‹ La méthode sociale; abrégé des Ouvriers européensChapitre 99 sur 114 · Saint Paul: Première aux Corinthiens, ix, 19 à · texte numérisé non relu

Saint Paul: Première aux Corinthiens, ix, 19 à

4. « Puisque, dans nos controverses avec les païens, nous ne pouvons nous servir ni de l'Ancien ni du Nouveau Testament, attendu qu'ils ne reçoivent pas les saintes Écritures, force nous est de recourir à la raison naturelle, devant laquelle tout homme est contraint de se soumettre, quelque impuissante qu'elle soit à sonder les mystères divins. » — « C'est la méthode qu'ont suivie les premiers docteurs pour détruire les systèmes erronés des Gentils, dont ils pouvaient connaître les dogmes, parce qu'ils avaient été eux-mêmes du nombre des Gentils, ou, du moins, qu'ayant vécu au milieu d'eux, ils avaient étudié leurs doctrines. »(Saint Thomas d'Aquin : Somme contre les Gentils,\i\re I, chapitre n.)

5 Daurignac: Histoire de saint François de Xavier, tome II, pago 34.

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Quand ils pénètrent clans un milieu livré à l'erreur, ils ont à suivre deux règles principales : avouer les fautes de leur passé pour donner confiance en l'avenir; éviter les stériles affirmations de principes et les formes blessantes de discussion, familières aux hommes de proie et de violence. Pour ramener dans le bon chemin les égarés, ils ont un moyen indirect et lent, il est vrai, mais à la longue infaillible : c'est la pratique d'une vie conforme aux principes. Quant aux moyens immédiats d'enseignement, ils sont fournis principalement par les écrivains qui, ayant conquis une haute renommée aux époques antérieures de corruption et de nouveauté, sont chers aux contemporains oublieux ou ennemis des principes. Ces auteurs sont la gloire des races lettrées de tous les temps. Souvent ils ont été les organes de l'erreur, du vice et même de l'impiété. Toutefois, grâce à leur génie, ils restent depuis des siècles, sur certains sujets, des interprètes incomparables de la sagesse humaine. Leurs écrits, prudemment cités, peuvent seuls ramener au vrai les égarés qui travaillent à la ruine de l'Europe, en propageant l'erreur fondamentale et les trois faux dogmes. Les hommes, nombreux de notre temps, qui affirment les principes traditionnels, mais qui en éloignent les novateurs par leurs ardentes polémiques, dédaignent de tirer parti des enseignements fournis par ces écrivains. On voit même parfois les imprudents défenseurs de la vérité détruire eux-mêmes l'efficacité de ces enseignements en critiquant, sans motif, le caractère des hommes incomplets qui les ont donnés. Assurément, les personnes vouées aux polémiques religieuses ou littéraires sont autorisées à critiquer ces sortes d'auteurs, quand on s'appuie sur leur autorité pour propager le vice ou l'erreur; mais telle n'est pas la coutume de notre école. Nous n'avons jamais recours à la polé-

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mique pour combattre les aberrations propagées par les écrits des modernes ou des anciens ; mais nous appliquons tous nos efforts à l'observation des faits sociaux, pour nous mettre en mesure de distinguer sûrement le bien d'avec le mal, le vrai d'avec le faux. Ce but atteint, nous gardons une juste défiance de notre pouvoir. Nous savons que la vérité, même fondée sur l'évidence des faits, nous rend suspects aux « enfants du siècle » qui, disposant de l'opinion égarée, donnent maintenant l'impulsion, dans la majeure partie de l'Europe, aux idées, aux intérêts et aux gouvernements. Nous prenons exemple sur les sages, précédemment indiqués, qui ont obtenu le plus de succès en combattant les « systèmes erronés » de leur époque. A l'appui de chaque vérité, que nous enseigne la méthode, nous citons les auteurs qui, étant acceptés comme maîtres par les enfants du siècle, ont excellé, sur ce point spécial, comme interprètes de la « raison naturelle ».

Je constate journellement l'utilité de cette pratique pour la réfutation des erreurs de notre temps. Ainsi, par exemple, il en est deux, très nuisibles à la France, qui ont été propagées, avec toutes les ardeurs du prosélytisme, par les disciples de J.-J. Rousseau. Les hommes qui ont acquis une renommée littéraire et politique en s'appuyant sur ces nouveautés ne consentent guère à prêter leur attention a l'exposé des faits évidents qui les réfutent. J'ai trouvé qu'en cette matière les écrits éloquents des hommes de tradition sont encore plus impuissants que le simple usage de la raison. J'ai toujours échoué devant cette classe d'égarés en invoquant l'œuvre entière de Joseph de Maislre, tandis que je réussis très souvent en me servant de deux petits textes de Thomas Jefferson, qui fut, au siècle dernier, le plus habile propagateur des doctrines du Contrat social et le vrai fondateur de la démocratie améri-

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raine. Le premier texte proclame l'inutilité de la religion en invoquant une erreur peu dangereuse qui peut être réfutée par l'expérience personnelle des mères et des nourrices, mais qui a, depuis longtemps, assuré à son auteur la sympathie des novateurs contemporains. Le second texte démontre parles faits, avec une évidence irrésistible, que le principe de la souveraineté est, chez une grande nation, non dans la démocratie, mais bien dans l'aristocratie du talent et de la vertu. Ces deux textes sont cités dans le tome sixième des Ouvriers européens (VI, In. s).

Je vis pour la première fois, dès mon adolescence, mon maître, M. Dan de LaVauterie, employer avec succès cette méthode de persuasion. Il fondait surtout son enseignement sur les écrits de Cicéron et de Montaigne : il en faisait usage pour rallier à la tradition nationale les hommes qui en avaient été détachés par les vices de l'ancien régime en décadence; il s'en servit également, comme je l'ai expliqué (i, 4), pour me mettre en garde contre la politique imprudente que suivaient alors les hommes de tradition. Mon ami, M. Emm.de Curzon, grâce à son érudition, tire journellement un parti utile de cette méthode, pour propager la vérité sociale au moyen de textes fournis par les lettrés de tous les temps. Depuis la fondation de nos Unions, je l'applique souvent moi-même à la réfutation des idées préconçues et des préjugés de notre époque. Enfin j'ai trouvé, pour ma propre instruction, chez certains lettrés entachés d'erreur, des vérités fort utiles que je n'avais pas su tirer directement de la connaissance des principes. A ce sujet, deux exemples vont expliquer ma pensée.

En premier lieu, lorsque j'eus découvert, sur le mode d'action du charbon dans la fusion des minerais, des faits qui modifiaient complètement la théorie métallurgique, je me confirmai d'abord dans l'espoir que je pourrais

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quelque jour améliorer le"sort de mes semblables, en tirant de l'observation des familles une nouvelle théorie sociale. Toutefois, après de longs efforts, je me trouvai fort soulagé quand j'eus enfin aperçu que le Décalogue éternel est la théorie suprême, quand surtout Socrate, Montaigne et Montesquieu m'eurent appris qu'en cette matière il n'y a rien à attendre de la nouveauté.

En second lieu, les longs entretiens que j'avais eus chez Victor Lanjuinais avec Tocqueville (xm, 3), avant la révolution de 18Û8, m'avaient présenté sous un faux jour la constitution sociale des États-Unis d'Amérique. Je voyais, dans l'Occident, la souffrance augmenter et la paix sociale se détruire à mesure que se développait la corruption des classes riches. D'accord sur ce fait avec Tocqueville, je ne savais pas réfuter la conclusion erronée qu'il en tirait, à savoir : que le salut de l'Occident, comme le bonheur de l'Amérique, aurait pour base la prépondérance de la démocratie. J'ai donc conçu une vive gratitude pour le démocrate Jefferson, qui, avec sa connaissance approfondie des deux pays et sa perspicacité extraordinaire, avait réfuté d'avance l'erreur de Tocqueville par l'affirmation de deux faits dont l'exactitude est de plus en plus évidente. En 1787, la démocratie rurale de l'Amérique était une souveraineté légitime, parce qu'elle était capable de choisir a l'aristocratie naturelle » digne de gouverner. A la même époque, la démocratie urbaine de l'Occident (qu'il appelait la canaille) était incapable de faire un pareil choix. En 1813, Jefferson, se référant aux événements accomplis en France depuis vingtcinq ans, expliquait pourquoi la liberté conquise par des hommes « entassés dans des limites resserrées et plongés dans les vices qu'entraîne une pareille situation » avait été « employée à la destruction des intérêts publics et privés».

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En résumé, c'est avec raison que les universités européennes persistent, moyennant quelques précautions, à faire entrer, dans l'éducation de la jeunesse, certains livres des époques de corruption et d'erreur. Grâce aux formes incomparables qui en ont assuré la conservation, ces livres sont des auxiliaires pour la science sociale, en ce qu'ils enseignent souvent le moyen de vivre en paix. Les principes de la constitution essentielle, qui procure aux sociétés ce bien suprême, sont connus, en effet, depuis les premiers âges, tandis que les hommes, en s'agglomérant, tendent de plus en plus à les oublier. Ces principes sont d'une simplicité extrême, quoique les coutumes au moyen desquelles on les met en pratique se multiplient et se compliquent sans cesse. La méthode d'observation est donc pour la science des sociétés un instrument indispensable; mais les conclusions induites des faits observés seront toujours utilement complétées par les opinions qus ont été émises à ce sujet, chez toutes les races. Il est désirable que ce rapprochement entre les diverses époquei de l'histoire soit facilité par un livre que l'on pourrait intituler : « La sagesse de tous les temps, n Beaucoup d'ouvrages répondent en partie à ce besoin. Ce qui leur manque en général, c'est une méthode qui permette de trouver aisément chaque texte. Pour atteindre ce but, on établirait un premier groupement des matières d'après les sept éléments de la constitution essentielle; puis on les subdiviserait selon les principales coutumes locales qui dérivent de chaque élément. Ce livre pourrait provoquer une communauté d'efforts chez nos Unions de la paix sociale. Sans compromettre en rien l'indépendance des localités, il les rattacherait, par de nouveaux liens, au Comité de la Bibliothèque.

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OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES SUR LA RÉDACTION DE LA LISTE ALPHABÉTIQUE DES AUTEURS.

Les noms des auteurs sont rangés, dans cet index, suivant l'ordre alphabétique. Les citations extraites de leurs écrits sont résumées dans des textes sommaires qui facilitent les recherches. Ces textes sont d'ailleurs placés, à la suite de chaque nom, dans l'ordre où ils se succèdent dans les six tomes des Ouvriers européens. Le passage auquel se rapporte chaque citation est marqué par deux chiffres indiquant: le premier, le tome; le second, la page. On s'est dispensé de citer le tome pour les renvois relatifs au présent volume. F. L.-P.

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