LES RAPPORTS MUTUELS DES OUVRIERS ET DES AUTRES CLASSES DB LA SOCIÉTÉ
La discorde, qui met en péril les nations riches, lettrées et puissantes de l'Occident, a évidemment pour cause principale les rapports établis graduellement, depuis un siècle, entre les pères et les enfants, les ouvriers et les maîtres, les pauvres et les riches, les particuliers et les gouvernants. La discorde et les maux qui en dérivent ne sont point assurément des faits sans précédents; mais ils se présentent avec des caractères inconnus aux temps passés. Je demande en vain aux historiens compétents l'indication d'une époque où les mômes symptômes de souffrance aient été guéris par un remède efficace. Ce remède est d'ailleurs demandé à grands cris, ^>ar les ouvriers et les pauvres, aux lettrés qui, de nos jours, s'attribuent toute compétence en matière de médecine sociale. Jusqu'à présent aucun résultat n'a été obtenu. Nos réformistes-novateurs sont impuissants à tenir leurs promesses, et trop souvent ils donnent une impulsion fausse aux justes aspirations de ceux qui souffrent.
Sous l'excitation imprimée aux esprits par la souffrance et par les enseignements des réformateurs contemporains, les populations ébranlées ou désorganisées de l'Occident se persuadent que le meilleur moyen de remédier à leurs
maux est d'employer la force publique à établir le règne de l'égalité et de la liberté jusque dans les moindres détails de la vie privée.
Ce programme est repoussé par la raison, car le plus simple examen démontre que, dans l'application, il aboutirait à des actes contradictoires et, par suite, à une confusion inextricable. Il est discrédité par l'insuccès de toutes les tentatives faites, depuis 1789, en vue de le mettre en pratique. Enfin il est condamné par le développement spontané des bonnes constitutions sociales. Cet enseignement est donné par l'histoire de toutes les races qui, ayant eu pour point de départ des mœurs simples et frugales, ont conservé la stabilité et la paix, même en compliquant leurs moyens d'existence. Cette transformation des sociétés entraîne, comme conséquence, des changements considérables dans les rapports mutuels des individus, des familles et des classes. Les lettrés qui se donnent, avec tant de présomption, la tâche d'opérer la réforme sociale, sont généralement peu aptes à établir, au sujet de ces changements, la distinction du bien et du mal; les plus zélés aboutissent fatalement à la violence, aux révolutions et, par suite, à l'insuccès. La coutume des peuples prospères peut seule procurer aux vrais réformateurs le critérium dont ils ont besoin : c'est la notion nette de ce qui est nécessaire et légitime dans la pratique de l'égalité, de la liberté et de la souveraineté; c'est, en même temps, l'enseignement universel donné, par l'histoire de ces mêmes peuples, pour proscrire les inégalités injustes, les contraintes condamnables et les résistances aux autorités établies par la tradition. Sur ces points essentiels, je vais résumer sommairement ce que l'observation des races asiatiques et européennes m'a indiqué jusqu'à ce jour.
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