‹ La méthode sociale; abrégé des Ouvriers européensChapitre 19 sur 114 · LA NATURE DE L'HOMME · texte numérisé non relu

LA NATURE DE L'HOMME

localités, les étals d'ébranlement ou de désorganisation décrits dans les tomes V et VI des Ouvriers européens.

LA MÉTHODE D 'OBSE RVATION ET l' ENS E I GNEMENT TRADITIONNEL CONSIDÉRÉS COMME MOYENS DE REMÉDIER A LA SOUFFRANCE.

L'enseignement qui a pour base les croyances traditionnelles de l'humanité a perdu momentanément son empire sur beaucoup d'esprits. Ainsi, par exemple, le savant qui se flatte de démontrer que les phénomènes de la création se sont accomplis sous l'action exclusive des forces naturelles ferme obstinément l'oreille aux discours des hommes de tradition, qui voient dans l'homme l'œuvre directe de Dieu. Il s'élève ainsi, peu à peu, une barrière presque infranchissable entre la tradition, qui procurait la paix à nos ancêtres, et la nouveauté, qui développe aujourd'hui la discorde parmi nous.

Les hommes qui dirigent aujourd'hui les sociétés de l'Occident sont, pour la plupart, enclins à nier sur quelques points fondamentaux les vérités traditionnelles. Cet esprit de négation anime surtout ceux qui ont reçu dans les écoles leur culture intellectuelle. Sous celte influence se multiplient les erreurs qui tiennent, pour ainsi dire, « le haut du pavé». Ces erreurs naissent, chez les classes dirigeantes, d'un usage malsain des sciences et des lettres; mais elles ne restent pas concentrées [dans ce milieu; et elles se propagent bientôt parmi les populations dirigées. Grâce aux inventions récentes, qui transportent rapidement les idées, vu surtout l'état d'impuissance où sont tombés les hommes de tradition, le faux enseignement des novateurs éloquents est accepté promptement comme la vérité

par les classes illettrées. Depuis 1830, chaque erreur suit une marche invariable : elle s'élabore dans le cabinet d'un lettré, voit le jour dans un salon et règne vingt ans après dans les chaumières.

Les hommes de tradition de l'ancien régime sont, au fond, les auteurs du mal actuel. Après avoir discrédité par leurs vices les institutions qu'ils avaient en garde, ils se sont montrés inertes et ignorants devant la propagation des nouveautés dangereuses. Leurs successeurs, s'ils restaient dans la môme voie, condamneraient infailliblement l'Europe à des souffrances sans exemple. Quant au plan de réforme, il est tracé par une expérience déjà longue. Les égarés, sur lesquels les vérités traditionnelles n'ont plus d'influence, y sont ramenés par les faits que révèle la méthode d'observation. On voit, par exemple, beaucoup d'hommes rester indifférents, de nos jours, aux arguments de la théologie relatifs à l'existence de Dieu. Leur attention s'éveille, au contraire, s'ils sont mis en mesure de constater, par eux-mêmes, que le bien-être temporel s'augmente dans la même proportion que l'énergie des croyances en Dieu et à sa loi. Il ne faut pas d'ailleurs se méprendre sur le rôle assigné ici à la méthode d'observation. Elle ne constitue pas une invention, puisqu'elle a été mise à profit par les sages de tous les temps (VI, Ép. 3), notamment par ceux qui se formèrent à l'école de Socrate. Elle ne remplace point l'enseignement traditionnel, car celui-ci reprend son ascendant légitime dans les lieux où les maîtres se réforment et où les peuples reviennent à leur quiétude. L'application qui en est faite dans cet ouvrage est un simple remède opposé à la maladie dangereuse des races qui se compliquent sans se perfectionner.

Page 1