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Ces surprises des sens que la raison surmoute

Et sur mes passions ma raison sonveraine... Ma raison, il est vrai, dompte mes sentiments

éphémère et leurs éclatants péchés par une pieuse expiation. M"' de La Vallière se fait carmélite; M"** de Montespan se retire dans un couvent. Si bien qu'on peut résumer ainsi la conduite de cette élite sociale qui seule importe aux écrivains d'alors : brèves victoires de la passion sur le devoir ; mais victoires mêlées de tremblement, de remords et suivies d'une pénitence finale.

Qu'on regarde après cela le rôle de Phèdre. Ne semble-t-il pas fait sur le modèle de ces coupables repentantes? Elle est faible contre la tyrannie de Tamour; elle cède à Temportement des sens; mais elle se reproche sa faute en s'y laissant aller; elle est malgré elle la proie de Vénus; et plus tard, honteuse, désespérée, elle se réfugie dans la mort pour échapper au sentiment amer des maux qu'elle a causés,* au regret tardif des crimes inutiles qu'elle a commis.

Si nous considérons maintenant l'époque de Voltaire, nouvelle et plus profonde transformation. Dans le passage du xvn*" siècle au xviii% la foi aux dogmes du christianisme s'est singulièrement attiédie et la morale chrétienne a en même temps perdu beaucoup de son empire sur les âmes. De plus les philosophes ont ébranlé le système de Descartes. Fontenelle s'est ennuyé d'entendre toujours vanter la raison aux dépens de la passion et il s'est complu à renverser les rôles. Il s'est attaché à montrer que cette raison tant célébrée ne peut mener ni au bonheur ni à la vertu *. Si l'idée du devoir décidait seule à agir, dit-il, que de héros ù rayer des fastes de riiumanité! — En revanche, il réhabilite les passions. Il ne veut pas qu'on les condamne, parce que vivre, c'est agir, et que, sans les passions, Thomme serait voué ù l'immobilité de la mort. Ce sont elles qui produisent les grandes actions, qui poussent l'homme à la recherche de la vérité, qui le font croire à un bonheur qu'il poursuit toujours sans l'atteindre jamais. Obéissez donc à vos penchants ; suivez la nature, vous serez à la fois vertueux et heureux, autant qu'on peut l'être dans la misérable condition humaine : tel est le précepte ou plutôt le conseil auquel aboutit Fontenelle. Il se moque de la morale

J. Voir surtout se^^ Dialoyues des morfs.

rigide telle que Tont faite certains moralistes : elle touche rhomme, écrit-il, autant que l'astronomie.

Cette théorie, qui transporte de Tintelligence à la sensibilité la direction de la vie, qui propose comme guides les mouvements du cœur, tout le xviii' siècle Tadopte et l'applique. Louis XV s'abandonne à ses passions avec une désinvolture parfaite et une entière sécurité de conscience. M"* de Pompadour, malgré un court accès de repenlance intéressée, n'éprouve aucun besoin d'aller chercher la paix intérieure et le pardon dans un cloître. Rousseau môme ne posera-t-il pas en dogme absolu l'infaillibilité 'de la passion, quand il écrira : c( Tout est bien sortant des mains de l'auteur des choses. »

Est-il malaisé de deviner dès lors ce qui va dominer dans les personnages du théâtre de Voltaire? C'est à coup sûr l'impulsion du cœur, ce que le poète appelle les mouvements de la nature. Et non seulement la passion les entraine et les dirige, mais cette suprématie de la passion est présentée comme nécessaire et légitime. Par suite, la lutte, qui fait le fond de toute œuvre dramatique, change de caractère. Elle n'est plus dans chaque personnage entre ce qu'il doit et ce qu'il désire faire. 11 n'y a en lui qu'un conflit de passions difl'érentes ; il y a surtout effort et combat de sa part contre des forces extérieures à lui*, forces qui l'écrasent souvent, mais sans qu'il se reconnaisse vaincu à bon droit. Il s'ensuit encore que ces mêmes personnages sont, comme on l'a dit, plus victimes que héros et qu'ils excitent, ce qui était d'ailleurs le but de Voltaire, plus de pitié que d'admiration.

Pour éclaircir ce que ces paroles ont peut-être de trop abstrait, il suffît de comparer Alzire à Pauline. L'Américaine Alzire a été mariée ,à demi contre son gré, àl'Espagnol Gusman. Elle croyait que Zamore, son amant, son fiancé, avait péri, quand tout à coup elle se retrouve en sa présence. La situation (ai-je besoin de le faire remarquer?) est exactement celle de Pauline revoyant Sévère. Mais que les choses se passent différemment! Tandis que Sévère s'éloigne triste et résigné, Zamore presse Alzire de se soustraire au joug qu'elle a subi et réclame

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