‹ La méthode scientifique de l'histoire littéraireChapitre 72 sur 135 · Idem, Vkg^ d'or, p · texte numérisé non relu

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Et Daphnis lui répond :

Mon Dieu! rien de trop neuf. Laissant là ta morale,

Tu peux, comme au vieux temps, chanter la pastorale.

Les roses, le sainfoin, le pasteur Gorydon,

La belle Amaryllis et son moi abandon,

Le miel de Tàge d'or, les jeux dans les prairies...

Tous nos hommes d'État aiment les bergeries ;

Rien de tel pour calmer les noires passions

Et nous donner Thorreur des révolutions.

Mais ne va plus, au moins, te perdre dans les nues,

A travers tes forêts, tes cimes inconnues,

Où dans Tair libre et pur les aigles font leur nid,

Où Ton fuit les tyrans jusque dans Tinflni,

Où la liberté gronde avec les avalanches...

En pareille circonstance, il y a toujours une littérature française hors de France, une littérature de proscrits. Elle porte dans les pays hospitaliers où elle reçoit accueil la langue, les goûts, les idées de la mère patrie, et en même temps la haine du régime, quel qu'il soit, qui la force à se développer sur le sol étranger. Par là même elle propage autour d'elle et en France aussi, où elle pénètre en contrebande, Tamour passionné de la liberté, ou tout au moins de la tolérance. Elle est en général d'une extrême virulence, témoin les pamphlets des Réformés au lendemain de la Révocation de TÉdit de Nantes ou ceux de Victor Hugo après le coup d'État de 1851. Elle est mélancolique, parce qu'elle trouve amer le pain de Texil, et cependant consolée par le tenace espoir d'un retour triomphant dans le pays natal , encline même aux prophéties qui annoncent aux vainqueurs une expiation prochaine et terrible. Enfm elle est le trait d'union naturel entre la pensée française et celle des autres nations", elle devient le fîl conducteur par où passent au-dessus des frontières ces subtiles influences qui circulent invisibles comme un fluide électrique et vont à distance modifier les esprits; elle est en un mot l'agent le plus actif de la pénétration mutuelle des littératures et des races. Tel est le rôle qu'ont joué, dans les deux siècles qui ont précédé le nôtre, les réfugiés protestants, et dans notre siècle, après chacune de nos révolutions, les émigrés, les bannis de la monarchie, de l'Empire, de la République, tous ces essaims jetés et dispersés sur la surface du

monde par le peuple qui exile le plus, sans doute 'parce qu'il est celui qui émigré le moins .

Quant aux écrivains qui restent dans le pays, c*est, suivant les caractères, ou une adulation qui va jusqu'à la servilité ou un effort d'adresse pour insinuer une partie de leurs convictions secrètes. Ainsi au temps de Louis XIV, la flatterie se gonfle en h^'perboles énormes, quand Boiieau s*écrie :

Grand roi, cesse de vaincre ou je cesse d'écrire ;

quand l'Académie met au concours ce sujet : De toutes les vertus du prince laquelle mérite la préférence ; quand la même Académie reçoit comme un de ses membres, le duc du Maine, âgé seulement de treize ans, mais bâtard du roi; quand Racine l'assure que, s*il n'y eût pas eu de place vacante, chacun des académiciens existants aurait été heureux de mourir pour lui en faire une.

Ces flagorneries renaissent dans les platitudes ofncielles,qui, au temps de Napoléon P', sous le titre de cantates, d'épithalames, de dithyrambes, célèbrent victoires, mariages, naissances princières avec le même enthousiasme de commande. N'y eut-il pas un professeur pour appliquer vers par vers au roi de Rome la quatrième églogue de Virgile et pour annoncer au monde le retour de l'âge d'or ramené par cet enfant miraculeux?

Mais ceux qui gardent un peu plus de flerté ou qui ont des idées et ne veulent ni les taire ni les trahir, que feront-ils? Ils chercheront mille moyens détournés pour faire entendre le quart ou la moitié de leur pensée. Qui n'a remarqué, dans notre xvni* siècle, combien il se publie de lettres Siamoises, Persanes, Chinoises, Juives, Iroquoises? Cadre commode où se glisse la satire des mœurs et des institutions françaises. Expédient imaginé pour se soustraire aux sévérités du pouvoir. C'est le triomphe de l'allusion. Tout procédé paraît bon pour faire passer un fragment de la vérité à travers les mailles du filet où elle est enserrée. Ecrits anonymes datés de l'étranger, quoique imprimés à Paris, ouvrages signés de noms de fantaisie ou attribués à des morts, ironies, demi-mots, réticences, tout cela pullule de toutes parts. Parfois les auteurs flagellent

les anciens, qui n'en peuvent mais, de coups vigoureux qui ricochent sur les modernes. Camille Desmoulins se couvre du bouclier de Tacite pour attaquer Robespierre, et c'est la loi des suspects qu'il vise en frappant sur la loi de majesté. Marie- Joseph Chénier, quand il fait le portrait de Tibère, prend pour modèle un empereur qui n'est pas romain. Tacite devient un ennemi personnel des Napoléon : Labiénus sort du tombeau pour faire la leçon au neveu de César, ressuscité maître de Paris.

Ainsi le développement ou le dépérissement de certains genres littéraires, les procédés employés par les écrivains, l'esprit général qui anime leurs œuvres, dépendent du plus ou moins de pouvoir que s'arrogent ceux qui sont à la tète de l'Ëtat. On comprend avec quel soin il faut noter les changements de direction qui se produisent dans la politique du groupe ou de l'homme qui gouverne ; le relâchement ou le resserrement des liens qui garrottent la presse ou le théâtre; les mille fluctuations de l'atmosphère dans ces hautes régions dont la littérature, comme un baromètre très sensible, subit et reproduit les moindres variations.

Les effets qui résultent de là sont si nombreux et si importants qu'il ne sera sans doute pas superflu de les envisager d'un autre point de vue. Nous savons ce qui arrive quand l'autorité prédomine dans le domaine politique. Qu'advient-il, quand c'est la liberté ?

§4. — Il est aisé de pressentir que nous allons rencontrer des effets exactement contraires à ceux que nous venons de parcourir. Mais nous ne pouvons nous en tenir à cette brève indication : ils méritent qu'on les détaille.

La liberté dans une société organisée est toujours relative, limitée, et elle comporte une infinité de degrés. Mais elle implique, pour tous les citoyens ou du moins pour une partie privilégiée d'entre eux, le droit et l'habitude d'exprimer leur opinion sur les objets d'intérêt général, et par suite des conflits, une lutte entre les différentes convictions.

La vie politique est donc intense dans les pays ou dans les moments de libre discussion. Elle l'est parfois assez pour faire tort à la vie littéraire. Quand un peuple est appelé à décider s'il doit

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s'engager dans une guerre, changer son système d'impôts, reviser sa Constitution légale, il ne songe guère à se passionner pour une pure question d'art, h discuter la propriété d'un mot ou le mérite d'une combinaison de rimes. Les littérateurs proprement dits, ceux qui dans leurs œuvres n'ont point de visée pratique, mais qui chantent pour chanter ou content pour conter, sont alors portés à maudire le bruit qui couvre leur voix. Par réaction, ils vont même jusqu'à professer une sorte de nihilisme élégant, de transcendante indifférence pour les choses matérielles et vulgaires qui préoccupent la foule. La littérature, jalouse de la politique, qui lui dérobe les cœurs et les intelligences, ne lui épargne pas les dédains et les colères. M. Zola, qui ne s'attendait pas à être un jour au plus fort de la mêlée sociale, a lancé jadis des invectives amères contre cette gêneuse, contre cette concurrente tapageuse et sans scrupule. Protestations perdues! Tant qu'une nation, tiraillée en tout sens par des partis vigoureux, cherche en vain un équilibre durable, la littérature, loin de pouvoir accaparer l'attention et la faveur publiques, subit l'action de sa remuante et brutale voisine. Elle ne peut plus se bercer paresseusement dans son rêve de beauté. Elle devient elle-même militante, agissante; elle travaille à la refonte des codes et à la destruction des abus; elle essaie d'apporter sa part à l'élaboration de l'avenir. Le roman à thèse, le théâtre à tendance trahissent en elle l'invasion des débats qui agitent la société environnante.

Cela explique pourquoi les époques les plus littéraires, au sens étroit du mot, sont celles où la nation retrouve le calme dans un ordre accepté par la grande majorité ; où il se forme pour un temps une quasi-unité de la conscience collective ; où le régime établi, quel qu'il soit, féodal, monarchique, démocratique, donne une impression de stabilité.

C'est alors que brillent ces glorieux âges d'or, après lesquels il semble souvent qu'il y ait une décadence irrémédiable, quoique ce soit seulement un acheminement vers un autre moment d'harmonie sociale et de perfection relative correspondante.

Mais revenons aux moments de lutte ardente et ouverte entre des principes politiques rivaux et tâchons d'en noter la répercussion sur les œuvres des écrivains.

C'est d'abord une floraison de toute, la littérature politique. Discours, pamphlets, brochures, articles de polémique éclosent avec une formidable abondance ; et, après ces ouvrages inspirés par les circonstances, animés par les passions du jour, adressés aux contemporains et peu soucieux de la postérité, il en apparaît bientôt d'autres plus médités, plus apaisés, plus froids en apparence, mais où il n'est pas difficile de retrouver le feu couvant sous la cendre ; j'entends les mémoires et les histoires qui prétendent transmettre à l'avenir et déjà juger les événements de la veille.

En tout pays et de tout temps, les hommes aiment à parler d'eux et à occuper les autres de leur personne ; mais, en ces moments-là, ce désir devient une passion et pour beaucoup un besoin véritable. Les uns, après avoir donné leur jeunesse à l'action, consacrent le soir de leurs jours à raiconter ce qu'ils ont fait et se plaisent à revivre ainsi leur vie trop tôt passée. D'autres ont le souci de défendre leur honneur, de repousser les accusations ou même les calomnies dont les partis sont prodigues envers leurs adversaires. D'autres encore, qui sont restés simples spectateurs, qui ont regardé la mer en tumulte sans quitter le rivage, ne résistent pas à la tentation de retracer un spectacle qui les a émus ou amusés. C'est pourquoi le xiv* siècle, le xvi* et le xix«, en le faisant commencer en 1789, ont en ce genre une richesse exubérante.

Mais c'est peu de constater un fait si facile à remarquer, si l'on n'ajoute que la langue, le style, le ton de tout ce qui s'écrit ou se dit alors se trouve modifié par cette surexcitation de la vie nationale.

Polémistes et orateurs sont obligés de frapper fort et de frapper vite. Ils sont, les uns et les autres, des improvisateurs. Ils n'ont pas le loisir d'arrondir leurs périodes, de polir leurs expressions, de remettre leur ouvrage deux et trois fois sur le métier. Il faut saisir l'occasion au vol, profiter de la minute d attention que le public veut bien accorder, lui jeter sa pensée toute brûlante et telle qu'elle a jailli du premier jet. Impossible de faire le délicat sur le choix des mots. Les premiers venus, les plus aisés à saisir sont les meilleurs.

Or quels sont les résultats de cette nécessité? Notre littéra-

ture de la Révolution permet de les voir en pleine lumière. Un des reproches qu'on a faits à Mirabeau, c'est d'avoir introduit dans la langue des termes nouveaux. Peu lui importait, j'imagine, qu'un terme fût jeune ou vieux, pourvu qu'il arrivât à son adresse. On a mieux à faire que du purisme en temps de révolution. Adieu aussi le ton mesuré, poli, qui peut régner dans un salon ! Les intérêts engagés sont si graves que le ton prend soudain une véhémence, et Ton peut dire, une violence en harmonie avec la bataille acharnée qui se livre. Ëclats de voix, mots crus, apostrophes énergiques retentissent de toute part. A quoi serviraient les armes courtoises qui sont émoussées ou les plis embarrassants des circonlocutions académiques? On ne se pique plus de ménagements ni de beau langage. On va droit au but. On mesure la valeur d'une expression, non à sa beauté artistique, mais à son efficacité pour convaincre ou déterminer une action. Bref, le style gagne alors en vigueur, en simplicité, en rapidité, autant qu'il perd en noblesse, en élégance, en sentiment de la mesure.

Il faut dire encore que la pensée devient plus hardie et plus franche ; qu'elle soumet au contrôle de la raison les traditions les plus accréditées; qu'elle réduit, par le contact étroit avec les réalités, la part du merveilleux, du romanesque, du préjugé; qu'elle juge avec une entière indépendance les hommes et les doctrines; qu'elle est d'ailleurs dans un perpétuel état de fermentation qui produit pêle-mêle des rêveries, des utopies, des chimères, mais aussi des idées neuves et des projets viables. Ces époques tumultueuses sont comme des fonderies où s'élaborent et s'accumulent dans le bruit et la fumée quantité d'ébauches que les époques calmes reprennent, trient avec soin, dégrossissent et achèvent plus lard à loisir.

§ 5. — Si les traits de la littérature changent ainsi selon que la vie politique est intense ou languissante, selon que le gouvernement est fort ou faible, il n'importe pas moins de considérer à quelle classe appartient le pouvoir.

Est-il aux mains de l'aristocratie? La littérature aura des qualités et des défauts aristocratiques : élégance et mièvrerie, noblesse de style et allure guindée, etc. Nous en reparlerons, quand nous rencontrerons sur notre chemin le monde et les

LA LITTÉRATURE ET LA VIE POLITIQUE m

salons, par Fintermédiaire desquels s'exerce la puissante influence de la classe privilégiée.

Est-ce, au contraire, la démocratie qui remporte ? La littérature va se teindre de couleurs nouvelles.

À qui veut étudier les éfifets du régime démocratique sur la littérature française, il faut avant tout rappeler une difficulté grave. C'est que ce régime n'a jamais existé en France, sinon à l'état d'ébauche. Quand Alfred de Vigny dans Stella allègue l'exemple d'André Chénier pour prouver que le poète est malheureux dans un pays où le pouvoir est aux mains du peuple, il étend abusivement à un 0tat social qui serait régulier et organisé ce qui a pu être vrai^ans un moment de crise aiguë et de lutte désespérée. L'argument peut lui avoir paru commode pour la thèse pessimiste qu'il soutenait; il n'a pas grande valeur aux yeux d'une logique froide et sévère. Il faut d'abord qu'un régime soit fortement enraciné, et cela depuis une certaine durée, pour qu'on puisse juger avec équité les fleurs et les fruits qu'il peut porter. Depuis un siècle sans doute la France, avec une ténacité qui est demeurée inébranlable sous son apparente légèreté, s'est malgré les obstacles et les entraves de toute sorte rapprochée de l'idéal qu'elle avait entrevu au temps de sa grande Révolution. Mais, si les hésitations et les reculs dont elle a donné le fâcheux spectacle ont été compensés par de formidables bonds en avant, si sa marche «accadée a en somme abouti à un avancement dans une direction toujours la même, il s'en faut que le but lointain poursuivi par elle ait été atteint. Elle tâtonne et trébuche toujours; «lie est retenue sur la route de l'avenir par les liens mal rompus qui l'attachent au passé.

C'est à peine si les bases du régime nouveau sont constituées. Le suffrage universel, après cinquante ans d'existence, n'est pas organisé. L'instruction universelle, qui en est le complément ou plutôt la condition indispensable, ne date que d'une vingtaine d'années et, limitée à Tenfance, elle n'a pas eu le temps de relever le niveau moyen des intelligences. La puissance de l'argent, qui permet d'acheter des votes, des journaux, des sièges au Parlement, et les privilèges de l'Église <[ui a gardé mille moyens de peser sur les consciences, font

échec h la liberté des citoyens. Llnégalité économique gène et rend souvent illusoire Tégalîté civile et politique. La République, instaurée pour la troisième fois, attend encore des mœurs et des lois républicaines qui justifient Tétiquette mise sur un ensemble incohérent d'institutions et de traditions rappelant la France féodale ou monarchique de jadis. Bref la transformation commencée n'est pas achevée. Qui donc oserait soutenir que le principe démocratique, en vertu duquel tous les membres de la société doivent avoir des moyens égaux de se développer inégalement, s'est épanoui dans sa plénitude? La France actuelle n'est en réalité qu'une nation semi-démocratique, moins avancée en ce sens que les États-Unis ou la Suisse, et par conséquent ce qu'elle peut nous montrer, c'est tout au plus un commencement d'évolution littéraire correspondant à un commencement d'évolution sociale.

Or, comme une période de transition, de conflit, de désharmonie est peu favorable à Téclosion d'œuvres sereines, équilibrées, harmonieuses, il se peut que, parmi les premiers effets du grand mouvement démocratique qui entraîne notre siècle, nous en rencontrions plus d'un qui nous apparaîtra comme fâcheux et choquant. Il ne fallut pas moins de cent ans après la Renaissance pour que l'esprit français se coulâC sans effort dans le moule classique et sût dégager son originalité de la servile imitation des anciens. Que d'œuvres manquées ont précédé les chefs-d'œuvre! Faut-il s'étonner si notre littérature, pour arriver à un nouvel âge d'or, digne, mais différent de ceux qu'elle a traversés au xiii* et au xvii« siècle, doit passer par une sorte de mue, qui, comme tous les changements profonds subis par un être ou un groupe d'êtres, est pénible et douloureux ?

Quoi qu'il en soit, on peut essayer de marquer quelquesunes des modifications déjà opérées.

Le peuple en tout temps, je parle du peuple mal dégrossi, tel qu'il l'est encore par la faute d'une élite trop longtemps insouciante ou malveillante à son égard, aime ce qui émeut fortement; il a le goût du grandiose, du passionné et en même temps du simple ; il comprend peu ce qui est savant et raffiné. De plus, le peuple de France, par instinct peut-être ou grâce, à

Téducation que lui ont douDée les événements, témoigne de nos jours une préférence visible pour l'idéal fraternel et humain qui fut dressé, comme un phare éblouissant, par nos penseurs et nos hommes d'action du siècle dernier. L'histoire de nos révolutions démontre en lui la persistance du rêve de justice et de bonheur universels qui inspira soit la Déclaration des droits de Fhomme et du citoyen, soit la fête de la Fédération. En 1830 et en 1848, cette large sympathie embrassant tous les peuples du monde a jailli de nouveau de son cœur, comme un pacifique jet de flamme, et dans ces dernières années, après avoir couvé sous la cendre de nos désastres de 1870, elle reparaît en flambées puissantes et vainement comprimées.

Ces caractères permanents du goût populaire se reflètent dans le succès des deux écoles littéraires les plus bruyantes et ^ les plus fécondes de notre siècle. Le romantisme et le natura lisme représentent, sous des formes diverses et à deux degrés difl'érents, l'entrée de la démocratie dans la littérature.

Le romantisme, si l'on me permet de répéter ici ce que j'ai dit ailleurs \ « proclame la liberté de Tart, l'égalité des genres, la fraternité des mots, devenus tous, au même titre, citoyens de la langue française ». Donc abolition des règles d'Aristote et de Boileau; mort à la tragédie, cette grande dame, cette aristocrate, et vive le drame, où le rire, le ton familier et les plébéiens pénètrent pêle-mêle ! A bas le style noble et la périphrase académique.

Plus de mots roturiers ! Plus de mots sénateurs !

écrira plus tard Victor Hugo, le démolisseur en chef de l'ancien régime littéraire. Et déjà le roman s'imprègne de pitié pour les faibles, de tendresse pour les petits. C'est en ce temps-kV que le socialisme reçoit son nom de baptême.

Toutefois, révolution bourgeoise plus que populaire, le romantisme est le contemporain et l'équivalent du libéralisme de 1830. Il a peur d'être trop hardi; il n'ose pas être franchement peuple. Le drame n'ose pas s'abaisser à la vie et au langage de tous les jours ; il reste historique et empanaché ; il parle

1. Études sur la France coniemporaine. Le naturalisme, p. 39.

en vers ; ses héros sont des grands de la terre ou des hommes à passions et à destinées extraordinaires, toujours des êtres d'exception; la basse condition d*un Ruy Blas ou d'un Didier est voilée d'un manteau tissé d'images éclatantes.

Mais pendant ce temps la société continue à se démocratiser. Les droits électoraux, réservés aux plus riches, sont étendus à tous les citoyens; un second et un troisième essai de république, une première et une seconde explosion de socialisme menacent les derniers privilèges des classes dirigeantes. Ce qui va répondre à ce mouvement, c'est Técole réaliste ou naturaliste. Si elle est par certains côtés une réaction contre Técole romantique, elle en est par d'autres la continuation. Elle marque dans la littérature lavènement de ces nouvelles couches sociales dont Gambetta signala l'entrée dans la vie politique.

En effet, le drame descend des princes aux simples bourgeois et des vers à la prose ; le roman campe au premier plan des ouvriers et des paysans; les pauvres, les gueux, les humbles, envahissent jusqu'à la poésie. Quant à la langue écrite, elle s'élargit jusqu'aux extrêmes limites de la langue parlée. Victor Hugo se vantait quand il disait :

J'ai mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire.

11 n'avait fait, dans le domaine du vocabulaire, qu'un Quatrevingt-neuf; Zola y opère un Quatre-vingt-treize.

Sans qu'il soit besoin d'insister davantage, on voit comment, par leur tendance essentielle, les deux écoles qui ont régné tour à tour en notre siècle, sont d'accord avec la tendance dominante du siècle entier, celle qui emporte la société française et même la société européenne vers la démocratie. Mais ce n'est pas assez de constater cet accord général : il faut détailler les changements que nous venons d'indiquer en bloc et les envisager sous les deux faces qu'ils présentent.

Pour la langue d'abord, c'est la fin du purisme qui régnait depuis Malherbe. C'est le droit de cité rendu dans la république des lettres à tous les mots populaires. C'est la rentrée dans le style de locutions savoureuses et pittoresques. C'est par suite un enrichissement énorme des ressources offertes aux écrivains. C'est la possibilité reconquise de tout dire, de mouler

la phrase sur la réalité même, de reproduire la vie dans sa complexité, et, au besoia, dans sa nudité. Voilà, vue du bon côté, la transformation accomplie; la voici vue du mauvais. C'est rintrusion de Targot des rues, du parler gras de Tatelier ou du cabaret là où ils n'ont que faire ; c'est le puéril plaisir pris par certains à choquer par bravade la bégueulerie des raffinés; c'est la crudité des termes recherchée par esprit de contradiction ; c'est le mot propre apprécié surtout quand il a le mérite d'être malpropre.

La langue est modifiée du même coup dans sa grammaire ; la rigidité de certaines règles s'adoucit comme le sens de certaines finesses se perd ; et l'orthographe à son tour tend à se simplifier. On discute les complications introduites par les savants. On se demande pour quels motifs ignorés du vulgaire l'Académie a décrété que honneur et honnête prendraient deux n, tandis que les mots latins correspondants, ainsi d'ailleurs qu'honorable en français, se contentent d'en avoir une. On trouve étrange qu applaudir et aplanir, malgré leur formation identique, s'écrivent de façon différente; que poids, venant de pensum et non de pondus, reste agrémenté d'un d superflu, n'ayant d'autre raison d'être que de perpétuer une vieille erreur d'étymologie. On réclame la correction de ces irrégularités et la réclamation, assez molle tant que la lecture et l'écriture étaient les privilèges d'une élite, devient vive et pressante du jour où l'obligation de savoir lire et écrire est imposée à tout le monde. Il faut économiser le temps et la peine des enfants du peuple, qui n'ont que peu d'années à consacrer à l'école, et c'est ainsi que, servant les intérêts de la démocratie, des réunions d'instituteurs, des comités formés à Paris, en Belgique, en Suisse, travaillent à la suppression des pièges sans nombre dont est semée notre orthographe. Une œuvre semblable s'est accomplie sous l'influence des mêmes causes en Angleterre et en Allemagne. Une simplification notable, à défaut de la refonte totale souhaitée par quelques intransigeants qui veulent calquer l'écriture sur la prononciation, s'accomplira aussi en France, avec l'Académie française, si elle consent à sortir de ses perpétuels atermoiements, sans l'Académie, si elle tarde ou se dérobe.

Autant que la langue, la littérature porte les traces de Texpansîon, de Fesprit démocratique. La forme et le fond en sont également modifiés. La hiérarchie des genres est brisée ou renversée. Au premier rang montent quelques-uns de ceux qui étaient relégués dans les basses régions. Le drame, la comédie de mœurs, longtemps humiliés au profit de la tragédie, prennent le haut du pavé. Un simple coup d'œil révèle Timmense développement pris par le roman, cette réduction de Tépopée, qui est le régal des femmes, de la jeunesse et des gens du peuple, parce que ces trois catégories de personnes, ayant une imagination plus neuve ou une sensibilité plus vive, éprouvent un insatiable besoin d'aventures et d'émotions factices. La chanson, qu'un Boileau daignait à peine nommer, a eu ses jours de triomphe et de gloire. L'éloquence, qui soulève ou apaise les foules, a renouvelé les légendaires miracles des orateurs de Rome ou d'Athènes.

Mais aussi et surtout, si Ton pénètre jusqu'à l'àme des œuvres en qui le souffle populaire se fait sentir, quel élargissement! Au poète libéré de la tyrannie des bienséances le droit de parler de tout et de lui-même en particulier, de chercher son inspiration dans les sentiments de famille ou dans les incidents de la vie quotidienne. Une communion fraternelle, non seulement avec les déshérités, mais avec les animaux, nos frères inférieurs, avec les arbres et les fleurs, avec tous les êtres qui, comme nous, respirent, sentent et vivent. Le monde était, pour ainsi dire, divisé en castes que séparaient des abimes. Or, dans la conception démocratique de l'univers, il y a rapprochement et comme fusion des espèces; et l'homine, petit dieu terrestre, roi despotique du globe, rentre dans la nature hors de laquelle il se classait superbement. Le passé, comme le présent, change d'aspect à la lumière des idées dominantes. L'histoire n'était guère que le récit monotone des hauts faits et surtout des méfaits ayant pour auteurs des princes, des conquérants, des gens de cour. Démocratisée, elle s'efl'orce de suivre l'obscure ascension des masses anonymes vers le mieux être, le lent et pénible dégrossissement des nations et de l'humanité entière. Le peuple, là aussi, a détrôné les rois.

Est-il nécessaire de répéter que l'infiltration de l'esprit démo-

cratique dans la littérature n'a pas été pour elle tout profit? Il est trop évident que parfois elle a ressemblé à une invasion de la barbarie ; que certains écrivains ont peint de parti pris, sous couleur de mœurs populaires, des mœurs populacières, et entassé à plaisir les laideurs, les vulgarités, les brutalités. Il n a certes pas manqué d'hommes qui, aimant mieux obtenir le succès que le mériter, se sont abaissés au niveau d'une foule ignorante au lieu de travailler à Félevcr jusqu'aux purs sommets de l'idéal humain. A ceux-là, nous devons des œuvres niaises et plates, ou criardes et enluminées comme des images d'Epinal, n'ayant souci ni de style ni de vraisemblance, relevant moins de l'art que de l'industrie : chansons dont la musique aigrelette est digne des paroles ineptes ou grossièrement bouffonnes; romans interminables déroulés durant des mois au rezde-chaussée d'un journal, débités par tranches à des abonnés patients et promenant du bagne h la cour, du boudoir à l'hôpital, tout un monde de personnages comme on n'en voit qu'en rêve; mélodrames naïfs et voyants, pauvres de psychologie, mais riches de coups de théâtre et de coups de fusil, rouges de sang et de feux de Bengale, fertiles en miracles de la Providence et du machiniste, étourdissant les yeux et les oreilles par l'éclat des costumes, des décors et des tirades; littérature faite sur commande pour un public friand de grosses émotions et de spectacles qui parlent aux sens, parce qu'il ne sait pas encore apprécier des mets plus délicats, parce qu'il n'est initié que d*hier aux jouissances esthétiques, parce qu'il n'a pas fait son apprentissage littéraire.

Les détracteurs de la démocratie n'hésitent pas à clamer*que c'est la seule littérature que ce régime puisse produire. Affirmation gratuite autant que haineuse! Un regard rapide jeté sur le siècle qui vient de s'écouler prouve déjà que, si l'on veutjporter un jugement sérieux, il faut, comme toujours, opposer en un tableau bilatéral les pertes et les gains littéraires qu'on peut attribuer à l'orientation politique de la France nouvelle. J'ai déjà dit pourquoi notre expérience historique, réduite sur ce point à cent années, court espace de temps pour une transformation sociale aussi grave, ne nous permet pas d'embrasser toutes les conséquences qui doivent en découler. Je n'ai plus

qu'à redire ce qu'on peut du moins pressentir : à savoir que le régime démocratique, une fois établi, consolidé, organisé, sera, comme les autres, et probablement plus que les autres, parce que la sélection du talent s'opérera sur un beaucoup plus grand nombre de cerveaux,paré et couronné d'une littérature qui exprimera de façon supérieure l'équilibre retrouvé par la société.

§ 6. — Mais quittons l'avenir pour retourner au passé ! Nous pouvons encore envisager la vie politique à des points de vue qui offrent une autre espèce d'intérêt. Ainsi, il n'est pas inutile de rechercher les effets qu'a pu produire la centralisation croissanté.

C'est un fait propre à la France moderne que cet effacement presque complet des provinces, que cette concentration des forces vives de la nation dans une seule ville. Paris, que Henri lil appelait déjà u tête trop grosse pour le corps », a pris une telle prépondérance qu'il a imposé sa langue, son goût, ses modes au reste du pays. D'un côté, le dialecte de TUe-de-France est devenu la langue de la France entière ; il refoule et fait reculer sans cesse les patois qui agonisent. Paris, d'autre part, a peu à peu éteint les foyers qui brûlaient et brillaient jadis dans les autres cités. Il a jeté une teinte de ridicule sur les œuvres nées loin de lui ; il a dédaigné, ignoré les hommes qui n'ont pas pu ou voulu entrer dans son orbite. Il s'est accoutumé à régner sur la France, dont il a drainé toute la sève vitale, toute la force nerveuse. Certes, la Ville-Lumière, comme l'appelle Victor Hugo, a rayonné ainsi d'un éclat intense ; elle est restée sans interruption un phare éblouissant; elle est encore comme un milieu électrique où le frottement de tant d'éléments divers fait perpétuellement jaillir l'étincelle et la flamme. Mais on peut se demander si la littérature française, devenue presque exclusivement littérature parisienne, n'a pas perdu en profondeur et en variété, en fraîcheur et en naïveté surtout. On peut se demander si l'accumulation des talents dans un espace trop étroit n'en a pas étouffé plus d'un en germe. On peut se demander si la corruption inhérente aux grandes villes n'a pas marqué certains écrivains d'une tache ineffaçable. Il faudrait mettre tout cela en regard des services éminents que Paris a rendus et rend encore en affinant les esprits, en émancipant la

pensée, en grossissant par la liberté de mœurs qu'il permet à ses hôtes et à ses habitants les types offerts à l'observation, en y rassemblant sur un même point tant de personnes originales et intelligentes que les idées se respirent, pour ainsi dire, dans Tair ambiant. L'influence de Paris mériterait à elle seule une étude particulière, et elle explique plusieurs des difTérences qui existent, au point de vue littéraire, entre le moyen âge et les temps modernes.

Du reste, comme il y a eu de nombreuses étapes dans la marche de la France vers l'unité et qu'un commencement de mouvement en l'autre sens parait se dessiner, il est toujours important de noter en chaque époque quelles extinctions ou quelles résurrections de la vie locale se sont produites ; quelles villes, quelles provinces, quelles régions ont adopté ou combattu les modes et les mots d'ordre venant de la capitale. 11 est toujours curieux de rechercher pourquoi telle littérature provinciale, assoupie durant des siècles, comme celle qui s'exprime en langue d'oc, a repris tout à coup vigueur et faveur. Il n'est jamais indifférent de savoir qu'à tel moment une Université, une petite cour, une Académie ont été, sur tel ou tel point du sol national, des centres lumineux d'un rayonnement plus ou moins vaste. Lyon, Toulouse, Bordeaux, Nérac, la Provence ont droit dans l'histoire de la littérature française à une place qu'on néglige trop souvent de leur accorder.

§ 7. — On peut encore, si l'on veut (et on doit le vouloir), se préoccuper de la politique extérieure qui a été suivie dans une époque donnée. Les alliances, les guerres surtout réagissent sur la littérature. Les premières, en rapprochant les peuples, créent de l'un à l'autre des courants d'imitation. Les secondes ont des effets multiples.

Quand la guerre est faite par des mercenaires, des volontaires ou une classe spéciale qui se fait gloire de ne payer que l'impôt du sang, comme on disait jadis, ou encore quand elle a son théâtre à l'étranger, aux colonies, loin du cœur de la patrie, elle peut ne susciter que des passions modérées; comme elle n'a pas pour la nation un intérêt vital, elle n'a souvent qu'un faible retentissement sur les autres branches de l'activité sociale. Mais quand tout le monde est soldat, quand l'enjeu du G. Regard. 45

combat est, non plus seulement un agrandissement de territoire ou le simple honneur d'être victorieux, mais Tintégrité et Tindépendance même du sol national, alors elle accapare toutes les énergies de la société ; elle devient la chose essentielle ; elle attire tout ce qui est jeune et ardent; elle force même h sortir de leurs loisirs studieux les hommes qui ont le moins de goût pour la vie aventureuse des camps. En ces cas-là, elle peut créer des poètes et des orateurs comme des héros ; elle peut, dans un accès de lièvre et d'enthousiasme, faire jaillir du cœur d'un poète de rencontre un de ces chants vibrants où frémit Tdme d'un peuple prêt aux derniers sacrifices; elle peut inspirer j\ un capitaine quelqu'une de ces harangues ou proclamations qui semblent sonner la charge. Mais quand elle perd le caractère sacré de défense du foyer, quand elle se corrompt et se dégrade en devenant un moyen de conquête, un instrument d'ambition et d'injustice aux mains d'un homme, d'un groupe avide ou d'une caste militaire, elle exerce sur la littérature une action stérilisante.

On le vit bien sous le règne de Napoléon 1". 11 faut combler les vides faits dans l'armée par des batailles perpétuelles; il faut fournir à cette effroyable consommation de chair à canon qui dure quinze ans sans interruption et qui ensanglante toute l'Europe. Or, ainsi que l'a dit un écrivain moderne*, « les grands poètes naissent comme les bluets dans les blés; mais dans les moissons humaines que faisait Napoléon, les bluets tombaient avec les épis ». — Que d'espérances fauchées alors en leur fleur! Parmi ceux qui périssaient sous les balles ou les boulets, par les coups de sabre ou les fatigues, il en i tait certes plus d'un qui dans une période pacifique aurait vécu et apporté son contingent d'efforts aux œuvres de la paix; et parmi ceux mêmes qui faisaient sous les armes leur réputation et leur fortune, il en était plus d'un qui en d'autres temps aurait gagné une gloire moins trempée de larmes et de sang.

Veut-on une preuve du dédain que la jeunesse, grisée par le bruit des tambours, ressentait pour tout ce qui n'était pas la

1. Alexandre Damas fils. Discours de réception à rAcadémie française.

vie militaire? Qu'on se rappelle ces paroles d'Alfred de Vigny * : « Nulle méditation ne pouvait enchaîner longtemps des têtes étourdies sans cesse par les canons et les cloches des Te Deum, Lorsqu'un de nos frères, sorti depuis quelques mois du collège, reparaissait en uniforme de housard et le bras en écharpe, nous rougissions de nos livres et nous les jetions à la tète des maîtres. Les maîtres mêmes ne cessaient de nous lire les bulletins de la Grande Armées et nos cris de vive l'Empereur I interrompaient Tacite et Platon. Nos précepteurs ressemblaient à des hérauts d'armes, nos salles d'études à des casernes, nos récréations à des manœuvres et nos examens à des revues. »

A considérer sous une autre face cette prédominance des préoccupations belliqueuses, guerre et centralisation sont deux termes corrélatifs. Militarisme et liberté sont deux choses ennemies. Tout peuple, qui veut être fort contre ses voisins, resserre les liens qui unissent ses membres et réprime les écarts de la fantaisie individuelle. Aussi le sabre et la pensée, qui ne peut se passer d'indépendance, font-ils d'ordinaire mauvais ménage, et le dressage des futurs soldats est-il calculé, en vue de leur inculquer le respect de la discipline, même en matière intellectuelle. S'il était besoin de le démontrer, je renverrais à ce cri de colère où éclate la rancune de Lamartine vieillissant*: a Tout était organisé contre la résurrection du sentiment moral et poétique ; c'était une ligue universelle des études mathématiques contre la pensée et la poésie. Le chiffre seul était permis, honoré, protégé, payé. Comme le chiffre ne raisonne pas, comme c'est un merveilleux instrument passif de tyrannie qui ne demande jamais à quoi on l'emploie, qui n'examine nullement si on le fait servir à l'oppression du genre humain ou à sa délivrance, au meurtre de l'esprit ou à son émancipation, le chef militaire de cette époque ne voulait pas d'autre missionnaire, pas d'autre séide, et ce séide le servait bien. Il n'y avait pas une idée en Europe qui ne fût foulée sous son talon, pas une bouche qui^ne fût bâillonnée par sa main de plomb. »

Si la guerre prolongée et l'organisation de combat qu'elle

1. Servitude et grandeur militaires. Chapitre premier, p. 14. Edition Galmann Lévy.

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