I. Le dernier jour d'un condamné
entreprise des alliés : tel Eugène Sue qui proposera* ce cruel adoucissement : aveugler le meurtrier au lieu de le faire périr. Il aura des adversaires aussi, tel Alphonse Karr, qui mettrait Tinitiative du progrès social en de singulières mains, si Ton s'avisait de prendre au sérieux son mot fameux : « Que messieurs les assassins commencent! » Ainsi tout autour de la peine de mort s'épanouit une abondante floraison d*œuvres littéraires, qui, si elles n'ont pas encore réussi à la faire disparaître, Tout du moins réduite à se défendre, à se cacher, à reculer devant la lumière du jour et le regard de la conscience humaine.
Comme le code pénal, le code militaire a excité la verve des écrivains. Peintures tragiques de soldats qu'on fusiUe ou torture, souvent pour une peccadille; puis, par contre-coup, éveil d'un sentiment d'horreur contre les férocités de ce livre de sang; enfin dessein avoué d'y faire pénétrer un souffle d'humanité * ; voilà ce qu'on rencontre dans une quantité de drames et de romans qui, depuis un siècle, ont exploité ce filon. A la fin du siècle dernier. Mercier faisait jouer le Déserteur, dont le héros était fusillé au dénouement; c'était le seul homme que ce dramaturge débonnaire eût tué dans sa carrière: encore le ressuscita-t-il à la prière de Marie-Antoinette; le déserteur, dans une version nouvelle de la pièce, fut gracié au dernier moment. Plus tard, Alfred de Vigny, dans le meilleur de ses ouvrages en prose : Servitude et grandeur militaires appela l'attention sur les périls et les tristesses de l'obéissance passive. De nos jours, une dizaine d'œuvres vraiment vécues*, comme on dit, ont forcé le public à réfléchir sur les abus de l'autorité trop souvent excessive ou arbitraire exercée sous le couvert de la discipline, et, si l'on se décide un jour à réformer la législation draconienne qui pèse' sur l'armée, nos romanciers auront contribué pour une large part à ce recul de l'antique sauvagerie.
Le droit civil à son tour peut prêter et emprunter beaucoup à la littérature. Qu'on regarde par exemple la question du