XIV LE THEATRE DE PIRON
Mais, comme les Parisiens étaient d'un avis tout à fait opposé, et que la recette tomba, quatre jours après, à 476 livres 10 sols, les Comédiens cessèrent bien vite de reprézenter l'auvre de Piron. Ils portèrent en outre un rude coup à son amour-propre en donnant, les 1 3 et 1 5 mars , deux représentations de TŒdipe de Voltaire, qui attirèrent la foule. Piron à terre et Voltaire triomphant, faisant recette ! Quelle épreuve pour celuilà! Au reste, il n'accepta jamais volontiers l'insuccès de Callisthène, et il a tenté plusieurs fois de donner des raisons plus ou moins plausibles de cette défaite qu'il ne consentit jamais à subir. On retrouve dans sa correspondance les traces nombreuses de ses protestations.
Le 3o novembre l'^So, pour s'excuser de n'avoir pas a triomphé aux chandelles », Piron écrit au marquis Senas d'Orgeval ' que la faute en était à l'acteur Quinault l'ainé , dont l'insuffisance avait compromis le succès de Callisthène 2. Dans cette même lettre il annonce à son protecteur qu'il s'est remis à l'œuvre, et que
1 . Cette lettre a été mise au jour pour la première fois en 1826, dans les Mélanges publiés par la Société des Bibliophiles français (t. IV, p. 175). Dans une autre lettre, datée du 6 décembre I 7 3 I , Piron proteste de nouveau contre l'insuccès de Callisthène dans des termes violents et imagés {Mélanges , t. IV, pages 143 et 144).
2. Un moment, toutefois, Piron n'avait pas été loin de considérer Callisthène comme un succès, car, en envoyant la pièce imprimée à l'un de ses protecteurs, il ne cr.iignait pas d'y joindre ces mots : « Quel fardeau qu'une réputation naissante ! Je suis sûr que le P. Poisson a bien plus de loisir que moi... >> (1730.)