CITÉS DANS LES SIX TOMES DES OUVRIERS EUROPÉENS
Si-
COMMENT LA NOTION DES BONNES COUTUMES NATIONALES A ÉTÉ DÉTRUITE EN FRANGE PAR LES FAUX DOGMES DE 1789.
Arrivé à Paris, en janvier !82ft, pour suivre successivement pendant six années les cours de trois écoles, j'étais prémuni, par les enseignements du maître que je quittais (1,4), contre les aberrations que propageaient, à cette époque, les historiens modernes, les politiques, les poètes, la presse périodique, la tribune et les cours publics. Je restai d'abord indifférent aux lectures qui passionnaient mes condisciples; puis je les pris en dégoût lorsque j'en vis sortir, en juillet .1830, les effusions de sang qui, depuis lors, se sont reproduites tant de fois. A partir de ce moment* j'abandonnai les écrits qui ne se rattachaient pas à ma profession, aux sciences et aux lettres classiques. Je m'attachai, avec une prédilection presque exclusive, aux « livres vivants », aux foyers domestiques et aux ateliers de travail interprétés par les Autorités sociales de chaque localité.
Les huit premières années de mes voyages à l'étranger m'offrirent des sujets continuels d'étonnement. Je voyais partout apparaître la paix sociale, au lieu des discordes qui
\. Mon ami, M. Emm. de Curzon, est, parmi mes collaborateurs, celui qui a le plus contribué à me faire connaître les préceptes écrits de sagesse et de prudonce laissés par les anciens aufeurs.'Sur plusieurs points, ses discours et sa correspondance ont fortifié mon attachement pour les croyances et les coutumes de notre race, en me les signalant dans les plus vieilles traditions de l'humanité.
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désolaient mon pays. Plus j'avançais vers les limites de l'Asie et du Nord, pluii ce contraste augmentait. J'en aperçus la cause dès cette première époque, en étudiant comparativement l'Orient et l'Occident. A l'étranger, la prospérité était assurée sous tous les régimes de tradition : par la prépondérance de l'autorité paternelle, chez les races simples; par l'accord de la religion et de la souveraineté, chez les races compliquées. En France, au contraire, la souffrance et l'erreur avaient envahi la plupart des autorités privées et publiques. Depuis lors, le mal s'est encore accru. Ceux qui se flattent d'avoir en dépôt à leur foyer les vieilles coutumes nationales ne sont pas moins acharnés que les novateurs à semer autour d'eux la discorde. D'autres, plus modestes et plus dévoués à la patrie, sont cependant frappés d'impuissance, parce qu'ils sont imbus, sans le savoir, des faux dogmes de 1789. D'autres enfin se complaisent dans leur état d'inertie : en même temps ils s'enorgueillissent volontiers des vertus de leurs ancêtres, et ils encourent ainsi le blâme que le plus grand des maîtres adressait aux Pharisiens1.
COMMENT LES PRINCIPES OUBLIÉS OU CONTESTÉS DANS l'OCCT
dent peuvent être raffermis dans les ames par la méthode
d'observation.
Quand j'eus pu voir de mes propres yeux, dans toute son étendue, le contraste extraordinaire qui régnait entre l'Orient et l'Occident, je sentis que j'étais arrivé sur la voie où chacun pouvait retrouver lui-même la vérité per-
1. « Ne dites pas en vous-mêmes: Nous avons Abraham pour père. Car je vous déclare que Dieu peut faire naître de ces pierres mêmes des enfants à Abraham. » (Évangile selon saint Matthieu, m, 9.)
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due. Conformément aux exigences de la méthode scientifique, je m'étais gardé jusque-là d'affirmer les principes; mais je n'hésitai plus, à partir de 1854, qnand j'eus constaté, dans toute l'Europe, la solidité de l'enseignement que j'avais reçu au foyer domestique, près des Autorités sociales et dans les entretiens des maîtres. Je pus désormais démontrer le néant de l'erreur fondamentale du siècle dernier, celle qui attribue à l'homme le pouvoir de trouver en lui-même la paix et la stabilité, sources du vrai bonheur. Jamais, en effet, je n'ai rencontré aucune race contente de son sort, en dehors des localités où le chef de famille commande à la femme, aux enfants et aux serviteurs, en appuyant son autorité sur la délégation que Dieu lui en a faite et sur la pratique de sa loi. Chez les nations où le commerce et les manufactures accumulent les richesses, développent la grande propriété foncière et fondent ainsi la paix sociale sur le patronage, le danger de la corruption est toujours imminent. Les patrons bien avisés savent que ce danger peut venir surtout de leurs enfants. Ils le conjurent par une éducation solide, complétée par les voyages méthodiques dont j'ai signalé l'efficacité. C'est dans ces voyages que se formeront surtout, chez les peuples égarés de notre temps, les hommes capables de restaurer les principes et de conquérir l'ascendant social qu'assurent les grands services.
COMMENT LE RETOUR A LA VÉRITÉ PEUT ÊTRE SECONDÉ PAR LA LITTÉRATURE DES ÉPOQUES D'ERREUR.
La pratique des grands principes sociaux est l'unique source du bonheur. Les sociétés ont souvent compris cette vérité. Elles ont alors confié à des hommes d'élite le soin
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de conserver ces principes sous la sauvegarde de la religion et de la souveraineté. En respectant ces deux institutions, les sociétés ont conquis la stabilité et la paix. Enfin, tant qu'elles ont gardé ces biens suprêmes, elles ont excité l'admiration de leurs voisins. Gomment donc ces mêmes sociétés ont-elles pu ensuite mépriser ces institutions, se complaire dans le changement et la discorde, puis marcher de chute en chute à leur ruine?
L'histoire des innombrables époques de décadence répond à cette question. Les ministres de Dieu et du souverain, après avoir fait le bonheur du peuple, ont reçu de lui la richesse avec le pouvoir; et c'est alors qu'a commencé le mal. Ils se sont abandonnés aux inspirations de l'orgueil et du vice, puis ils ont méprisé et opprimé ceux qu'ils devaient aimer et servir. Ces alternances de bien et de mal ont été fréquentes en France. Après la souffrance développée sous les derniers Valois, la prospérité s'est lentement rétablie, de 1598 à 1661; depuis lors, la souffrance est revenue et s'aggrave sans relâche.
On ne saurait, il est vrai, méconnaître tout à fait l'aurore d'un meilleur avenir. Au milieu de la corruption générale, les hommes que Platon appelait « divins » sont restés soumis à la vérité éternelle. D'autres y sont revenus sous la pression des malheurs privés et des catastrophes nationales. Depuis l'époque de la Terreur notamment, ces moyens de réforme n'ont pas été épargnés aux ministres de la religion; et il en est, parmi eux, qui donnent depuis 1830 les preuves d'une vraie renaissance intellectuelle et morale, et qui nous rappellent parfois les dévouementsdu xvne siècle. On ne comprendrait pas les méfiances que certains partis opposent encore à la restauration religieuse, si l'on ne se reportait pas aux défaillances du passé.
Lorsque, après une époque de corruption, une minorité
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punie et repentante reprend la notion de son devoir, le peuple, détaché de la tradition nationale, n'y revient pas sans résistance. Les premiers groupes formés par le retour aux principes ne prennent pas possession du pouvoir légitime qui en émane, par cela seul qu'ils ont retrouvé la vérité. Ceux que le divin Maître appelait « les enfants de lumière1 » n'ont pas tout d'abord l'ascendant social acquis aux hommes préposés jusque-là à la direction des esprits et au gouvernement des affaires. Ainsi les groupes qui commencent maintenant la réforme sont, pour la plupart, dans cette situation, devant les classes dirigeantes de l'époque. Ils n'accéléreront la réussite de leur mission que si, grâce à un travail opiniâtre, ils dépassent en sagesse ceux qu'ils prétendent ramener à la vérité complète. En attendant, ils doivent suppléer par l'esprit de conciliation à la prépondérance qui leur fait momentanément défaut, et surtout tempérer leur dévouement par la prudence.
En France, les réformistes-traditionnels trouveront les voies de la conciliation, de la prudence et du travail tracées par la prière d'Esdras2, l'exemple de saint Paul3, la pratique des pères de l'Église, rappelée par saint Thomas d'Aquin4, et les instructions de saint François de Xavier5.
1. « Les enfants du siècle sont plus sages dans la conduite de leurs affaires que les enfants de lumière. » (Évangile selon saint Luc, xvi, 8.)