Les mystères de Paris
2. Sous-offs de Lucien Descaves, Le cavalier Miserey d*Abel Hermant^ La grande famille de Jean Grave, Sous le sabre de Jean Ajalbert, etc.
divorce en notre siècle. Comme elle a été tour à tour tranchée par la loi en deux sens opposés, elle permet de constater d'une façon très précise la curieuse dépendance qui relie certaines modifications littéraires et certaines modifications législatives.
Tant que le mariage est proclamé indissoluble, le désaccord du mari et de la femme mène à une situation insoluble, par conséquent triste et tragique, si les caractères en présence sont sérieux et passionnés; bouffonne au contraire et propice au vaudeville, si les caractères mis aux prises sont tièdes et vulgaires. On sait quelle a été dans notre théâtre comique ainsi que dans nos fabliaux, contes et chansons, la profusion des plaisanteries grasses sur les maris malheureux et sur les femmes revéches. On sait en revanche à quelles catastrophes aboutissent dans nos drames modernes et dans nos romans de passion les défaillances de la fidélité conjugale et les compli> cations causées dans le ménage par l'intrusion d'un tiers trop aimé. Dans la Princesse de Clèves^ l'époux meurt de chagrin et de jalousie en séparant par sa mort ceux qu'il a séparés de son vivant. Dans la Nouvelle Héloïse, c'est la femme qui périt par accident, juste à temps pour ne pas tomber dans les bras de son ami ou dans une profonde désespérance. Dans Jacques^ de George Sand, c'est le mari qui disparaît par un suicide discret, parce qu'il se sent de trop sur la terre. Ajoutez à cela les duels, les assassinats; Tamant sauvant l'honneur de l'amante en la poignardant, comme dans Antony; l'époux outragé se vengeant par le meurtre des deux coupables ou de l'un d'entre eux; la femme empoisonnant ou faisant tuer celui qui la retient sous le joug. Que de larmes, de colères, de déchirements, de sang!
Chose remarquable et qui s'explique par ce fait que les mœurs sont toujours en avance sur les lois et souvent la littérature sur les mœurs, tant que le mariage apparaît comme une chaîne rivant l'un à l'autre pour la vie deux malheureux, victimes d'une illusion plus ou moins courte, la plupart des romanciers et des dramaturges plaignent ou même poussent à la révolte les couples prisonniers. L'adultère devient sous leur plume quelque chose de poétique ou tout au moins de sympathique ; car il a l'excuse d'une quasi-nécessité en certains cas de tyrannie masculine et d'impossible union ; il prend une cer-
laine grandeur par le danger bravé ; il émeut par le malheur presque inévitable où il mène. Bref, la plupart des écrits suscités par les crises du mariage sont alors des plaidoyers directs ou indirects en faveur du divorce.
Mais un jour vint où cette prédication aboutit, un jour où le divorce, institué par la Révolution, pratiqué par Napoléon !••', supprimé par la Restauration, fut rétabli dans la loi française. Aussitôt dans Tattitude des écrivains changement bien significatif, correspondant au changement survenu dans le code.
Alexandre Dumas fils, un des littérateurs qui ont le plus vivement réclamé pour chacun des deux époux le droit de rompre le lien légal, quand il est devenu insupportable, écrivait prophétiquement ces paroles * :
Que les Chambres nous donnent enfin le divorce, et un des résultats immédiats de ce vote, celui qui entre certainement le moins, qui n*entre même pas du tout dans les raisons que font valoir les promoteurs de la réforme, ce sera la transformation subite et complète de notre théâtre. Les maris trompés de Molière et les femmes malheureuses des drames modernes disparaîtront de la scène, Tindissolubililé du mariage autorisant seule les revanches secrètes ou les lamentations publiques de la femme adultère... Il y aura au théâtre toute une esthétique nouvelle, et ce ne sera pas un des moins heureux effets de la modification de la loi. On ne pourra plus nous reprocher de rendre Tadullère intéressant, par la raison bien simple que, le divorce existant, Tadultère de la femme ne sera plus que le désir de bénéficier du mari et de Tamant et qu'il s'appellera le libertinage. La question ne relèvera plus du drame, mais de la comédie, les conséquences du divorce ne pouvant amener que des situations comiques.
Cela s'est trouvé vérifié presque à la lettre. 11 s'est produit une série de comédies et de vaudevilles, roulant sur les démariages et les remariages : divorces essayés, abandonnés, raccommodés, femme entre deux maris, mari entre deux femmes ont ouvert une veine nouvelle de situations aisément drolatiques.
Autre changement non moins curieux! Parmi les littérateurs deux camps se formèrent.