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LES TROIS SORTES DE LIEUX ET LES TROIS SORTES DE RACES PRIMITIVES

Les races d'hommes offrent de nos jours, dans leur organisation physique, des différences considérables. Ces différences sont en rapport direct avec celles qui existent soit dans les lieux habités, en ce qui touche la fertilité du sol, soit dans le climat entre les termes extrêmes du chaud et du froid, de la sécheresse et de l'humidité .

Les doctrines modernes, qui assimilent volontiers l'homme à l'animal, n'attribuent point à ce contraste des lieux l'importance qui lui appartient. Elles se croient tenues d'expliquer ces différences par la diversité des origines. Cette hypothèse n'est nullement nécessaire. Elle a en outre deux inconvénients : elle complique inutilement la science sociale; elle tend à justifier, par la nature des choses, l'antagonisme social qui n'est développé entre les nations, ou entre les classes d'une même race, que par les mauvaises passions de l'humanité. La méthode d'observation réfute d'ailleurs cette nouveauté. Elle révèle, au milieu de phénomènes purement physiques, l'action de forces morales qui n'existent point chez les animaux et qui exercent une influence prépondérante sur la vie des sociétés. Ces forces émanent, chez toutes les races, d'un même principe; et, selon l'application qui en est faite, elles i. 4

engendrent partout les mômes. phénomènes de bien ou de mal. L'idéalité constatée dans le trait prépondérant de la nature humaine entraîne donc comme conséquence l'identité d'origine. Sur ce point la méthode justitie la tradition. C'est précisément cette identité qui met en relief les modifications que la diversité des lieux apporte, non seulement à l'organisation physique des individus, mais encore à la constitution des sociétés.

Les territoires où se sont développées les diverses races européennes offrent trois catégories qui, par la nature de leurs productions spontanées, ont introduit, da^hs les conditions de ce développement, une grande diversité. Les deux premières, les steppes et les rivages maritimes, se distinguent par l'abondance, l'uniformité et la permanence de leurs productions : elles ont engendré des races homogènes, stables et fécondes; et les essaims sortis de ces races ont souvent conservé ces caractères quand ils se sont groupés sur des territoires différents. La troisième catégorie offre des alternances fréquentes en ce qui touche la nature et la permanence des productions. Ces régions sont composées de forêts associées à des sols variés; et les races qui les habitent diffèrent ordinairement des précédentes par l'ensemble de leurs caractères et surtout par leur instabilité.

Les steppes occupent dans l'Orient des espaces im- Iïienses; et elles ne sont, au contraire, représentées, sur les montagnes et les plateaux des deux autres régions que par des îlots de faible étendue. Elles repoussent complètement la croissance des arbres; et elles possèdent, dans leurs pâturages, tous les éléments nécessaires à l'existence de grandes familles éparses ou môme rapprochées en tribus homogènes, issues d'un commun ancêtre. Tous les ménages y peuvent rester unis en adoptant la

vie nomade, c'est-à-dire en parcourant successivement, avec leurs troupeaux, les diverses parties de leur propriété, suivant un ordre fixé par la croissance et l'épuisement des herbes. Les fils mariés restent près des parents. Tous ces ménages peuvent donc être gouvernés par un seul chef; les groupes ainsi formés donnent naissance à des familles stables et créent, en se rapprochant, la constitution patriarcale.

Les rivages maritimes entourent le continent de l'Europe, depuis le cap Nord jusqu'à l'extrémité orientale de la mer d'Azof. Ils possèdent, en général, dans la zone de pêche contiguë, des moyens de subsistance supérieurs à ceux d'une égale surface de steppes. Toutefois les familles n'y prennent point d'aussi grandes proportions. En effet, chaque famille est fixée près du port de refuge où séjourne la barque qui, avec l'habitation et ses dépendances, constitue son patrimoine. Elle se compose d'un seul ménage comprenant les parents, les célibataires de tout âge et l'héritier marié. Celui-ci reçoit l'héritage indivisible qui se transmet aux générations successives. La famille-souche du pêcheur-côtier est aussi stable que la famille patriarcale du pasteur, parce que le domaine aquatique est aussi inépuisable que la steppe.

Les forêts et les sols variés constituaient, avant l'apparition de l'homme, la majeure partie des territoires compris entre les steppes et les rivages maritimes de l'Europe. Ils étaient principalement occupés par des végétaux arborescents, associés à une grande variété de territoires. Ceux-ci comprenaient surtout des prairies, des landes couvertes de végétaux herbacés ou de plantes sous-ligneuses, des terrains secs,arénacés ou rocheux, des terrains humides plus ou moins envahis par l'eau, enfin des masses d'eau proprement dites, constituant des étangs et des lacs. Les

arbres se présentaient en trois états : en forêts immenses, où les autres sols ne formaient que de petites enclaves; en massifs boisés, alternant avec des massifs de ces mômes sols; enfin, en individus épars sur les sols découverts. A l'époque où l'homme survint, les espèces d'arbres variaient beaucoup, selon la qualité du sol, son état de sécheresse ou d'humidité et sa situation en plaine ou en montagne. Depuis lors, cette variété s'est encore accrue, grâce au travail intelligent des forestiers.

Les grands animaux sauvages, qui peuplaient les forêts, furent pour les premiers immigrants les moyens principaux de subsistance. Les familles qui s'y établirent s'adonnèrent d'abord à la chasse; et elles différèrent beaucoup, par leurs mœurs, des pasteurs et des pêcheurscôiiers qui peuplaient les deux premières sortes de territoires. Les familles de chasseurs étaient essentiellement instables pour trois raisons : elles détruisaient à la longue le gibier; les enfants adultes n'avaient rien à attendre de leurs vieux parents, et ils les abandonnaient dès qu'ils n'avaient plus besoin d'eux; quand le gibier était épuisé, ces familles devaient transformer le sol et modifier leurs habitudes pour se créer de nouveaux moyens de subsistance.

Les diverses sortes de territoires ont mis leur empreinte sur l'histoire de l'Europe : même après les transformations qu'ils ont subies, ils sont encore en connexion intime avec les trois régions adoptées pour la description des Ouvriers européens. Les steppes dominent dans l'Orient; les rivages maritimes, à la lisière des trois régions ; les forêts, dans le Nord et l'Occident. Quant aux sols variés, ils dominent dans les contrées contiguës aux rivages du Midi, ou situées entre les mers du Nord et la Méditerranée, à la limite commune de l'Orient et de l'Occident.

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