souvenir, c'est alors qu'on en peut apprécier l'horrible beauté, c'est alors qu'on peut songer aux moyens de la rendre sensible aux autres. Il faut du temps à l'épouvante, à
rhorreur, au saisissement, pour se transformer en impressions artistiques.
Voilà pourquoi ceux qui ont vu de près ces grandes tempêtes sociales, qui en ont fait partie, qui ont senti la terre trembler sous leurs pieds et la foudre gronder sur leur tête, ceux-là ont été comme atterrés, écrasés par ce cataclysme inattendu. Quand ils se reprennent à vivre et à combattre, leurs écrits trahissent le contre-coup de ce qu'on a énergiquement nommé « la peur rouge ». C'est une aversion passionnée des hommes et du régime dont ils ont subi la domination; c*est une réaction violente contre les principes qui ont eu un triomphe éphémère; c'est un violent effort de pensée pour les déraciner de Tesprit des autres. Une révolution est ainsi un tournant dans l'histoire des idées d'un peuple. Elle marque une orientation nouvelle chez beaucoup de penseurs; elle coupe souvent en deux parties qui s'opposent de façon presque complète leur vie intellectuelle. Ils peuvent, quoique ce soit assez rare, reconnaître dès l'abord la grandeur de la tragédie où ils ont été enveloppés; ils y verront même parfois je ne sais quoi de vertigineux et de surhumain ; mais pourtant, soit effarement prolongé, soit bouillonnement excessif de colère et de haine, leurs sentiments ont grand peine à se traduire en beaux développements littéraires. Et ce sont, d'ordinaire, d'autres hommes venus plus tard, quand le péril était passé, quand le ciel était rasséréné, qui ont été inspirés, stimulés, élevés au-dessus d'eux-mêmes par la vue lointaine de ce déchaînement gigantesque. Les faits ont eu besoin de passer par la mémoire pour enQammer les imaginations. Ainsi la Révolution, qui ne fut pas et ne pouvait pas être une grande époque littéraire, est pourtant le point de départ d*une ère nouvelle en littérature.
§3. — Il n'est pas nécessaire d'évoquer ces perturbations violentes pour mettre en lumière la liaison perpétuelle de révolution politique et de l'évolution littéraire. Elle est facile à constater en toute époque.
Si le pays traverse une période de compression, non seulement Tautorité triomphe dans tous les domaines, du moins tant que le pouvoir réussit dans ses entreprises : c'est ce qui s'est produit dans la partie brillante du règne personnel de
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Louis XIV ; mais de plus certains genres sont étouffés ou gênés. Cherchez par exemple en ce temps-là des livres où Ton examine et discute les principes ou les actes du gouvernement. Vous ne trouvez que l'ouvrage de Bossuet : La politique tirée den propres paroles de l'Ecriture Sainte, Et ce n'est qu'une apologie de ce qui existe, un panégyrique sans réserves de la royauté de droit divin. Mais de discussion, point! Toute tentative d'élever la voix sur les affaires publiques était sévèrement interdite. La peine de mort fut prononcée contre je ne sais plus quel auteur d'écrit séditieux. S'il s^imprime des pamphlets, ils paraissent hors de France, à Genève ou en Hollande. Les faits les plus graves, qui en d'autres moments auraient amené des controverses passionnées, s'accomplissent en silence. La paix et la guerre sont décidées à la muette. Ainsi encore, lors de la révocation de l'édit de Nantes, les efforts des pasteurs pour arriver jusqu'au roi furent vains pour la plupart. Un d'entre eux obtint cependant un jour l'insigne faveur d'être écouté et le roi avoua qu'il n'avait jamais ouï parler si bien; mais cela ne l'empêcha pas, quelques mois plus tard, de donner quinze jours aux ministres de la religion prétendue réformée pour quitter le royaume, de faire condamner aux galères ou à mort ceux qui s'obstinaient à rester, et de faire couvrir par le roulement des tambours la voix de ceux qui, du haut de l'échafaud, essayaient de haranguer la foule. Comment l'éloquence et la science politiques auraient-elles pu se développer dans de pareilles conditions?
Mais, sans sortir de la littérature pure, il est un genre qui a souvent pâti de l'humeur intolérante des hommes au pouvoir. C'est le théâtre. L'art dramatique est asservi de tout temps * par les classes dominantes et en Grèce, dans l'Inde, comme dans l'Europe du moyen âge, le clergé a confisqué longtemps à son profit ce merveilleux véhicule de sentiments et d'idées. Il n'est pas étonnant que les puissants du jour, rois, souverains ou ministres, le tiennent sévèrement en bride. François 1*', qu'une flatterie décidément excessive a surnommé le Père des Lettres, mais qui fut un père fort impérieux, mécontent des
!• Voir Letourneau. L'évolution littéraire dans les diverses races humaines^ p. 532. Paris, Battaille et C>«, éditeurs, 1894.
railleries que les auteurs de farces et de moralités n'épargnaient pas aux scandales de sa cour et aux dilapidations des favoris et favorites, rendit un édit «fui interdisait sous peine de la hart toute allusion aux affaires publiques. Or, la crainte d'élre pendu modère singulièrement Tcnvie de rire, et c'est ainsi que le Père des Lettres acheva de tuer le théâtre qui avait fleuri au moyen Age.
Combien de fois, depuis lors, la censure n a-t-elle pas eu le môme effet meurtrier? La chose crève les yeux sous le premier Empire, qui est peut-être dans notre histoire Tépoque du de^^potisme le plus complet et le plus brutal. Napoléon, à Sainte- Hélène, écrivant pour la postérité et plaidant sa cause sans en avoir Tair, se vante d'avoir récompensé tous les mérites, encouragé le libre développement de toutes les facultés. S'il était sincère, il se faisait une étrange illusion. La vérité est qu*il a fait peser sur les esprits un joug intolérable. Les tragédies qu'il aimait, c'étaient celles qui pouvaient créer des soldats, lui fournir des recrues, exciter l'amour de la gloire militaire, ce qu'il appelait lui-même « de bonnes pièces de quartiergénéral ». Pour les autres, il n'avait que défiances, menaces et mauvais procédés. Il divSail de Corneille : u Je l'aurais fait prince » ; mais il disait aussi : « Je n'aurais pas laissé jouer Tartufe. » Peut-être n'eût-il pas laissé jouer non plus les P/a*deurs. Picard, le meilleur auteur comique du moment, s'était permis de ridiculiser des auditeurs au Conseil d'État. 11 fut invité à ne pas mettre en scène des fonctionnaires. Napoléon et ses censeurs sont à l'affût de la moindre allusion. Un certain Brifaut avait fait une tragédie dont l'action se passait en Espagne, et l'Empire français était en guerre avec l'Espagne. On le pria de transporter la scène ailleurs ; l'auteur obéit; il s'enfuit jusqu'en Babylonie, dans les temps les plus reculés, sous le règne de Ninus II, et, pour le dire en passant, rien ne montre mieux le peu de souci qu'on avait alors de l'exactitude historique; on pouvait conserver une pièce telle quelle en changeant le titre et les noms des personnages. Je crois que le Cid^ coupable de célébrer un héros espagnol, eût fort risqué d'être arrêté au passage, si Richelieu eût été aussi ombrageux que l'Empereur.
Les- aventures du même genre abondent*. Alexandre Duval, auteur et acteur, voit pleuvoir sur lui les interdictions. Il compose un drame intitulé \a Jeunesse de Charles IL Mais Charles 11, c'est un Stuart restauré; on songera aux Bourbons. Prière, c'est-à-dire ordre au poète de ne pas éveiller ces pensées fâcheuses. En vertu du système ci-dessus indiqué, son drame devient alors ]a Jeunesse de Henri V. De l'an 1600, nous sautons à l'an 1413. Il y a bien quelques inconvénients à reculer ainsi de deux siècles et demi. Il est question dans la pièce de montre et de pistolet, engins qui avaient le tort de n'être pas inventés au quinzième siècle. Mais qu'importaient ces détails 1 L'ordre social était sauvé. — Le même Alexandre Duval fait jouer une autre pièce intitulée : Guillaume le Conquérant, Cette fois, le sujet est agréable en haut lieu. Napoléon n'avait- il pas rassemblé au camp de Boulogne une armée destinée à conquérir l'Angleterre? Si seulement le poète voulait profiter de l'occasion pour faire l'éloge du nouveau conquérant et lui prophétiser le succès, tout serait pour le mieux. Mais le poète s'obstine à garder le silence sur ce point. Silence criminel! La pièce fut interdite après la première représentation, et l'auteur, harcelé de tracasseries sans nombre, dut se résigner à quitter la France.
Népomucène Lemercier se heurte à des obstacles aussi insurmontables. Il compose une pièce dont Charles VI est le héros. Mais un roi fou! Cela compromet la majesté royale et toutes les Majestés, royales ou impériales, sont solidaires. La pièce est interdite avant la première représentation. Une autre fois, le poète veut porter Charlemagne au théâtre. Charlemagne est de circonstance. Napoléon, encore consul, rêve d'être bientôt un nouveau Charlemagne, sacré, lui aussi, par le Pape. Mais quoi! On demande à Lemercier une petite complaisance. Qu'il daigne placer quelque part une députation venant offrir la couronne au futur Empereur. Chacun comprendra à demi-mot cette scène à double entente. Le poète refuse, il sera dès lors persécuté; sa maison sera démolie; il n'a plus qu'à se taire et à Napoléon,
1. Consulter à ce sujet Merlel: Tahleau de la littérature française (1800 1815), et Jullien, Histoire de la poésie à l'époque impénale.
qui lui demande pourquoi il ne fait plus rien, il répond par ce mot hardi : « Sire, j*attends. »
11 y a mieux encore. Raynouard écrit une pièce patiemment étudiée : Le$ Eiatt de Blois. 11 9*est efforcé d'y faire revivre Tépoque tourmentée de la Ligue. Elle est interdite, et voici en quels termes Napoléon motive cette mesure : « L'auteur a fait d'Henri IV un vrai Philinte et du duc de Guise un Figaro : ce qui est par trop choquant. Car le duc de Guise était un des plus grands personnages de son temps, avec des talents supérieurs auxquels il ne manqua que d'oser pour commencer dès lors la quatrième dynastie. D'ailleurs, c'est un parent de rhnpéralricey un prince de la maison d^Autnche^ avec qui nous sommes en amitié et dont r ambassadeur était présent ce soir à la représentation. » Ce dernier motif est une véritable trouvaille. Je ne crois pas que dans Thistoire de la censure, si riche pourtant en sottises, on puisse trouver allégation plus baroque ou plus hypocrite. 11 ne restait après cela aux pauvres auteurs dramatiques qu'à cesser d'écrire ou à s'exiler. Et c'est ce que firent tous ceux qui avaient au cœur quelque sentiment d'indépendance.
Je ne parle point des orateurs réduits au silence par la suppression de la tribune et des délibérations publiques ; des journalistes privés de débouchés par la suppression des journaux: des historiens, qui doivent suivre le plan qu'on leur trace, s'enthousiasmer et s'indigner à point nommé, sous peine d'être (admirable expression de l'Empereur!) « découragés par la police ».
Les plus grands écrivains n'échappent pas à cette haine du sabre pour la pensée. Chateaubriand avait commencé par être assez bien accueilli du terrible maître que la France s'était donné. Mais, en 1807, il écrivait au Mercure les lignes suivantes : « Lorsque dans le silence de l'abjection l'on n'entend plus retentir que la chaîne de l'esclave et la voix du délateur; lorsque tout trenable devant le tyran et qu'il est aussi dangereux d'encourir sa faveur que de mériter sa disgrâce, l'historien paraît, chargé de la vengeance des peuples. C'est en vain que Néron prospère ; Tacite est déjà né dans l'Empire ; il croît inconnu auprès des cendres de Germanicus et déjà Tintègre
Providence a livré à un enfant obscur la gloire du monde. » Dès lors c'est un ennemi qu'il faut frapper. L'occasion ne se fait pas trop attendre. Ëlu membre de TAcadémie française, il avait écrit dans son discours de réception cette phrase, en faisant, suivant l'usage, l'éloge de son prédécesseur qui était Marie- Joseph Ghénier : c< La liberté est si naturellement l'amie des sciences et des lettres qu'elle se réfugie auprès d'elles, lorsqu'elle est bannie du milieu des peuples. » 11 avait eu beau prendre ses précautions, mêler à ses paroles un hommage à César; quand- l'Empereur eut entre les mains le discours qui devait lui être soumis avant d'être prononcé, il entra dans une colère frénétique, il s'écria, en s'adressant à l'auteur, comme si l'auteur eût été présent : « Sortez de mon Empire, si mes lois ne vous conviennent pas... » Et, quant au malheureux discours, voici ce qu'en dit Chateaubriand : « M. Daru me rendit le manuscrit çà et là déchiré, marqué ab irato de parenthèses et de traces au crayon. L ongle du lion était enfoncé partout et je croyais le sentir dans mes flancs... » Ai-je besoin d'ajouter que le discours ne fut pas prononcé? Mais le dénouement de l'afTaire est bien remarquable. « On avait copié le discours au château, dit encore l'auteur des Mémoires d' outre-tombe. Quelques phrases y furent supprimées, d'autres interpolées, et peu de temps après il parut dans les provinces imprimé sous cette forme. »
M"**' de Staël ne fut pas mieux traitée. Elle avait un double tort ; elle aimait la liberté ; elle avait en littérature des opinions qui ne portaient pas l'estampille offlcielle. 11 y avait en ce temps-là une douane littéraire. Une brochure de Schlegel, qui n'était pas assez favorable à la Phèdre de Racine, était arrêtée à la frontière. Napoléon rêvait pour les idées une sorte de blocus continental; défense leur était faite de circuler. Aussi, quand M"*" de Staël écrivit son livre De V Allemagne, où elle soutenait des théories peu classiques, où elle rendait justice à un peuple en guerre avec la France, les ciseaux des cense»»^ commencèrent par pratiquer d'abondantes coupures, et, comme^ cela ne suffisait pas encore, le livre fut mis au pilon et l'auteur prié de s'exiler.
Est-il utile d'insister davantage? On demandait en ce temps-
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là à Sièyes « à quoi il pensait ». Il répondit : « Je ne pense pas. » Toute Tépoque a fait comme lui ou du moins a dû s*en donner Tapparence. Aussi quoique plusieurs causes aient concouru à la stérilité littéraire et philosophique dont elle a été frappée, faut-il, pour une grosse part, en faire remonter la responsabilité à Faction désastreuse d'un despotisme tracassier et trop averti par une expérience récente de là puissance de l'idée pour n'en pas entraver l'expansion.
Quand la littérature n'est pas ainsi émasculée par la volonté de fer d'un maître absolu, elle prend, du moins, sous un régime de compression, des caractères particuliers. Elle peut sans doute avoir un aspect florissant, tenir dans les préoccupations du public une place plus grande qu'aux époques où l'attention est distraite par les intérêts vitaux de la vie nationale. Mais elle s'abaisse, s'avilit, se vide de pensée, se dégrade au rang de simple amuseuse. On le vit bien sous le second Empire, copie et parodie du premier. Dans le silence de dix ans, imposé par l'homme du Deux-Décembre aux écrivains indépendants, ce qui est encouragé par le nouveau souverain et par la société positive et affamée de plaisir, qu'il représente sur le trône, c'est la presse à commérages et à scandales, c'est le i-oman sensuel Ou purement romanesque, ce sont les fantaisies frivoles ou pimentées d'un dilettantisme indifférent à tout, sauf au succès et aux questions de forme. Victor de Laprade, spectateur écœuré de cet avachissement littéraire, le flétrit en ces termes :
Le réel avant tout... Fi du vieil idéal! Donnez à vos romans une odeur d'hôpital ; Faites-en des charniers peuplés de bêtes fauves : Allez fouiller du uez dans toutes les alcôves ; Peignéz-nous chaque ulcère et chaque exploit galant, Comme dit le critique, u en style truculent »; Et pour féconder l'art dans ce nouveau domaine Traînez tout le fumier de la nature humaine.
Ailleurs dans un dialogue satirique, où il ressuscite les bergers de Virgile, il fait dire à Tityre :
Quel air faut-il jouer et sur quel instrument?
1. Poèmes civiques. Les Muses d*Etat, p. 3. Paris, Librairie académique,