LE THEATRE DE PIRON HI
lui avait adressés après avoir quitté sa province. Us ont été retrouvés depuis '.
En dépit de ses faiblesses, nous ne parlerons de Piron qu'avec une sympathique franchise. La justice inspire mieux que la passion. Nous laissons aux détracteurs systém.atiques, aux critiques dignement ennuyeux, le parti pris de n'évoquer, avec le nom de l'auteur de la Métromanie, que le souvenir d'une ode sans valeur, difficile à lire jusqu'au bout, et écrite à vingt ans, sous l'inspiration de l'ivresse, après un bon repas^. Aussi bien, cette priapée fatale, l'a-t-il déplorée sincèrement pendant toute une existence faite de labeur et de probité, et durant une vieillesse très-longue que se partagèrent , — nous n'irons pas jusqu'à dire : d'une manière égale, — le soin des hymnes sacrés et celui des épigrammes. Dans sa Correspondance LITTÉRAIRE 5^ Grimm, entre tous, a bien compris ce côté faible de la nature de Piron. « C'était, dit-il, une machine à saillies, à épigrammes, à traits. En l'examinant de près, l'on voyait que ces traits s'entre-choquaient dans sa tête, partaient involontairement, se poussaient -pêle-mêle sur ses lèvres, et qu'il ne lui était pas plus possible de ne pas dire
1 . Voir les Mémoires sur Voltaire, par Longchàmp et Wagnière, tome II, pages Sai et 526 (Paris, in-8, 1826).
2. En terminant la longue étude qu'il a consacrée à Piron, Sainte-Beuve avouait toutefois qu'il n'avait pu l'entreprendre sans surmonter ses préjugés et sans vaincre une intime répugnance. Voilà une exagération heureusement rare chez un critique dont les qualités maîtresses étaient un jugement très-sùr et une manière de voir des plus nettes.
3. Janvier 1773, Tome VllI, pages 12 5 et suivantes, de l'édition Furne.